Des bātons dans les roues !

par C’est Nabum
vendredi 5 juillet 2013

En direct de ma Segpa

Et qui sera montré du doigt ?

Il y a bien longtemps que je voulais vous parler de cet étrange personnage. Qu'il puisse se qualifier de parent d'élève demeure pour moi une énigme. Il n'a eu de cesse, involontairement certainement, par légèreté sans doute ou par ignorance, de nous mettre des bâtons dans les roues. Chacun de ses comportements nous posa problème et joua un rôle négatif dans le climat de notre établissement.

Je dois marcher sur des œufs pour éviter la diffamation, précaution louable pour un homme qui ne s'embarrassa jamais de l'intérêt commun et des ? . Mais cette fois, la faute est trop grave, la blessure trop profonde pour que je cesse de me taire. J'ai souhaité que mon administration se lance dans un signalement, certes trop tardif mais à mes yeux indispensable, mais je doute de la réalisation de cette demande. Alors je détourne ma frustration par ce billet vengeur et inutile.

Monsieur X a trois filles nées la même année. Elles sont toutes trois dans la même section et au même niveau. Ce point particulier a déjà provoqué tout au long de leur scolarité des répercussions qui n'étaient pas sans incidence sur notre travail. La maladie de l'une entraînait souvent l'absence des trois et modifiait singulièrement l'ambiance de la classe …

Monsieur X est un papa poule à son étrange manière. Il dépose chaque matin ses filles devant notre établissement, il vient les chercher le midi, revient l'après-midi. On pourrait le féliciter de ce comportement si son véhicule n'était devenu alors un foyer de jeunes désœuvrés, un point de rencontres et une porte ouverte au flirt.

Monsieur X facilite la vie amoureuse tumultueuse de ses filles. Il se fait entremetteur, confident des prétendants, ami de tous les garçons de leur âge. Il se fait appeler par son prénom, tutoyer comme du bon pain, tient les plus fidèles par le cou. Il y a autour du véhicule cris et tumultes, exclamations et énervement et surtout des indices bien inquiétants contre lesquels nous sommes impuissants.

Monsieur X est un gamin à l'image de nos élèves. Il ne comprend pas nos remarques et nos mises en garde. Il modère rarement ses agissements et cela ne dure pas longtemps. Il est fort aimable, accepte toutes nos remarques mais n'en tient jamais compte. Il est notre élève supplémentaire, celui qui ne vient jamais en classe mais qui intervient dans la vie de celle-ci.

Monsieur X a eu quelques accrochages avec des familles excédées par son manque de distance, son influence douteuse et ses pratiques préoccupantes. Il se permet de téléphoner aux garçons, de les prendre à son bord en dépit des règles de sécurité, de manger avec certains dans des officines borgnes de restauration rapide. Des interrogations émergèrent fréquemment sur un comportement des plus suspects pour un homme de cet âge. Mais que faire sans preuve ni plainte ?

Monsieur X pourtant ne remplit pas son métier de père responsable. Malgré sa présence quotidienne, il ne vient pas chercher le bulletin de ses filles. Il a bien du mal à remplir les billets d'absence, ne prévient pas quand celles-ci sont programmées à l'avance. Il faut l'interpeller dans la rue, au milieu de sa joyeuse bande d'admirateurs ou de prétendants, pour le rappeler à ses obligations.

Monsieur X a toujours esquivé une requête pourtant simple et indispensable. Depuis le mois de septembre, nous avons réclamé aux élèves de se munir d'une pièce d'identité afin de pouvoir se présenter aux examens. Le temps passant, nos demandes furent plus pressantes. Bientôt, il nous affirma qu'il attendait le papier de la mairie.

Lorsque vint l'épreuve orale du CFG, ses trois filles arrivèrent sans ce précieux document pourtant obligatoire. Bien trop naïvement, nous acceptâmes de passer outre cette obligation, pensant que pour le Brevet des collèges, un mois plus tard, le Sésame serait arrivé. Hélas, il n'en fut rien et les trois gamines ne se présentèrent pas aux épreuves …

J'enrage car deux d'entre elles avaient de réelles chances de réussir cet examen. Au lieu de quoi, nous nous sommes retrouvés avec 4 absents pour 8 candidats. Deux années d'effort réduites à néant par la faute d'un parent irresponsable et douteux. Je n'en puis plus de devoir me taire devant ce cirque étrange, ce comportement inacceptable. Je vous livre ce billet de colère en sachant qu'il ne pourra jamais changer le cours des choses.

Mais j'ai une autre inquiétude. Les orientations sont arrivées. Deux de ses filles ont trouvé une place dans un lycée professionnel quand la troisième a une proposition dans un établissement analogue mais situé à près de cinq kilomètres du premier. Comme c'est le vilain petit canard, je crains vraiment qu'elle soit sacrifiée. Car voyez-vous, monsieur X ne veut pas que ses filles prennent le bus ou le tram. C'est lui qui les conduit partout où elles vont.

Que pouvons-nous faire face à des comportement qui à mes yeux relèvent de la maltraitance, du défaut parental ? Qu'est-ce qui se cache réellement devant cette impossibilité d'obtenir une carte d'identité ? Nous sommes bien impuissants et des questions sont vite intrusives. Pourtant, peut-on laisser faire sans jamais réagir ?

Interrogativement sien.


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