Des vérités qui dépriment les étudiants

par Singe conscient
mercredi 4 décembre 2013

Lors d'une conversation avec un professeur a surgi un fait étonnant. Celui-ci aurait la capacité à faire douter ses étudiants de leur futur, à leur faire songer à se raser les poignets, à défaire leurs lacets pour en faire un collier, à tenter l'expérience d'Icare mais sans ailes ; bref il les fait déprimer. Mais qu'enseigne-t-il donc de si affreux au point où il semble avoir trouvé une solution pour répondre aux craintes de Thomas Malthus ?

Afin d'assassiner le suspense, car j'aimerais épargner les lecteurs cardiaques d'agoravox, j'annoncerai directement cette matière scolaire qui aspire le moral. Enfin, c'est un peu plus compliqué que ça parce qu'elle sort des limites imposées par le système éducatif français. Celui-ci étant lui même dans un système comportant limites imposées par des idéologies dominantes, il s'agirait plutôt ici d'un combat pour sortir d'une cage située à l'intérieur d'une prison de laquelle la fuite semble inenvisageable. Vous comprendrez alors que cette matière puisse faire douter de l'envie d'un lendemain. Pour simplifier, disons que ce professeur se contente d'essayer d'ouvrir les yeux de ses étudiants en distribuant, avec générosité, vérités sur le marketing et la finance internationale. Par exemple, il met à nu l'obsolescence programmée et la crise des subprimes de 2007.

Deux éléments, me semble-t-il, très pertinents à soumettre aux neurones, par rapport à la nécessité de comprendre combien le monde dans lequel nous vivons peut être corrompu par l'appât de la monnaie-papier. Malheureusement, il apparaît que ce qui devrait faire monter un sentiment d'indignation voire, pour certains, développer un besoin d'en savoir plus, arrive le plus souvent à créer une démotivation du réflexe respiratoire. Les étudiants, le souffle s'échappant lentement à travers leurs deux lèvres légèrement entrouvertes par un gonflement de désespoir, s'avouent déprimés par ces vérités. Elles semblent insurmontables et ils préfèrent, en toute logique de survie, s'en détourner. N'est-il pas triste de constater que notre société est sale, qu'elle a cette mauvaise haleine de l'ivrogne qui aime ce qui le tue ?

Dans ce cas comment reprocher à ces jeunes personnes leur refuge d'ignorance ? Au final, ils ne font qu'imiter ce que fait la majorité des habitants de cette planète. Parce que nous sommes un peuple de la jouissance instantanée, une partie d'entre nous refuse de voir ce qui s'annonce comme une épreuve du savoir. Cette partie secoue la tête tel un enfant qui ne veut pas finir son repas. Et, finalement, si un peu de cette nourriture de l'esprit atterrit dans sa bouche, elle le recrachera en hurlant à l'empoisonnement ; « Qui es-tu pour venir entraver mon plaisir immédiat ?! ».

Il faut avouer qu'il n'est jamais agréable d'entendre dire que nous ne contrôlons rien et, qu'au contraire, nous ne sommes que d'éternels touristes. Nous avançons en étant constamment guidés. On nous dit où tourner la boite crânienne pour poser notre regard. On nous montre ce sur quoi nos neurones doivent s'activer et de quelles manières les connexions entre eux doivent se faire. On nous raconte notre Histoire, on désigne nos alliés ainsi que nos ennemis.

Alors quand nous lâchons la main de nos guides, nous sommes dans une situation désagréable, comme des enfants qui, bravant l'interdit, se retrouvent dans l'obligation de devoir assumer une responsabilité accablante. Il est difficile d'avoir à vivre dans une société où ce que nous faisons entre en contradiction avec ce que nous pouvons penser. Par exemple, beaucoup critiquent le consumérisme, un smartphone personnalisé à la main et des vêtements estampillés pour prouver leur appartenance à tel ou tel groupe. Encore par exemple, beaucoup fustigent le système mais ont peur de le renverser, car confortablement installés. Le paradoxe joue souvent avec l'insanité et les perdants finissent par être torturés.

La déprime des étudiants n'est, de ce fait, qu'une simple manœuvre de défense face à cette vérité en forme de vague. Pour ne pas finir noyé, le chemin de l'ignorance semble le plus adapté car il est entouré d'indications. Pour conclure, une fois n'est pas coutume, je finis sur deux proverbes, le précédent et le suivant : « Ignorance is bliss ».

 

Nota bene : « L'ignorance est une bénédiction » ; même si l'origine de ce proverbe est souvent discuté et que son sens a évolué avec le temps, je trouve qu'il n'a jamais été autant d'actualité.

 


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