Dieudonné est-il la cible d’une dictature ?

par Philippe VERGNES
jeudi 16 janvier 2014

* Dictature : Régime politique dans lequel le pouvoir est entre les mains d'un seul homme ou d'un groupe restreint qui en use de manière discrétionnaire ; (parfois) fonction correspondante.

 

Préambule :

En d’autres termes, pour tenter de ménager un peu la susceptibilité des lectrices et lecteurs trop sensibles, Dieudonné fait-il face à un pouvoir harceleur ?

Ou, pour dire les choses sous une forme plus policée : Dieudonné est-il l’objet d’un harcèlement visant à le réduire au silence ?

Telle est la question que je me permets de porter à votre appréciation. En effet, l’affaire Dieudonné, puisque c’est désormais le nom qu’il convient de lui donner grâce à l’interventionnisme hystérico-phobique de notre ministre de l’intérieur dont les motivations restent suspectent, n’a pas fini de faire couler l’encre.

Toutefois, dans des débats où les passions tendent à prendre le pas sur la raison, démontrant de facto la thèse exposée lors de précédents articles[1] – à savoir que la « raison n’est que l’attaché de presse des émotions » –, et pour clarifier le propos, je me permets de vous soumettre une brève analyse relative aux stratégies de manipulation et de harcèlement mises en place par un système harceleur (ou totalitaire).

Cette présentation a été effectuée par l’une des plus grandes spécialistes en France sur les problématiques de discrimination, de harcèlement et de manipulation (cf. lien en fin d’article pour ses références professionnelles et bibliographiques).

Ce texte est publié avec l’aimable autorisation de son auteur et n’a pas été écrit pour susciter la polémique. Il a simplement été initialement mis en ligne dans un but informationnel. L’initiative de le porter à votre connaissance m’appartient et sa rédactrice, préférant se concentrer à des projets de construction plutôt que de destruction, ne souhaite pas débattre sur le sujet, mais me confie le soin, le cas échéant, de répondre aux éventuels commentateurs.

 

Le pouvoir harceleur face à ses opposants

Par Ariane BILHERAN

 

 « Toute rencontre avec les hommes fournissait à Démocrite matière à rire »Juvénal, Satires, X, V, vers 47.

« Dans une libre République, chacun peut penser ce qu'il veut et dire ce qu'il pense »Spinoza.

Pour bien commencer l'année 2014, intéressons-nous aux moyens par lesquels un pouvoir harceleur supprime ses opposants.

Cette analyse est valable pour tous les types de harcèlement.

Rappelons simplement que la visée du harcèlement est bien de soumettre ou de démettre.

Tout d'abord...

 

Comment le pouvoir harceleur identifie-t-il ses opposants ?

L'opposant du pouvoir harceleur est toujours celui qui met en lumière ce qui doit rester, d'après le harceleur, bien caché de tous : corruption, escroquerie, manipulation, perversion, tyrannie, protections d'individus criminels, etc.

La plus grande crainte du pouvoir harceleur est d'être démasqué dans ses malversations[2].

L'opposant est donc un résistant au pouvoir harceleur, souvent une personne très autonome, résistante à la tyrannie, comme je l'ai déjà expliqué dans Le harcèlement moral (Armand Colin, 3ème édition en 2013).

 

Comment se débarrasse-t-il de ses opposants ?

L'adage « qui veut tuer son chien l'accuse de la rage » est particulièrement adapté au procédé du pouvoir harceleur. En voici les étapes :

1) discréditer l'opposant en pratiquant la désinformation à son encontre : diffusion d'informations erronées, propagande, calomnie..., et en supposant que les personnes jugeront de l'opposant à partir de la seule désinformation pratiquée ou de pseudo-sondages trafiqués. Le harceleur est le spécialiste du « parler au nom de tous ».

Exemples :

Dire que la personne fait du mauvais travail, le comble étant de l'accuser elle-même de harcèlement pour justifier un harcèlement à son encontre...

La discréditer en public sans apporter la preuve du discrédit, sans donner les moyens de la défense, sans permettre que l’opposant ne s’exprime à ce sujet (muselage de la parole de l’opposant), en interdisant le débat d’opinions…

2) l'isoler et le pousser à la faute

Exemples :

3) l'accuser des pires maux (la victime devient alors coupable : perversion inhérente au processus harceleur) : l'opposant serait « hystérique », « syndicaliste », « antisémite », « dangereux », « terroriste », « malade mental »,... et même… « harceleur » !

Exemple :

Faire accuser l'opposant de « harcèlement » sur la base d'une enquête partiale menée par une seule personne « juge et partie » et d'une audition unilatérale (seuls les plaignants étant entendus), et qui plus est, en lien d'intérêts et d'amitiés avec la Direction...

4) s'improviser comme étant la résolution de ces maux (problème - réaction - solution)...

5) stigmatiser et liquider les amis de l'opposant par des stratégies diverses : séduction, corruption, manipulation, intimidation, terreur. Les accuser de « trahison » s'ils ne collaborent pas (cf. pour rappel l’article « De la soumission psychologique au travail : comment un harceleur parvient à soumettre tout un groupe d’adultes pourtant bien constitués, et ce qui s’ensuit… ? »)

Exemples :

 

Pourquoi s'en débarrasse-t-il ?

Pour asseoir son pouvoir absolu et continuer de jouir des privilèges de sa toute-puissance en toute impunité[3].

 

Comment évincer un pouvoir harceleur ?

Comprendre que ce que les opposants subissent, vous le subirez aussi. S'informer sur les procédés de harcèlement, de manipulation et de lavage de cerveau. Voir la vidéo sur « Psychologie du Pouvoir » - Lire par exemple :

La subversion du rire satirique, celle de Démocrite, est corrosive, radicale, et... démocrate.

 

NOTA BENE :

Tous les exemples cités proviennent de situations déjà observées en entreprise lors de nos enquêtes…

Toute ressemblance avec l'actualité en France sur l’humoriste Dieudonné serait purement fortuite.

 

Précisions supplémentaires :

Ariane BILHERAN est docteure en psychopathologie, écrivain et consultante. Elle dirige la SAS SÉMIODE fondée en 2008 et intervient sur la problématique des RPS au travail (Risque Psycho-sociaux). Pour en savoir plus : http://www.semiode.com/a-propos/

En complément d’information de ce billet, je rappelle en lien qu’elles sont les lois qui permettent dans notre pays de réprimer les atteintes à la dignité de la personne : articles 225-1 à 225-4 du Code pénal relatifs aux discriminations ; et les atteintes à l’intégrité physique ou psychique de la personne : article 222-33-2 du Code pénal concernant le harcèlement moral.

La lecture de ces rares articles de Loi vous permettra de mieux définir les atteintes à la dignité et/ou à l’intégrité de la personne qui ont été supposées dans l’affaire Dieudonné.

Et pour ceux qui souhaitent approfondir les notions de droit relatives aux actes discriminants ou de harcèlement (la manipulation n’étant pas interdite en France à l’exception de celle qui conduit à des abus de faiblesse), je vous propose également de lire l’article Harcèlement sexuel : Un syndrome d’aliénation pénale, car sa démonstration et sa conclusion restent valides même dans le cas de harcèlement moral.

Subséquemment, l’affaire Dieudonné pose un autre problème de fond, monumental celui-ci, que l’on peut présenter de manière non anecdotique : souhaitons-nous, peuple Français, abandonné un peu de liberté pour plus de sécurité ?

La psychosociologie démontre dans toutes ses recherches que la façon de s’interroger sur un problème influe directement sur les réponses que l’on souhaite obtenir. Or, un pays qui arbore le triptyque Liberté, Égalité, Fraternité sur tous les frontispices de ses communes devrait sérieusement méditer sur le sujet.

Par ailleurs et comme dans cette affaire, la harangue d’un seul décideur a joué sur la corde sensible de l’émotionnel au détriment du rationnel et du relationnel, je conclurais par ses propos emplis de sagesse dont devrait s’inspirer toutes les parties en présence souhaitant mener une politique intelligente et responsable visant à montrer l’exemple : « La meilleure façon de se défendre est de ne pas imiter l’offenseur » (Marc AURELE, extrait de Pensées pour moi-même).


[1] Cf. L’empathie, la conscience morale et la psychopathie – Le développement moral (partie 1/2) et L’empathie, la conscience morale et la psychopathie – L’intelligence émotionnelle (partie 2/2).

[2] C’est moi qui souligne.

[3] C’est moi qui souligne.

 


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