Dr SÚcuritÚ et Mr Radar

par niellu leca
vendredi 20 juillet 2012

Je conduis depuis 1969 et j'ai douze points sur mon permis. Je possède aujourd'hui un véhicule conçu pour rouler en toute sécurité à des vitesses élevées que je fais réviser avant chaque départ en vacances. Quand, finances obligent, j'ai dû me contenter d'une petite cylindrée, je me suis résigné à circuler sur la file de droite de l'autoroute en deçà des limitations. Je n'ai jamais fait l'objet d'un retrait de permis pour un feu rouge ou un stop non respecté, un franchissement de ligne blanche ou autre excentricité. Je n'ai aucun accident responsable à mon actif et mon bonus est de 50%. Quand je dois prendre la route, je ne bois pas depuis la veille au soir. Sur un long parcours, je m'arrête toutes les deux heures ainsi qu'au premier signe de baisse de vigilance ; il m'est ainsi arrivé de m'arrêter pour dormir sur un parking à moins de 70 km de chez moi après huit heures de route. J'adapte systématiquement ma conduite aux conditions atmosphériques. Malgré tout cela, j'ai été verbalisé au terme de huit cent kilomètres d'autoroute pour un dépassement de 3 km/h (93 au lieu de 90) aux abords de Marseille. Une descente un peu prononcée, un moment où l'on quitte le compteur des yeux pendant un dépassement et quel que soit votre prudence habituelle, vous êtes verbalisé comme n'importe quel chauffard. Avec la présence tout au long de la route des nouveaux radars embarqués il sera quasi impossible d'échapper au PV qu'il serait plus honnête d'appeler aujourd'hui : taxe autoroutière. De quoi vous dégoûter de vous conduire en automobiliste responsable !

Des béni-oui-oui me rétorqueront qu'il suffit de caler sa vitesse dix km/h en dessous de la limite pour prévenir tout risque de PV. La conséquence, prévisible, serait inévitable : " Les responsables de la sécurité routière, constatant que la grande majorité des automobilistes a choisi de rouler à 120 km/h, ont décidé, pour se conformer à ce choix que ce serait désormais la nouvelle vitesse maximale." Ainsi, de limitation en limitation, le but sera atteint : faire de tout automobiliste un contrevenant potentiel. Une manne inépuisable ! 

Quand les conditions de circulation et le code le permettaient encore, j'ai souvent roulé très vite. Descendant chaque été de Paris à Marseille, je faisais alors la route en à peine sept heures et arrivais à destination frais et dispos. Aujourd'hui, les limitations à 110, 90, 70, 50 s'y sont à ce point multipliées qu'il faut près de dix heures, pauses de sécurité comprises, pour effectuer le même trajet. Quel non professionnel de la route est encore en pleine possession de ses moyens au bout de dix heures, voire beaucoup plus pour ceux qui partent de plus loin ?... Exaspéré et fatigué par une circulation devenue soporifique et donc dangereuse, je fais désormais le trajet en deux étapes. Cela m'est possible parce que j'ai la chance de pouvoir me payer une chambre d'hôtel et un dîner en cours de route. Mais quid de tous ceux, les plus nombreux, qui, contraints de surveiller de très près leur budget-vacances, n'ont d'autres choix que de conduire jusqu'à un état de fatigue avancée, mettant ainsi leur vie et celles des autres en danger ? Les responsables allemands de la sécurité routière qu'on ne peut supposer moins sensés que leurs homologues français, ont dû, eux, se poser la question. Si, sur leurs autoroutes, la vitesse est limitée sur certains tronçons, elle est libre partout ailleurs ; néanmoins, ramené au même nombre de kilomètres/véhicules, le nombre de décès par accident de la route est moins élevé qu'en France. Pourtant, sous prétexte de sécurité, la France a toujours choisi le "tout répressif" essentiellement sur autoroute alors que la grande majorité des accidents mortels se produit sur le reste du circuit routier ou en ville. Circuit routier, soit dit en passant, sur lequel se rabattront de plus en plus d'automobilistes lassés de payer toujours plus cher pour emprunter des autoroutes où ils n'auront plus que le droit de se traîner au cul des camions.

Les pouvoirs publics se targuent d'avoir fait baisser le nombre d'accidents mortels grâce aux limitations de vitesse et à la répression qui les accompagnent. C'est compter sans la ceinture de sécurité, les airbags, et toutes les améliorations apportées aux véhicules depuis quelques années tels l'ABS, l'EPS et les modifications de la déformation des carrosseries en cas de choc, pour ne citer que celles-là. Pourtant, beaucoup reste à faire. A commencer par un encouragement au ferroutage ou au transport fluvial qui supprimerait un bon nombre d'accidents meurtriers dans lesquels des poids lourds sont impliqués. On contrôle l'état des véhicules, éliminant ainsi les épaves dangereuses mais pas celui des conducteurs or, nous connaissons tous des papis et des mamies dont la vue est déficiente, l'équilibre instable et les réflexes diminués qui n'en continuent pas moins à prendre la route au volant de véhicules sans âge qui, s'ils sont certes entretenus, ne bénéficient pas pour autant des techniques actuelles. Les Français sont grands consommateurs de psychotropes, certains au point de vivre dans un perpétuel état second mais aucune prescription médicale ne leur restreint l'usage d'un véhicule. Contre l'alcool au volant, on rend l'alcotest obligatoire dans chaque véhicule, mesure illusoire qui n'empêchera jamais un alcoolique de conduire mais on autorise la vente de vin dans les boutiques d'autoroute. On continue à distribuer des permis à la veille des vacances, envoyant du même coup dans la cohue des grands départs des novices qui n'ont parfois appris à conduire qu'à 40 km/h dans les encombrements. Pire, on autorise la conduite de voitures sans permis ni formation…et j'en passe. Prendre les mesures indispensables qui s'y rapportent ferait à coup sûr diminuer notablement la mortalité routière. Mais il y a peu de chances qu'elles voient le jour : elles ne rapportent rien et de surcroît risquent de fâcher les électeurs concernés.


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