Du salaire des agriculteurs et des traitÚs de libre-Úchange

par Laurent Herblay
mercredi 19 octobre 2016

Parfois, l’actualité fait cruellement bien les choses. D’une part, nous apprenons cette nouvelle consternante : un tiers des agriculteurs gagne moins de 350 euros par mois (malheureusement, ce chiffre n’est pas une erreur). De l’autre, le débat sur le CETA, le traité de libre-échange entre le Canada et les pays de l’UE fait rage, avec une mobilisation de nombreux intellectuels.

 

Le libre échange, c’est la misère pour les agriculteurs
 
Quelle meilleure preuve des merveilles produites par le laisser-faire et le laisser-passer que ce fait révoltant : un tiers des agriculteurs en France gagne moins d’un tiers du SMIC, moins même que le RSA, alors que le travail de la terre est un des plus exigeants. C’est une véritable honte que notre société laisse ceux qui nous nourrissent dans une telle situation ! Quand on pense que Stéphane Le Foll donnait des leçons aux agriculteurs et que tout ce qu’on leur propose, c’est souvent de repousser le paiement des cotisations sociales, on se demande bien comment cela peut être possible en touchant si peu. Notre société est coupable de non assistance à personnes en danger et cela est d’autant plus révoltant quand ce sont des personnes qui nous nourrissent et travaillent tellement.
 
Cette situation totalement révoltante a une cause et une seule : l’abaissement des frontières douanières pour les produits agricoles. Car quand on laisse circuler les produits agricoles du monde entier sans droits de douanes ou restrictions normatives, alors les prix sont fixés par ces marchés exubérants et irrationnels et les agriculteurs se retrouvent être la variable d’ajustement de leurs délires, quand nos gouvernants les abandonnent à leur propre sort. Le plus triste est que la PAC des débuts était justement un mécanisme qui permettait aux pays européens de contrôler le destin de leur agriculture, et notamment du prix des produits agricoles, avec notamment des prix planchers protecteurs. L’une des rares bonnes initiatives du monstre institutionnel européen a été malheureusement été démantelée.
 
Les ayatollahs du laisser-faire ont gagné sur notre continent, alors même que les pays asiatiques modèles du développement économique, Japon, Corée ou Chine, se gardent de baisser leur garde sur l’agriculture, comme le montrait The Economist récemment. Tokyo protège ses agriculteurs des aléas du marché avec des droits de douane au-delà de 300% (200% en Corée et même 74% en Inde), sans pour autant être des autarcies ! Car quand on contrôle ce qui rentre dans le pays, on peut agir sur le niveau des prix et éviter ce scandale absolument révoltant de la condition de vie des agriculteurs aujourd’hui. Malheureusement, nos politiques, de droite comme de gauche, préfèrent écouter ceux qui ont intérêt au laisser-faire et oublient complètement des paysans, abandonnés parfois à la misère.
 

Voilà pourquoi, même si le CETA, entre les pays européens et le Canada, peut sembler anodin, il faut s’opposer à sa signature car ce serait un pas de plus dans la précarisation des agriculteurs, qui inquiètent également au Canada, tout comme en Belgique. Merci à la fondation Nicolas Hulot d’avoir lancé une pétition sur le sujet et aux intellectuels qui nous alertent sur le sujet.

 


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