Education Nationale, mission réussite

par Jessica
mardi 2 février 2010

 

"Liberté, Egalité, Fraternité"
Voilà en trois mot le leitmotiv d’une République un peu plus que bicentenaire qui aujourd’hui, crise d’identité oblige parait-il, se cherche. Pourtant cette République se voulait l’instrument d’une égalité de chacun quant à son devenir à travers l’abolition de certains privilèges. Si vous me permettez le raccourci Il s’agissait d’offrir à chacun la possibilité d’évoluer selon son bon plaisir en toute égalité avec le soutien de ses concitoyens.
Exemple parmi tant d’autre l’Ecole de la troisième République, celle de Jules Ferry qui se veut l’instrument d’une instruction gratuite et laïque puis par la suite quasi obligatoire. Fruit d’une volonté première d’éducation revancharde suite à la défaite de 1870 contre des prussiens plutôt "instruits", vecteur des valeurs morales et patriotiques, instrument d’extermination des patois, les motivations à instruire sont aussi diverses que plus ou moins fondées. Au fur et à mesure cette école s’est modifiée, développée, modernisée pour devenir ce que nous appelons aujourd’hui l’Education Nationale. Transmission de savoirs, ouverture objective des consciences, plateforme de service publique visant à promouvoir l’égalité des chances face à l’avenir.
Néanmoins à l’heure du bilan identitaire peut-on toujours affirmer que l’école est un moteur d’égalité ?
Certes l’instruction est obligatoire pour tous jusqu’à 16 ans, gratuite et laïque. Certes les programmes scolaires s’appliquent à tous. Force est de constater que la réussite ne s’applique pas à tous.
Facteurs familiaux, géographiques, dynamiques financières, politique d’établissement sont autant de variables influant sur le parcours scolaire de l’élève. Je vous épargnerai le laïus référencé à Bourdieu et Passeron déjà maintes et maintes fois exploité en la matière.
En 2008, le taux de réussite au baccalauréat toutes filières confondues atteint 83,5% (données INSEE). De ce point de vue toutes les promesses semblent tenues, les objectifs sont atteints. Prenons maintenant le RERS 2009, bible des statistiques de notre ministère de l’Education Nationale. Il nous indique qu’environ 70% des élèves de la classe d’âge du baccalauréat 2008 ont été présentés à l’examen. Que sont devenus les 30 pour cents restants ? 10% sont sortis du système scolaire sans aucun diplôme, le reste s’est partagé entre CAP, BEP et brevet des collèges. Mais le plus inquiétant ce sont les trajectoires qui s’offrent à ces jeunes. Toujours d’après le RERS 2009, en 2007 les jeunes nés en 1987 sortis du système scolaire avec pour diplôme le brevet des collèges ou aucun diplôme (bien que l’un vaille l’autre) 21% sont au chômage. Cette part tombe à 10% pour les jeunes sortant avec un CAP,BEP, Baccalauréat ou équivalent et à 5% pour les heureux détenteurs d’un diplôme d’enseignement supérieur. La durée d’étude et le diplôme obtenu conditionnent le devenir professionnels de ces jeunes. Bref rien de nouveaux sous les tropiques me direz-vous !
 Là où le bât blesse c’est dans le rôle qu’a pu jouer l’Education Nationale dans ces parcours scolaires et professionnels. Le RERS 2009 nous apprend qu’au CM2 12% des élèves ne maitrisent pas les compétences nécessaires en français et 9,2% ne disposent pas des compétences mathématiques requises. En troisième ils sont 18,9% à ne pas atteindre le niveau requis pour le français et 10,1% pour les mathématiques.
Les mesures actuelles visant à réparer l’ascenseur social se tournent vers l’enseignement supérieur par la discrimination positive, la définition de zones prioritaires. Ces mesures de globalisation ne portent pas l’élève dans son acquisition des savoirs de base.
 Où doit-on situer l’objectif de réussite ? L’école n’aurait-elle pas tout simplement perdu de vue sa mission de transmission des savoirs de base au profit d’une culture de l’excellence ?
Même le redoublement censé offrir une seconde chance à un élève n’ayant pas réussi à obtenir le niveau souhaité en fin d’année est aujourd’hui remis en cause. Il couterait trop cher et ne servirait à rien.
Effectivement le plus souvent le redoublement n’est qu’un bis repetita, une grosse impression de déjà vue pour l’élève dont le but ultime est de" passer". Or cette étape pour être constructive devrait être l’occasion de mettre en place un projet individualisé concerté entre le corps enseignant, l’élève et ses parents. Une année où l’accent devrait être mis sur les points du programme à acquérir. De plus si l’Education est Nationale c’est bien qu’elle représente un pari sur l’avenir un investissement sur des jeunes qui plus tard deviendront acteurs du développement de l’Etat à travers les richesses qu’ils contribueront à produire.

Lire l'article complet, et les commentaires