Enquête stress à pôle emploi ?

par cambacérès
jeudi 7 janvier 2010

50 % de réponse à l’enquête de la direction, et sur ces 50% de réponse, 71% d’agents se déclarant en situation tendue.
Ce qui, au final, ne fait plus guère que 35% de perceptions négatives des conditions de travail.
Il faut cesser de jouer les enfants gâtés face à des demandeurs d’emploi qui n’ont pas de conditions de travail parce qu’ils n’ont pas de travail tout court.

D’amalgames imprudents en assimilations grossières, on présente souvent comme une conséquence récente du processus dont est né POLE EMPLOI, un contexte en réalité bien peu nouveau.
 
Certains protagonistes du débat actuel sur le climat social au sein de POLE EMPLOI s’exonèrent avec une redoutable légèreté, voire avec un cynisme condamnable, de l’analyse nécessaire de problématiques anciennes ou enracinées, dont le nouvel établissement « hérite » sans que les syndicats-maison aient songé à s’en émouvoir dans le passé, quand ils ne leur ont pas prêté directement la main, par leurs comportements paritaires au fil des ans.
 
Le sujet est délicat, puisque dès fin mars 2009, un article de la TRIBUNE pointait déjà les débuts déconcertants du nouvel établissement : lourd héritage en effet, jalousies des ex-ANPE vis-à-vis des ex-ASSEDIC, collusion tacite de certaines franges du personnel et de l’encadrement avec des syndicats pour torpiller une réforme phare du Président etc...
 
Remontons le passé pour remettre certaines collusions de circonstance voire quelques alarmes de complaisance en perspective, vis-à-vis d’une gestion qui d’après les syndicats, aviverait, des réalités obérant le quotidien de ressources humaines dont on sait pourtant combien sa qualité est la clef du service rendu, dans une activité comme celle de POLE EMPLOI.
 
Ces réalités sont tout autres, et, pour certaines, beaucoup, plus anciennes.
 
Au premier rang d’entre elles un mode de recrutement privilégiant de longue date la candidature de demandeurs d’emploi - donc de personnes en difficulté ou précarité, sur lesquelles il est ensuite facile ou tentant d’asseoir, de façon plus ou moins heureuse, des influences ou des « pouvoirs » de toute sorte.
 
Si louable soit-il à première vue, cet appel à des populations à risque aura au final intégré à l’ANPE des agents venus par motivation sincère, puis, par la suite, souvent usés et blasés, après quelques années d’un travail mal reconnu par des mécanismes statutaires et un paritarisme qui n’ont pas fait la part belle à la promotion des compétences réelles.
 
De plus, aucune politique de formation n’y a jamais véritablement cherché à assurer sérieusement la moindre préparation du personnel à la charge et à la complexité humaine de ses métiers, comme cela se fait, par exemple, pour infirmières ou médecins.
 
Il est donc à craindre que le nouveau service public de l’emploi porte encore longtemps le poids de modes de recrutement et de promotion « hérités » de l’ex-ANPE, diluant effectifs, compétences et responsabilités vers le haut d’une pyramide inversée, dans un confort statutaire dont certains – cadres ou partenaires sociaux, peu disposés à y renoncer – encouragent ou espèrent, aujourd’hui, la transposition dans la convention collective en cours de finalisation
 
Née de statuts successifs (dont la durée de vie moyenne est de plusieurs années) la crise de confiance vis-à-vis de l’encadrement qu’aurait détectée cet hiver l’enquête évoquée, ne date en rien de cette fusion, qui n’en aura été que le salvateur révélateur, si l’on peut dire.
 
Tel est en gros l’origine et l’essentiel des situations à risques vis-à-vis desquelles les syndicats sont assurément fondés à exprimer des mises en garde qui seraient aujourd’hui bienvenues, s’ils n’avaient été autrefois les bénéficiaires ou les inspirateurs quasi directs de méthodes dont ils prétendent cette année découvrir et dénoncer les méfaits.
 
Il est inutile et irresponsable de noircir publiquement une situation qui invite au contraire, à tempérer un tableau préoccupant, mais pour le moment dénué de l’urgence et de la gravité que voudraient lui attacher des interlocuteurs parfois peu scrupuleux dans les moyens de l’hostilité doctrinale qu’ils continuent de vouer à cette fusion.
 
D’autres, plus responsables, se montrent essentiellement soucieux de prévenir une dégradation en prévision de laquelle le directeur général adjoint, spécialiste des ressources humaines qui a malheureusement quitté l’ANPE en juin 2008, avait déjà lancé dès 2006/2007, de premières et pertinentes mesures.
 
Depuis, les conditions de sa succession et le retour de quelques vieux démons de la gestion des affaires sociales ne sont pas étrangers à une dégradation qui doit tout de même moins aux mécanismes et objectifs de la fusion qu’à la persistance et à la défense actuelle d’intérêts ou de modes de fonctionnement préoccupants dont l’essentiel vient d’être évoqué.
 
 
Fusion oblige, déceptions, stress, fatigue sont là - c’est aussi classique qu’inévitable : mais l’évolution du climat social au sein de POLE EMPLOI doit moins aux mécanismes et objectifs de la fusion elle-même qu’à la persistance - provisoire, espérons-le - de modes de fonctionnement préoccupants et anciens.
 
Alors que chacun s’accorde, en effet, sur le constat de la dégradation actuelle, il s’agit surtout d’enrayer désormais, la poursuite de cette dégradation, en prévision de laquelle le spécialiste des ressources humaines qui a malheureusement quitté l’ANPE en juin 2008, avait déjà lancé dès 2006/07, quelques premières et pertinentes mesures de prévention.
 
La concomitance entre les conditions de sa succession et le retour de quelques vieux démons de la gestion des affaires sociales ne laisse pas de troubler, lorsque l’on considère avec le recul nécessaire, une détérioration qui doit moins à la fusion elle-même qu’à l’exacerbation de comportements que nourrissent, ici et là, dans l’appareil institutionnel ou syndical, des oppositions de principe toujours aussi viscéralement hostiles à cette fusion.
 
 
Cette persistance de modes de fonctionnement anciens, souvent préoccupants et parfois condamnables oblige aussi à rappeler qu’ils n’avaient d’évidence, pas fait leur preuve, puisqu’exécutif et législateur réunis ont souhaité cette réforme, dont les premières pistes remontent au début des années 90, et dont les esquisses successives ont traversé les alternances politiques avec une constance significative.
 
Maints articles de presse ont eu l’occasion d’évoquer ces derniers mois ce que d’aucuns ont appelé « la main mise des ex-ANPE » sur l’appareil institutionnel nouveau.
 
Réalité qui invite à rappeler qu’on apprend en économie qu’une des leçons régulières du bimétallisme monétaire est que la mauvaise monnaie chasse la bonne
 
Les hypothèques anciennes d’une gestion préoccupante feront elles tache d’huile sur l’ensemble du nouvel établissement ? C’est cette problématique délicate, qui doit retenir l’attention, dans ce milieu professionnel si particulier où la réalité veut que les uns doivent leur travail à tant d’autres qui n’en ont plus.
 
Le paritarisme en vigueur dans les institutions précédentes et, désormais, dans l’institution nouvelle, renvoie donc à parts égales la responsabilité d’apporter une réponse pointue, commune et non conflictuelle à un triple et incontournable questionnement :
 
• Ceux qui, de longue date ont contribué au développement de la situation sont-ils les mieux à même d’enrayer les problèmes qu’ils ont créé ?
 
• Quel crédit ou quelle confiance peut-on porter à leur soudaine sollicitude – et, surtout, pour quel avenir, au lendemain d’élections professionnelles par ailleurs significatives pour ceux qui opposés à la fusion, sont tout de même devenus globalement minoritaires ?
 
• Quel projet de ressources humaines, quelles compétences et quelle technicité mettront-ils, finalement, en nombre et qualité, au service d’une mutation d’une telle ampleur ?
Certes, et de façon générale, on sait, depuis VIDOCQ, que d’utiles ou brillantes carrières peuvent absolument se faire ad augusta per angusta, et se mettre, un beau jour, à servir l’ordre public social qu’elles ont jusque là contribué à troubler, ou combattu.
 
Institutionnellement et individuellement, ce n’est donc pas forcément un mauvais calcul que de s’appuyer sur de tels repères : s’y trouvent, au contraire, bien des raisons d’espérer
 
4 millions d’usagers servis par un ensemble de 48 000 agents et 48 000 agents au service de 4 millions d’usagers attendent, incontestablement, de cette fusion, résultats et changements.
 
Agents de POLE EMPLOI et chômeurs savent aussi qu’ils ne seront ni immédiats, ni spectaculaires, tant il n’y a pas de baguette magique en la matière.
 
Dans ce pays où l’on pousse à des études de plus en plus longues, le chômage laisse également de plus en plus de temps pour réfléchir : usagers et agents ne peuvent plus être « sous-estimés ».
 
Telle est, au fond, la morale de cette enquête, qui aurait pu s’intituler « stress et mépris ».
 
Face à des situations sociales individuelles ou collectives de plus en plus délicates à maîtriser, ténacité et vigilance restent donc évidemment de mise.
 
Mais, concernant la situation sociale interne de POLE EMPLOI : sans plus, serait-on tenté de dire, tant la situation - normalement porteuse de soucis comme toute période de fusion institutionnelle -, n’est en rien aussi noire que certains veulent la présenter.
 
 

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