Et si l’on moralisait (un peu) les gains du loto ?

par Fergus
jeudi 17 novembre 2011

Régulièrement des sommes indécentes sont « gagnées » par des joueurs chanceux au Loto. S’ils scandalisent une partie de la population, ces gains parfois extravagants font rêver le plus grand nombre de nos concitoyens. Deux regards contradictoires qui pourraient être réconciliés – au moins partiellement – en « moralisant » le jeu...

Comment ne pas être choqué en apprenant que les gagnants de l’Euro Millions empochent des dizaines de millions d’euros ? Sans le moindre effort, ces heureux joueurs perçoivent, contre une mise de quelques euros, l’équivalent de milliers d’années de SMIC.

Tel ce Suisse qui, le vendredi 11 novembre, s’est vu attribuer le gain faramineux de... 67 millions d’euros  ! Soit l’équivalent de 5 300 ans de SMIC ou les salaires d’une carrière entière pour 130 smicards !!!

Ou, pire encore, ce Normand qui, le 13 septembre dernier, a gagné la somme colossale de... 162 millions d’euros ! Soit en gardant la même comparaison, l’équivalent de plus de 12 700 ans de SMIC ou les salaires d’une carrière entière pour environ 320 smicards !!!


Certes, il s’agit là des gains de l’Euro Millions, car ceux du Loto national, pour être eux aussi indécents, ne culminent pas, en général, à un tel niveau d’extravagance. Ils peuvent toutefois atteindre des sommes exorbitantes en certaines occasions, comme le confirme le chèque remis à une famille du Val d’Oise à la suite du tirage du 6 juin 2011 : 24 millions d’euros !

Comment fonctionne le Loto en France ? De manière très simple : doté au minimum de deux millions d’euros à chaque tirage, il permet au parieur gagnant d’empocher cette somme s’il est seul, ou de la partager avec les autres gagnants du premier rang si plusieurs personnes ont, comme lui, coché les 6 bons numéros sur leur bulletin.

Deux millions d’euros à chaque tirage, tel est donc le principe. Et si aucun gagnant n’a ramassé le pactole, un nouveau million est ajouté lors de chaque tirage suivant jusqu’à ce qu’un ou plusieurs gagnant(s) fasse(nt) main basse sur le magot.

Deux millions d’euros, cela change la vie pour l’écrasante majorité de nos concitoyens. Et plus encore trois millions. Au delà de ces sommes, on aborde les rives du très superflu pour ces mêmes Français, et cela même s’ils viennent en aide à des membres de leur famille. C’est pourquoi je pense que l’on peut, sans dommage pour le rêve qui reste le principal moteur du jeu chez nos compatriotes, prélever une partie des gains pour la redistribuer à ceux qui en ont souvent un besoin urgent.

Ma proposition : au delà de 3 millions de gains par gagnant, redistribuer 50 % des dotations de premier rang mises en jeu à des associations reconnues d’utilité publique ou à des collectivités locales. Une redistribution qui pourrait être faite, sous le contrôle de la Française des Jeux, par les gagnants eux-mêmes vers les associations ou collectivités de leur choix.


Conséquences en quelques exemples :

Cas 1. Une personne gagne seule 2 ou 3 millions d’euros : elle empoche la totalité de l’enjeu.

Cas 2. Trois gagnants se partagent un lot d’un montant maximum de 9 millions d’euros : chacun empoche le tiers de ce lot sans redistribution.

Cas 3. Un gagnant trouve la bonne grille alors que la somme en jeu s’élève à 7 millions : il empoche 5 millions d’euros et signe dans les locaux de la Française des Jeux des chèques de redistribution pour un montant de 2 millions d’euros.

Cas 4. Deux gagnants ont coché les bons numéros alors que l’enjeu s’élève à 8 millions d’euros : chacun reçoit 3,5 millions d’euros et une somme de 1 million est reversée à des associations.

Cas 5 (celui de la famille du Val d’Oise). Un seul gagnant à... 24 millions d’euros : il empoche 13,5 millions d’euros et signe pour 10,5 millions d’euros de redistribution. 

Les avantages d’un tel système sont évidents :

Il permet d’apporter une bouffée d’oxygène, soit à des associations humanitaires ou écologiques reconnues d’utilité publique, soit à des collectivités locales en vue de la prise en charge de besoins sociaux.

Il donne au jeu un sens moral qu’il n’a pas actuellement.

Il valorise les gagnants car ce sont eux qui décident quels destinataires percevront les sommes redistribuées. Par le biais du jeu, ces gagnants tireront fierté d’avoir : ici, amélioré la prise en charge des sans-abri ; là, contribué à la sauvegarde d’espèces animales menacées ; ailleurs, indirectement financé la construction d’une crèche municipale ou d’une médiathèque...


Il va de soi qu’un tel système pourrait être étendu à l’Euro Millions où les sommes en jeu sont encore plus exorbitantes.

Reste la question qui tue : en l’état actuel de la législation, cela est-il possible ? Car le principe du jeu est basé sur la mutualisation des enjeux et la répartition aux gagnants du total des sommes misées après déduction des frais de gestion, de l’alimentation d’un fonds de réserve destiné aux bonus occasionnels, et naturellement de la part de l’État.

Possible ? Pas possible ? Il serait intéressant que la Française des Jeux donne son avis. Mais, même en cas de réponse négative, rien ne serait définitivement perdu : il suffirait d’un amendement aux textes législatifs existants pour que la chose devienne possible. Pour qu’enfin les gains du Loto soient quelque peu moralisés !


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