Etes vous égo-logiste ?

par olivier cabanel
samedi 6 juin 2009

Cette expression, chère à Joèl de Rosnay définit celui qui préfère le JE ou nous, et illustre bien la tendance sociale du moment.

Tout comme on oppose le yin et le yang, on peut aujourd’hui opposer les fervents du « tout à l’égo » à ceux qui lui préfèrent les valeurs de solidarité et de partage.

Faut-il faire confiance à celui qui décide tout tout seul, convaincu d’avoir toujours raison, ou à ceux qui préfèrent ce qu’on appelle aujourd’hui « l’intelligence plurielle ».

Wikipédia, l’encyclopédie citoyenne illustre parfaitement cette intelligence collective, donnant à chacun la possibilité de renseigner, ou de se renseigner.

Cette opposition a été parfaitement illustrée lors de la dernière élection présidentielle ou l’on a vu la victoire du « Je » sur le « Nous ».

Rappelez vous les discours du Prez : « J’irais chercher le pouvoir d’achat avec les dents ».

« Je défendrais les droits de l’homme partout où ils sont méconnus et menacés » lien (on a vu de quelle façon il ne l’a pas fait avec Kadhafi, ou avec la dictature chinoise).

Le « Je » étais toujours présent dans ses discours, alors que de l’autre côté, c’est le « nous » qui était privilégié.

La crise écologiste va emprunter bientôt le pas sur la crise économique, et tout laisse croire que le « chacun pour soi » et « que le meilleur gagne » vont l’emporter.

En France le Grenelle est un lamentable échec, accumulant les effets d’annonces, sans de réelles applications, ou avec de si misérables avancées qu’elles seront sans effet notoire.

Ces Grenelles successifs sont la marque évidente du choix politique qui privilégie l’apparence, et prend la vérité avec des pincettes et une certaine distance, tout comme le récent documentaire présenté par Yan Arthus Bertrand : Home.

Ce film est la preuve que la défense de l’environnement est toujours présentée par le petit bout de la lorgnette, et que les sujets qui fâchent sont soigneusement évités.

Pas un mot dans ce film sur le danger nucléaire qui nous menace depuis un demi-siècle, et dont les conséquences sur notre planète sont de plus en plus préoccupantes.

Ce film est soutenu par de magnifiques images bien sur, destinées à nous émouvoir et censées nous donner envie de défendre notre planète « home », mais ces mêmes images sont portées par un discours émaillé de contre-vérités.

En effet, le spectateur attentif aura bien noté que le réalisateur utilise le futur, alors qu’il aurait tout aussi bien pu utiliser le présent.

Il évoque, par exemple, la quantité phénoménale de méthane piégée sous le pergélisol et dans le permafrost et qui pourrait s’échapper un jour, accélérant dramatiquement le réchauffement planétaire. lien

Sauf qu’il oublie de dire que ce méthane s’échappe actuellement à gros bouillons, tel qu’il a été observé par plusieurs missions scientifiques récentes.

La lente et inexorable montée des eaux a commencé à chasser les habitants de leur lieu de vie, et dans les pays riches la parade est déjà prête.

Il existe de par le monde des zones totalement sous contrôle, avec ses barrières de sécurité, ses vigiles, ses caméras de surveillance, ses moyens de défense, prêtes à repousser avec la plus grande fermeté les assauts prévisibles des futurs délogés climatiques.

Les entreprises sont de plus en plus nombreuses pour proposer ce genre de service, et les caméras de surveillance se multiplient. lien

Cette opposition du « Je » et du « Nous » se retrouve aussi entre les fervents partisans de la croissance, convaincus que seule celle-ci pourra redonner du pouvoir d’achat, avec ceux qu’on appelle aujourd’hui « les décroissants », ceux-ci préférant jouer la carte de la solidarité et du partage, refusant de continuer à consommer toujours plus, aux dépens des peuples affamés et asservis.

Pourtant il est visible que cette solution décroissante est la seule qui permettrait de contrer la récession.

Les écarts de salaires qui vont aujourd’hui de 1 à 400, ne devrait pas dépasser un écart de 1 à 7, ce qui était d’ailleurs inscrit dans le programme commun défunt des années 70.

Le choix est aussi entre le « partage du travail », ou le « travailler plus », (y compris le dimanche), même si çà doit générer plus de chômage.

Toujours donc l’opposition entre le je et le nous.

Ce choix de société est décisif sur ce qui nous attend pour les années à venir, et il est à craindre que le bon choix ne sera pas fait.

Car comme disait un vieil ami africain :

« Une pirogue n’est jamais trop grande pour chavirer ».


Lire l'article complet, et les commentaires