Facebook, cette saloperie !

par Erol
jeudi 27 septembre 2012

En 2008, désireux de renouer contact avec un ami perdu de vue, je fais une petite recherche qui me conduit vers Facebook. Encore méconnu, je ne trouve point mon ami d’enfance mais je m’inscris tout de même sur ce site en encodant ma véritable identité sans réel espoir d’être retrouvé. Le site me semblait peu visité et éphémère. Mais quelques mois plus tard, je reçois un mail : la personne recherchée a fait de même et m’a demandé en ami ! C’est le début de ma vie facebookienne !

Au début, on est dans la phase extase : revoir des personnes qu’on n’a plus vu depuis l’enfance, fait son petit effet. Retrouver des photos de classe qui manquait à notre collection aussi. Et puis, c’est l’enfer. Mark Zuckerberg se fait connaitre et on se rend compte que l’on est un pauvre disciple de sa secte. Je désactive mon compte. Le lendemain à l’école, une fille de ma classe me dit : « T’as vu à quoi ressemble la nouvelle petite-amie de Cédric ? Dommage, c’est sur Facebook et nulle part ailleurs ». Je réactive mon compte, je regarde la photo et je le désactive à nouveau. Le jour suivant, toujours cette fille : « T’as vu sur Facebook l’album d’Amélie, c’est énorme non ? » et là, je craque : « Hé connasse, tu me lâches, c’est fini pour moi Facebook, je préfère crever la bouche ouverte que d’y retourner ! » et elle réplique sur le coup : « Tant pis pour toi, tu ne vas jamais connaître les saloperies que l’on a écrit à ton sujet et puis t’aurais pu être plus souriant sur les photos publiées à ton insu, t’étais bourré non ? ». Une fois mon compte réactivé, je ne trouve rien sur ma personne et je constate par la même occasion que l’album d’Amélie est bien nul, ce que je m’empresse de lui dire : « Salut Amélie, pas mal les photos ».

Par la suite, j’apprends, à mon grand bonheur, que Facebook est supprimable définitivement. Je le fais sans réfléchir. Le site étant curieux jusqu’au bout m’oblige à justifier mon départ, ce que je fais avec une extrême sincérité : « Va te faire enculer espèce de connard de merde, tu crois que je vais te refiler mes infos Mark, hé ben tu te trompes, c’est fini ! Je vais aller au parc et admirer les fleurs, la vraie vie ! ». Ce que j’ai réellement fait mais les remords se sont installés lorsque plus tard, un professeur dit en classe : « Rendez-vous ce soir sur Facebook, pour un questions-réponses concernant l’examen de fin d’année ». En créant un nouveau compte sur Facebook, je me rends compte que ma dignité a pris un sacré coup ! Heureusement, le suicide virtuel commis n’est pas définitif, la renaissance est possible. Qui n’aimerait pas vivre cela dans la vraie vie : « Allez courage, c’est juste un suicide, je me jette dans le vide et c’est fini », un saut plus tard : « Où suis-je ? Oh mon Dieu ! Vous existez vraiment ? Ah ben mince, j’aurais du y croire ! Tout compte fait je vais revenir plus tard, à bientôt ! ». Après une résurrection : « Ah me revoilà à la maison, on va sur eBay se procurer la Bible, à la poubelle les revues porno. C’est à quelle heure la messe ? À 5h du mat’, j’irai même à l’avance. Tiens et si j’y allais tout de suite, il n’est que minuit ? Pas grave ! J’ai une soudaine passion pour la prière ! ».

Je ne calcule plus le nombre de fois où j’ai envoyé paître le site de Zuckerberg et le nombre de fois où j’y suis revenu comme si de rien n’était, comme une merde en somme. Pourtant, quelque chose dérange sur Facebook, cette impression que notre vie est moins privée qu’à l’accoutumé. On ressent une telle délivrance, une fois débarrassé. Mais la tentation d’y retourner est trop forte : cette peur de passer à côté de certaines infos, de photos que l’on ne peut trouver ailleurs, de personne au bout du monde qu’on ne peut contacter autre part… Facebook reste tout de même futile, on le rend peut-être moins en le privilégiant : en invitant des amis à un évènement par le site plutôt que par téléphone, par exemple. C’est également un plaisir coupable, on peut même y ajouter un voyeurisme consenti, on rôde sur les murs pour y trouver toutes sortes d’infos personnelles : « Qu’y a t-il sur Facebook ce soir : du poulet mangé par Hector avec photo à l’appui, un coup de gueule contre le mauvais temps poussé par Claire et une gastro pour Fidel ! Passionnant ! ». Malheureusement, Facebook est même une sorte de drogue qui a comme effet de faire perdre la saveur des choses, de rendre l’amitié anodine, de rendre les vœux d’anniversaires banals. Heureusement, on peut y trouver son bonheur (la promiscuité entre le fan et l’artiste entre autres) mais il est tellement mince à côté du reste. Facebook est l’ennemi de la rareté mais c’est pourtant bien elle qui attise la curiosité, qui fait garder un certain intérêt, avec le site on perd cet attrait.

Facebook est clairement un facilitateur de communication mais il est malheureux de constater que nous, utilisateurs, avons en quelque sorte vendu notre âme au diable pour quelques likes. Le prix à payer est que l’on est fiché, que nos informations sont utilisées, à bon au mauvais escient, par la société de Mark. Dans cet univers virtuel, nous sommes entrés dans une sorte de phase finale, à savoir que nous en sommes des prisonniers volontaires. Une étude sérieuse a révélé que les personnes encore absentes sur Facebook sont de probables psychopathes ou des personnes qui ont quelque chose à cacher. Je dirais plutôt de braves résistants !


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