Faire cracher le client

par Bernard Largučze
vendredi 22 novembre 2013

Le gouvernement veut donc s'attaquer à un mal multimillénaire qui gangrène la société. D'autres gouvernements s'y sont essayés. Sans grand résultat. Sous le prétexte de moralisation de la société n'assiste-t-on pas à une vaste opération où l'hypocrisie est sous-jacente ?

Au cours des siècles de nombreuses initiatives ne sont jamais venues à bout de la prostitution, cette pratique qui déshonore la société. Marthe Richard avait fait fermer les maisons closes (loi du 13 avril 1946 - gouvernement Félix Gouin, socialiste). La prostitution s'est alors développée en se répandant encore plus dans les rues où il est plus facile, pour le client, de répondre à une sollicitation que de pousser une porte. 

Avec ce quasi-échec se pose alors la question : La prostitution n'étant pas un problème spécifiquement français mais mondial, est-il possible de créer un ilôt de vertu (la France) dans un océan de libertinage (le monde) ? Ce d'autant plus qu'à partir du 1er janvier 2014 les dernières barrières pour l'application des accords de Schengen seront levées. Ce sera la totale libre circulation des personnes et des biens entre tous les pays de l'Union Européenne. Les pays limitrophes vont devenir encore plus attractifs pour ce genre d'activités.

Il y a déjà eu des lois limitant cette activité. La dernière (2003) concernait le racolage passif ou actif. Elle remettait en vigueur une loi qui avait abrogé une autre loi votée 10 ans plus tôt. Le Sénat, puis l'Assemblée Nationale, sont en cours de l'abroger. Un nouveau texte est en préparation... Les précédentes n'ayant eu que peu d'effets sur ce fléau. Néanmoins, il est de bon ton d'exploiter le filon lorsque des échéances électorales approchent. Cela occupe le débat public tout en masquant les autres gros problèmes. 

Côté moralité, individuelle et publique, c'est autre chose. N'est-elle pas en chute libre par l'acceptation tacite de certaines pratiques ou initiatives telles que :

- La pornographie qui s'étale partout, en toute liberté. Des magazines télé vendus dans les supermarchés en font la promotion et proposent des rencontres aux ados (messagerie rose).

- L' édition de luxueuses publicités de mode, provocatrices, excitantes, rendant la femme objet de désir.

- En introduisant la sexualité dans les têtes des enfants, de plus en plus jeunes. Le ministre Peillon (socialiste) n'a-t-il pas annoncé, par sa circulaire du 10 avril 2013 aux recteurs, que l'Etat doit promouvoir, dès l'école primaire, l'éducation à la sexualité ? Puis en inscrivant au programme scolaire élémentaire la théorie du genre ?

 

Le sujet est très sensible car il touche, bien évidemment, à la sexualité qui mène le monde. Son exploitation, sous forme de business, intéresse les instances financières internationales. Elles ne voudront jamais se dessaisir des sommes incroyables qui transitent par ses caisses (quelque trente-cinq milliards d'euros de C.A. annuel pour le monde) ; ces mêmes organismes étant en rapport avec les gouvernements comme intervenants dans les circuits économiques. 

Par ailleurs, n'est-ce pas de l'hypocrisie pour un Etat de se faire sermonneur quand il profite de la prostitution ? L'article 92 du Code Général des Impôts (bénéfices non commerciaux) considère les revenus de la prostitution comme imposables (donc taxables à l'URSSAF) et ceux découlant du proxénétisme également au titre des B.I.C. (bénéfices industriels et commerciaux). 

Quand Eva Joly écrit dans son livre Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ? "(...) cette perversité envahit l'ensemble du corps social, plus on monte dans la hiérarchie sociale, plus cette élite assure son impunité. Le sexe fait partie intégrante du pouvoir, les deux formant bon ménage avec l'argent", on peut se demander légitimement, si l'Etat est bien dans son rôle de moralisateur. 

Gageons que si Dominique Strauss-Khan, socialiste, n'avait pas été écarté, suite à ses démêlés avec la justice new-yorkaise, il serait Président de la République et signerait cette future loi !

La nouveauté est la punition du citoyen qui veut profiter de cette possibilité sexuelle, pourtant autorisée. Une fois de plus l'Etat profitera de la situation en encaissant les amendes !

Comment le prendre en "flagrant délit" nécessaire pour établir le délit ? En multipliant les vidéo-surveillances. Que de nouveaux emplois en perspective ! Comme il en faudra beaucoup, il y a là un moyen d'inverser la courbe du chômage !

Bien sûr, on peut voir dans cette initiative gouvernementale la recherche d'une solution à ce fléau, non critiquable en soi, afin de modifier le regard sur la relation personne prostituée (Pp)-client. L'erreur n'est-elle pas de chercher à tout prix un coupable, parmi les citoyens, la femme d'abord, maintenant le client, pour éviter de frapper au bon endroit ? De nos jours, l'extension de la prostitution n'est-elle pas, entre autres, la conséquence de la situation économique ?

Cette loi, actuellement à l'étude, agira comme un cautère sur une jambe de bois car, sans changement économico-monétaire, le phénomène que l'on veut éradiquer ira, au contraire, en s'amplifiant mais sera de moins en moins visible.

L'économie d'endettement imposée aux peuples, avec ses intérêts usuraires monstrueux à payer, est responsable du chômage, de la pauvreté et son contre-coup la misère, qui s'étendent un peu plus tous les jours, fait le lit de la prostitution. L'argent qui pourrit tout a, en plus, pour conséquence une fiscalité abusive qui devient insupportable, bien loin de l'esprit de justice sociale et fiscale dont se réclame M. Ayrault, Premier ministre. 

Tout cela parce que, aux risques de se redire, les peuples sont bel et bien tombés sous le coup d'un nouvel asservissement, plus terrible car sournois, que celui abrogé par le décret du 27 avril 1848. Cet esclavage par l'endettement oriente les peuples vers toujours plus de difficultés pour, suivant l'expression populaire, "joindre les deux bouts". La prostitution offre le moyen facile d'arrondir les fins de mois, voire procurer les moyens pour vivre à défaut de trouver un emploi.

Toutes les mesures proposées jusqu'alors ne sont que fadaises. Tant que la monnaie sera, par elle-même, source d'enrichissement sans fin, la prostitution subsistera. Elle ne disparaîtra que par une réforme économique et monétaire, hélas, non inscrite dans les programmes gouvernementaux. Elle devrait même être l'objectif n° 1 des instances de l'Union Européenne qui préfèrent, pour le moment, débattre du remplissage des chasses d'eau. 

En attendant que, dans un futur peut-être pas si lointain, les nouvelles technologies apportent une modification virtuelle aux pratiques sexuelles, ce qui réglerait définitivement le problème !

Bernard Larguèze

(nov. 2013)

 


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