Farid El-Yamni « On est tous Wissam »

par Fašon2Parler
mardi 28 janvier 2014

Un nom qui ne raisonne pas dans les esprits de la plupart des Français. Pourtant Farid, jeune ingénieur de 28 ans, se bat pour une noble cause : la justice et la vérité pour Wissam, son grand frère. C’est la nuit du 31 décembre 2011 au 1er janvier 2012, que la vie de Farid El Yamni, et de toute sa famille, a basculé. Bavure policière ou successions de maladresses dans le dossier, l’affaire El-Yamni est encore loin d’être élucidée.

Rappel des faits : Wissam est interpellé vers 3h20, le matin du 1er janvier 2012. Il semblerait qu'il ait été identifié comme "fauteur de trouble" après avoir jeté une pierre sur une voiture de police. Après une course poursuite, c'est menotté au sol et inconscient, qu'il est alors victime de coups au visage et au thorax, les nombreux témoins rapportent que les policiers étaient "d’humeur festive ». Wissam a été embarqué au poste, il est retrouvé dans le couloir inerte, le pantalon au niveau des chevilles.

Réanimé, Wissam dans un état critique, tombe alors dans le coma, sans que sa famille en soit informée. Le rapport des médecins est sans appel, l’homme souffre de diverses fractures (rocher orbital et côtes), de lésions diverses (notamment au cou), et nombre d’ecchymoses apparaissent sur son corps (visage, torse et cou). Les rapports sanguins et urinaires, quant à eux, témoignent d’un mélange d’alcool (1.58g/L) et des traces de cannabis et cocaïne à des doses non létales.

L’IGPN a pris l’affaire en charge (dossier médical de Wissam, caméras de surveillance du commissariat, clichés et rapports divers sur l’état de chaque policier ayant procédé à l’arrestation du jeune homme). L’affaire s’ébruite et les émeutes dans les quartiers éclatent, donnant une nouvelle opportunité à la presse, de justifier l'insécurité en France, sans (dans ce cas) expliquer la source de ces rébellions.

Au 6 janvier, après qu'une plainte pour « violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique », à l’encontre des deux policiers ayant interpellé violemment Wissam le 1er janvier, ait été déposée auprès du Procureur de la République, la famille El-Yamni prend deux avocats pour la défendre. Trois jours plus tard, Wissam décède à l’hôpital, les policiers incriminés ont été « mis en congés » . Durant ces 9 jours et demi en soins intensifs, les marques de violences s'estompent...

La suite de l’affaire reste surprenante. Le corps de Wissam est transporté à St Etienne pour une autopsie, sans la version des témoins, les photos du 1er janvier, le dossier médical avec les radios, scanners et rapports médicaux mais avec la version policière présentée comme seule source. Ce n’est qu’en date du 24 janvier que le Procureur annonce publiquement les conclusions du pré-rapport d'autopsie : la cause du décès serait due à la position de pliage dont Wissam aurait été contraint, encore inanimé, pendant son transport au poste de police. Voici donc la version officielle pour expliquer la mort du jeune homme. 

Ces conclusions ont été reprises par l’IGPN, omettant les fractures et traces de strangulation. Le Défenseur des Droits, Dominique Baudis, se saisit automatiquement de l’affaire. La contre-autopsie demandée, le légiste refuse de rester sur ses conclusions, il décide de procéder à une expertise de son propre rapport et revient sur ses précédentes conclusions, en annonçant alors à une mort due à la consommation de drogues, ayant entraîné un arrêt cardiaque. Le corps du jeune homme, qui n'avait jamais été maintenu en chambre froide pendant tout ce temps, est alors rendu à sa famille, pendant que les deux policiers incriminés, reprennent leur poste.


La famille continue de se battre pour la mémoire de Wissam et décide alors de déposer une requête auprès de la chambre d’instruction, de façon à ce que certains clichés pris en date du 1er janvier, figurent dans le dossier. Bien que mentionnées dans l'un des rapports, la police insinue une "erreur de plume", et affirme que ces photos n'existaient pas.

Un an plus tard, et après diverses demandes judiciaires n’ayant jamais abouti, l’affaire piétine. L’une des juges d’instruction a été déchargée de ses fonctions et toutes les demandes de vérification pouvant faire bouger les choses (conversations radio entre policiers, caméras de surveillance, conversations téléphoniques etc…), ont essuyé un refus. Les rapports médicaux suivants semblent être bâclés par des personnes visiblement incompétentes dans le domaine. En dépit de l’énergie de la famille El-Yamni pour tenter de connaître la véritable cause de la mort de Wissam, une succession d'événements laissera l’enquête au point mort : un nouveau Directeur de la Sécurité publique a été nommé, le commissariat a été fermé et un nouveau un peu plus loin a été inauguré en mars 2013, en présence de M. Valls, qui, dans son discours, est revenu sur les actes de vandalisme après la mort de Wissam, puis, en septembre 2013, le juge d’instruction restant, quitte lui aussi ses fonctions. « Nous sommes comme un nageur sous l’eau, qui attend d’atteindre la surface pour reprendre sa respiration » déplore la famille El-Yamni.

Après deux ans de combat infructueux, l’espoir reste mince mais toujours présent, quant à la vérité. Farid, le frère de Wissam préside désormais, un comité pour la mémoire de son frère : Justice et Vérité pour Wissam. "Wissam est mort et personne ne nous le ramènera, c'est un fait. Mais nous voulons malgré tout, la vérité sur sa mort et que justice soit faite." affirme-t-il. Le but de cette initiative, reste d’obtenir la vérité sur les faits qui ont provoqués la mort du jeune homme. Il n’y a pas d’adhérents à proprement dit, seulement une cinquantaine d’âmes charitables, qui aident au quotidien, à faire lumière sur cette affaire.

Farid indique qu'un sursaut d’espoir vient d’avoir lieu avec une contre-expertise, demandée par les nouveaux juges d’instruction en charge de l’enquête : "Trop d’incohérences ont été relevées sur l’analyse des blessures ainsi que sur le rapport de cardiologie".

Le ralentissement de l’enquête, les issues improbables empruntées jusqu’alors, ne jouent pas en faveur des forces de l’ordre. Ce qui conforte la famille dans son combat pour la vérité. « On a sollicité, via différentes personnes, la Ministre de la Justice, qui nous a répondu qu’elle suivait l’affaire de près. On a aussi rencontré le Président pour le sensibiliser. Les médias nationaux, notamment les médias télévisuels, sont au courant de l’affaire et nous boycottent consciemment. » rapporte Farid désemparé mais déterminé.

« On est tous Wissam » résume très bien le fait que la vie d’un Homme peut basculer du tout au tout, en un battement de cil. Ceci, sans que ceux qui restent, puissent parfois, en connaître les raisons véritables. Ce genre de tragédie peut arriver à un ami, à un proche, à n’importe qui et n’importe quand. Il y a certainement des délinquants dans les quartiers, mais il en existe aussi, parfois, sous couvert d'une profession dite respectable. Raison pour laquelle, il est indispensable d’éviter les clichés stéréotypés et de considérer chaque cas, à sa juste valeur.


Pour aller plus loin :
Vidéo 1 

Vidéo 2
Mediapart 
liberation 
le monde 
copwatch 
Blog 

Remerciements à Farid pour sa disponibilité pour cet article.
Article original ici

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