Finkielkraut : la faute significative de Nuit Debout ?

par Laurent Herblay
lundi 18 avril 2016

Un intellectuel renommé, populaire, controversé, plutôt alternatif, récemment devenu académicien, qui vient place de la République un soir, comme simple citoyen, avec sa femme, pour découvrir le mouvement Nuit Debout. Des excités l’en chassent en le traitant de « facho ». Peut-on encore attendre quoique ce soit de ce mouvement pour qui j’avais pourtant une vraie sympathie  ?

 
Des « antifas » au comportement bolchévisant
 
Bien sûr, on peut ne pas être d’accord avec Alain Finkielkraut, ou même penser que ses manières ne sont pas toujours très respectueuses. Néanmoins, ceux qui sont les plus durs avec cet intellectuel sont souvent ceux qui défendent la pseudo loi travail, contre laquelle se sont réunis les participants de Nuit Debout. Il est vrai également que la réaction de quelques excités ne préjuge pas des convictions de la majorité de ceux qui étaient présents samedi, qui auraient peut-être été heureux de discuter ou d’écouter l’intellectuel. Mais malheureusement, cette probable minorité d’excités vient ternir l’image de ce mouvement intéressant, dont l’inspiration vient des Indignados Espagnols. Car même si je ne suis pas un spécialiste de Finkielkraut, le traiter de « facho » est un comportement indigne et malplacé.
 
D’abord, à ma connaissance, rien ne me semble permettre de le qualifier de la sorte. Ensuite, en adoptant un tel comportement, ce sont les excités de la place de la République qui se comportent comme des fachos en chassant un intellectuel venu discrètement, et en famille, pour les écouter. A l’écoute de l’académicien, ils ont préféré l’invective, la violence, et un dogmatisme effrayant, devenant pires que ceux dont ils dénoncent pourtant toutes les dérives. Il est tout de même malheureux que chez certains, l’opposition à ce capitalisme débridé et inhumain semble déjà les pousser dans une vision bolchevisante du débat public. Non seulement nous avons les erreurs économiques du début du 20ème siècle, mais il semble que nous reproduisons, certes de manière marginale, les erreurs de certains de ses opposants.
 
Heureusement, il faut se dire que ces comportements ne sont que ceux d’une petite minorité d’excités, sans doute les mêmes qui avaient mal accueilli Etienne Chouard. Il faut espérer que la grande majorité de ceux qui viennent place de la République le font d’une manière ouverte aux autres, à leurs opinions, dans une envie de réfléchir à ce qu’il faudrait faire, mais aussi à comment le faire pour changer les choses. Le fait que Pascale Fourier y ait fait un tour est naturellement un encouragement. Et j’espère que je pourrais aller voir sur place pour juger de moi-même. Mais il est clair que l’on ne pourra pas changer le système actuel si les alternatifs ne sont pas capables de discuter ensemble et se lancent des noms d’oiseau sans la moindre raison, donnant un spectacle absolument repoussant au pays.
 

En fait, après ce triste épisode, Nuit Debout gagnerait à inviter Alain Finkielkraut et lui offrir la même tribune qu’à Yannis Varoufakis pour effacer la triste trace de son éviction de samedi. Ainsi, ils montreraient que les intentions du mouvement sont démocratiques et ouvertes.

 

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