Goodyear, Newsweek : la fracture franco-étasunienne

par Laurent Herblay
jeudi 9 janvier 2014

En quelques jours, l’actualité a fourni deux nouveaux épisodes de tension avec les Etats-Unis : l’article stupéfiant de bêtise de Newsweek sur la France, qui a fait un tollé, et le conflit dans l’usine Goodyear, où deux cadres dirigeants ont été séquestrés, qui a suscité des critiques outre-Atlantique.

Goodyear, ou le refus de la loi du plus fort
 
Bien sûr, aux Etats-Unis, le principe de salariés qui retiennent en otage des dirigeants semble étrange. C’est ce qui explique la réaction outrée du patron de Titan, une entreprise pourtant censée être candidat à une reprise partielle de l’usine : « aux Etats-Unis, on appellerait ça un kidnapping. Ces gens seraient arrêtés et poursuivis. C’est un crime très sérieux, vous risquez la prison à vie. Mais en France, votre gouvernement ne fait rien, ça paraît fou ». En effet, outre-Atlantique, il y un respect du plus fort et du cadre législatif qui fait que ce genre d’actions renforce l’image d’une France aux racines rouges…
 
Sans pour autant justifier cette séquestration, on aimerait que le patron de Titan songe également à la violence que représente la fermeture d’un site industriel pour les salariés, qui perdent leur emploi, dans un contexte de chômage de masse où il leur sera difficile d’en retrouver. Cela est d’autant plus rageant que Goodyear fait des profits, même s’il perd de l’argent à Amiens, ce qui est logique après avoir divisé par 7 la production, en partie pour s’adapter à l’envolée des importations venues de Chine, dont l’Europe ne se protège, contrairement aux Etats-Unis, comme je le rapportai il y a un an.
 
La chute de Newsweek

Il y a quelques jours, le journal Newsweek, qui a brièvement déserté le papier pour internet, a publié un torchon intitulé « la chute de la France  », un tissus d’âneries bien décryptés par le Monde. La journaliste afforme que le lait est vendu 4 euros le litre, que les couches sont gratuites, qu’une grande partie (des Français) paient 70% d’impôt. De manière non ironique, la journaliste affirme que « the problem with the French is they have no word for entrepreneur »… En fait, nous avons juste créé le mot. A noter que Anne Sinclair a fait une réponse plutôt bien sentie pour le Huffington Post.

Ce n’est pas la première fois que la presse anglo-saxonne publie des articles totalement outrageux et ridicules sur la France, n’hésitant pas à mentir ou à raconter d’énormes âneries. The Economist s’est fait une spécialité du « french bashing ». Pourtant, dans son édition spécial de Noël, l’hebdomadaire des élites mondialisées a fait un papier intéressant sur la France « le chic maussade  » pour analyser les raisons du pessimisme naturel de notre pays, qui semble totalement décalé par rapport à la situation réelle des Français. Il ne serait pas inutile qu’ils notent également que nos médias nous épargnent des portraits ridicules et caricaturaux des autres pays, contrairement à eux…

Ces deux épisodes montrent une facette de la différence de notre pays avec le monde anglo-saxon. Un plus grand souci de justice et donc un refus de l’injustice, que l’on retrouve chez Goodyear, mais aussi une capacité à éviter les excès malhonnêtes et limite xénophobes d’une certaine presse.


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