Grandes écoles : un mauvais procès

par Henry Moreigne
mercredi 6 janvier 2010

Le concours c’était pensait-on comme la démocratie. Pas un système parfait mais, le moins mauvais pour assurer une égalité des chances dans les études. La méritocratie est aujourd’hui remise en cause par une partie de la droite et de la gauche qui se sont trouvés comme maître à penser Richard Descoings, patron de Sciences-Po, officiellement de gauche mais très prisé par Nicolas Sarkozy pour son prosélytisme en matière de discrimination positive. Une polémique en trompe l’œil qui évite surtout de parler de ce qui fâche notamment, la faillite en amont de l’enseignement secondaire.

Une nouvelle fois, le débat se résumerait entre les anciens arc-boutés sur le principe du concours et, de l’autre, les modernes prêts à tous bousculer dans l’objectif d’assurer une mixité sociale dans les grandes écoles. L’enfer est souvent pavé de bonnes intentions. Le danger serait pourtant qu’au titre d’un objectif louable on ouvre une boîte de Pandore qu’il sera impossible de refermer. Commençons par remettre en cause le concours pour les grandes écoles, demain, elle s’étendra à la fonction publique dont l’égalité d’accès est justement garantie par le concours.

Ce matin, sur France Inter, Richard Descoings n’a pas caché qu’il souhaite désacraliser le concours. Basé sur l’anonymat et les seules qualités de la copie, le système a pourtant en principe l’avantage d’éviter ce qu’on dénonce : la sélection à la tête du client.

La mise au pilori médiatique de la Conférence des grandes écoles est un mauvais procès. A cet égard, on ne manquera pas de parcourir dans La Croix la position de Patrice Corre , le proviseur du lycée Henry-IV qui estime que “relancer cette polémique est intellectuellement malhonnête.” Pierre Tapie, président de la Conférence, également invité de France Inter ce matin, a indiqué qu’il partage l’objectif d’une plus grande mixité sociale mais, qu’il importe pour l’atteindre de prendre en compte le vivier qui se trouve en amont. La polémique qui se développe porte à tort sur le thermomètre sans s’inquiéter de la santé du patient éducation nationale.

Il ne faut pas avoir peur de l’élitisme républicain si celui-ci est l’aboutissement d’une école qui offre par la qualité de son enseignement, égale en tout lieu du territoire, une égalité réelle des chances.

C’est un beau débat qui est ouvert mais prenons garde à ne pas le regarder par le petit bout de la lorgnette. C’est l’ensemble de ce qui constitue la méritocratie républicaine qui doit être remis à plat.

 



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