Il est venu parmi les siens, et les siens ne l’ont pas rešu

par Sylvain Rakotoarison
samedi 24 décembre 2022

Joyeux Noël 2022 !



Mon titre provient de l'Évangile selon saint Jean pour expliquer que Marie et Joseph n'avaient nul endroit pour faire naître Jésus-Christ, d'où une étable, aux côtés d'un âne et d'un bœuf. Saint Luc a fait dire à Jésus plus tard : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. ». Ces deux phrases ont été citées par le pape François lors de son audience générale peu avant Noël de l'an dernier, le 22 décembre 2021 à la Salle Paul-VI et il insistait sur l'un des messages de l'Église et en particulier un message de Noël : « Le message des évangiles est clair : la naissance de Jésus est un événement universel qui concerne tous les hommes. ». Il faut bien sûr comprendre : qui concerne tous les hommes et les femmes !

Pour mieux comprendre le message du pape, il faut remonter cinq années en arrière, dans sa déclaration urbi et orbi du 25 décembre 2017, au balcon central de la Basilique Saint-Pierre de Rome. Le pape François avait voulu alors parler des migrants. Des réfugiés.

Pour lui, fêter la naissance du Christ est évidemment essentielle : « Cet événement se renouvelle aujourd’hui dans l’Église, en pèlerinage dans le temps : la foi du peuple chrétien revit dans la liturgie de Noël le mystère de Dieu qui vient, qui prend notre chair mortelle, qui se fait petit et pauvre pour nous sauver. Et cela nous nous remplit d’émotion, parce que la tendresse de notre Père est très grande. ».

Il a dit en particulier, de manière très forte : « Aujourd’hui, alors que soufflent sur le monde des vents de guerre et qu’un modèle de développement déjà dépassé continue à engendrer de la dégradation humaine, sociale et environnementale, Noël nous renvoie au signe de l’Enfant, et nous appelle à le reconnaître sur les visages des enfants, spécialement de ceux pour qui, comme pour Jésus, "il n’y a plus de place dans la salle commune". ».

Pour parler plus clairement, le pape François a cité les réfugiés de tout lieu : « Nous voyons Jésus dans les nombreux enfants contraints de quitter leurs propres pays, de voyager seuls dans des conditions inhumaines, proies faciles des trafiquants d’êtres humains. Dans leurs yeux, voyons le drame de tant de migrants forcés qui mettent en danger même leur vie pour affronter des voyages exténuants qui tant de fois finissent en tragédie. Je revois Jésus dans les enfants que j’ai rencontré durant mon dernier voyage au Myanmar et au Bangladesh, et je souhaite que la communauté internationale ne cesse pas d’agir pour que la dignité des minorités présentes dans la région soit adéquatement protégée. Jésus connaît bien la souffrance de ne pas être accueilli et la fatigue de ne pas avoir un lieu où pouvoir reposer la tête. Que notre cœur ne soit pas fermé comme le furent les maisons de Bethléem. ».


On pouvait imaginer, en évoquant les voyages à Noël que l'idée était de permettre au Père Noël de prendre ses quartiers d'été, sur une plage de sable fin, près de la mer bleue et à l'ombre des cocotiers dans une île paradisiaque lointaine. Non, le pape est très conscient des réalités du monde pour rêver. Il rappelle que la plupart des voyages sont contraints et pénibles, et même périlleux, que beaucoup y laissent leur vie et ceux qui arrivent n'ont aucune terre où s'installer, aucune maison où s'abriter. Heureusement qu'une autorité morale telle que le pape, plus universelle que pour les seuls catholiques, puissent rappeler cette vérité pourtant élémentaire. Avec les bouleversements climatiques qui se profilent, nul n'est à l'abri de l'exil.

Mais Noël, c'est aussi un retour en enfance, les nombreux téléfilms américains qui, depuis une dizaine d'années, envahissent nos écrans de télévision montrent une chose également évidente : on croit préparer Noël pour ses enfants et en fait, on le prépare pour les enfants qu'on était soi-même, comme un voyage dans le temps. Un voyage vers son enfance, à l'époque où on évoluait sans pollution du monde ambiant.



Née un jour de Noël, la chanteuse Claudie Fritsch-Mentrop, plus connue sous son nom de scène Desireless, fête son 70e anniversaire ce dimanche 25 décembre 2022. Elle continue toujours à chanter avec son air faussement androgyne, malgré les rides et le temps qui passe et en abandonnant son étonnante chevelure en brosse. Elle avait chanté un tube mondialement très connu dans les années 1980.

En effet, la chanson "Voyage, voyage", écrite et composée par Jean-Michel Rivat et Dominique Dubois initialement prévue pour Michel Delpech qui l'a refusée, a été proposée à Claudie dont Jean-Michel Rivat a trouvé le pseudonyme, Desireless pour évoquer une observation du monde avec détachement, sans désir. "Voyage, voyage" est sorti en 1986 et a été un disque d'or (plus de 500 000 exemplaires vendus). Conçu comme un rite initiatique, un voyage intérieur, ce voyage est aussi, pour "nous", adultes déjà bien "mûrs", comme un véritable voyage dans les temps anciens où nous étions jeunes et beaux ! Comme une liturgie nostalgique.

Alors, sans oublier que l'humanité est d'abord une solidarité, joyeux Noël et joyeux voyage ! Dans une émotion autant universelle, introspective que solidaire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 décembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Desireless.
Joyeux Noël !
Pourquoi m’as-tu abandonné ?
Dis seulement une parole et je serai guéri.
Noël à la télévision : surenchère de nunucheries américaines.



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