Islamisme et laïcité... financièrement compatibles ?

par Oudeis
lundi 22 décembre 2008

L’information est feutrée. Presque timide. Elle ne provoque aucun débat et ne suscite presque aucune réaction.


Et pourtant, la France prévoit de modifier sa législation et ses règles financières afin de promouvoir la finance islamique dans le respect de la charia. C’est du moins l’information donnée par le Monde du 04/07/08 sous le titre "Bercy veut faciliter le développement de la finance islamique en France". Ainsi, sous l’impulsion de Christine LAGARDE, la ministre de l’économie et des finances, "deux instructions fiscales devraient ainsi être publiées pour appliquer à ces produits une fiscalité plus incitative (...) En complément, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a érigé des règles permettant l’enregistrement, en France, de fonds d’investissement compatibles avec la loi islamique".


Cette déclaration du Gouvernement n’est pas une annonce isolée. Ainsi, estimant le marché potentiel de 500 à 700 milliards de dollars, le Sénat organisa en mai 2008 une table ronde sur le sujet. Et plus récemment, on apprend sur France Info que "Paris cherche à attirer la finance islamique en France" et accueille le 26/11/2008 le 2ème forum français de la finance islamiqueinterviennent aussi bien des responsables d’institution étatique (Agence Française de Développement, Banque de France) et des cadres de grandes entreprises françaises (Total, Natixis, BNP Paribas, Crédit Agricole) que... des sheikhs et muftis.


Ce développement de la finance islamique en France me semble dangereux à plusieurs titres.


Tout d’abord en ce qu’il entraîne une violation flagrante de la laïcité : l’Etat renonce à sa neutralité et à sa séparation des Religions en acceptant de modifier sa loi pour favoriser le développement d’une pratique religieuse particulière. Ainsi, loin de garder la neutralité et le détachement laïques revendiqués par notre pays, le législateur baserait sa réflexion sur les règles et prescription d’une religion. On est bien loin de cantonner le religieux à la sphère privée. Il ne s’agirait donc plus de demander aux religions de se plier aux lois républicaines mais plier la loi républicaine aux desiderata des religions ?


Cette entorse à la laïcité est d’autant plus dangereuse qu’elle vise – selon le Figaro (27/11/2008) à séduire les quelques 5 millions de Musulmans en France. Alors qu’on met en garde contre les dangers du communautarisme et qu’on parle d’unité nationale, la volonté gouvernementale de favoriser un système bancaire s’adressant spécifiquement aux Musulmans laisse perplexe. A quand des banques spécifiques pour les Chrétiens, les Juifs, les Bouddhistes… ?

 

Par ailleurs, cette évolution religieuse de la finance induit également une islamisation de la société. En effet, la finance islamique ne se contente pas de proposer les produits financiers permettant de contourner l’interdiction religieuse de l’intérêt, elle proscrit également l’investissement dans les secteurs non conformes à la charia. Cela correspondrait à un boycott institutionnel de certains secteurs d’activité - défavorisant ainsi certaines entreprises jugées islamiquement incorrectes. Les éleveurs de porcs ou les viticulteurs - par exemple - ne pourraient pas bénéficier de financement. Il ne s’agit certes pas d’interdire brutalement le vin en France ou d’y imposer par la force le contrôle de la société par les imams, mais la tendance est là.

Je suis donc fort étonné d’avoir vu si peu de réaction s’élevant contre le souhait gouvernemental de favoriser la finance islamique en France. Je n’ai entendu aucun chantre de la laïcité ou pourfendeur de voile islamique et autre signe religieux appeler à manifester pour protester contre cette dérive. Je n’ai peut-être pas assez regardé ou écouté, mais je trouve ce silence assourdissant.


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