Jusqu’Ó 800 millions d’emplois menacÚs par l’automatisation d’ici Ó 2030

par Laurent Herblay
samedi 23 décembre 2017

« Les gouvernements devront intervenir massivement d’ici 2030 pour éviter les troubles sociaux  », du fait de la destruction d’emplois apportée par l’automatisation. Ce n’est pas le cri d’alarme d’un intellectuel gauchiste un peu passéiste, mais celui de McKinsey, une entreprise qui fait partie du ghotta mondial du monde des affaires. Une étude encore plus inquiétante quand on en lit le détail.

 

L’évolution technique contre l’humanité ?
 
Les chiffres sont effrayants : selon le McKinsey Global Institute (MGI), 20% de la main d’œuvre actuelle ou près de 30% des heures travaillées dans le monde pourraient être automatisées d’ici 2030. Dans le détail, 375 millions de personnes (dont 100 en Chine) perdront définitivement leur emploi et devront totalement changer de profession. Le coordinateur de l’étude évoque « une tâche de la taille d’un plan Marshall  » pour permettre les reconversions et note que cela devrait peser sur les salaires, qui devraient stagner, imposant aux Etats des mesures compensatoires. Malgré tout, le rapport refuse de ralentir l’automatisation et propose même de l’accélérer de manière à dyamiser la croissance  !
 
Car, pour qui lit l’étude, disponible sur le site de McKinsey, les auteurs évoquent un scénario schumpéterien où les emplois détruits seraient remplacés par de nouveaux, en se référant au passé. Malgré tout, beaucoup d’éléments sont inquiétants. Le MGI dit aussi que « la polarisation des revenus pourrait continuer dans les pays développés avec une augmentation de la demande pour les emplois à hauts salaires, et un déclin des emplois à salaire moyen ». Il évoque aussi le risque de perturbations dans la transition, qui pèserait sur la croissance, et donc le nombre d’emplois. Enfin, l’impact varie beaucoup : 9% des emplois menacés en Inde, 15% en Chine, 21% en France, et 23% aux Etats-Unis.
 
C’est un sujet qui me tient à cœur, ayant soutenu en 2009 l’interdiction temporaire des caisses automatiques dans les commerces. Bien sûr, il ne s’agit pas de revenir à la calèche ou à la lampe à bougie, mais on peut tout de même se demander si les évolutions technologiques ne sont pas un moyen plutôt qu’une fin en soi. Comment les mettre au service de l’homme et de la collectivité ? Car si ces évolutions apportent souvent des progrès, pour notre santé ou notre confort, ce n’est pas toujours le cas. C’est le rôle de l’Etat de mettre en place des règles qui protègent la société des dérives ou des dangers que la seule quête de profits peut apporter, comme l’amiante ou la vache folle l’ont montré.
 
Mais quel rapport avec l’automatisation ? Après tout, ce sont souvent des emplois peu qualifiés qui sont visés et cela permet des gains de productivité qui enrichissent la société, comme cela a toujours fonctionné. Sauf que dans un monde où la plupart des pays dits développés manquent d’emplois et subsistent un fort taux de chômage, officiel ou pas, la perspective de nouvelles destructions d’emplois par l’automatisation ne doit pas être prise à la légère. En outre, l’évolution des inégalités montre que les gains de productivité ne profitent qu’à une petite minorité depuis 45 ans aux Etats-Unis, ce qui relativise grandement certains bienfaits de ces gains de productivité pour la société.
 

 

Bref, même dans les prévisions un peu roses du MGI, le choc promet d’être encore très violent dans nos pays dits développés. Le rythme de l’automatisation doit être adapté à la capacité d’absorbtion par la société et à ses conséquences. Elle n’est qu’un moyen au service d’une fin qui la dépasse, la condition humaine, qu’abîment le chômage et la pauvreté provoqués par une automatisation brusque et non encadrée.

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