L’erreur du comptable, ou l’art du ouatdowedo

par GaŽtan Pelletier
jeudi 4 août 2011

Photo : Gaëtan Pelletier

« Quand on fait une statue, on ajoute pas de l’argile, mais au contraire, on travaille à éliminer tout ce qui n’est pas essentiel jusqu’à ce que la vérité de la création apparaisse toute nue.
Ainsi, contrairement aux autres styles, apprendre le jeet kune do ne veut pas dire ajouter des connaissances, mais aller vers l’essentiel en éliminant tous les superflus.
Ce n’est pas « chaque jour on apprend », mais » chaque jour on désapprend ».
Le jeet kune do est un processus de dépouillement permanent. Bruce Lee

Il y a ceux qui « font » la vie, ou qui essaient de vous dire comment la faire en une formule, et ceux qui ont compris que la Vie se meut et ne peut s’enfermer dans une formule.

Si nous avons un certain lien avec l’Univers, la vie contemplative est là pour nous y relier. Moins il y a de souplesse, plus on « travaille » à figer ce qui se meut, plus on tue… Et c’est là la grande erreur : celle du comptable.

Là, sur le bord d’un lac, les pieds dans l’eau, le soleil qui plombait, les petits voiliers, les enfants qui nageaient, la beauté étrange des herbes aux abords de la rivière, les vaguelettes, les arbres séchés, certains écroulés dans l’eau.

Là où on se jette dans la beauté du monde. Un petit peu de la création à boire, à avaler.

Et je ne parle pas des gens simples qui travaillent, s’arrêtent vers six heures, parlent de choses et d’autres. Pour certains c’est insignifiant. Qu’ont-ils d’insignifiants ceux qui ne savent pas décrypter la théorie d’Einstein ?

Y a-t-il quelque chose de plus insignifiant qu’un intellectuel enfermé dans une université qui tricote le savoir à partir de ses « connaissances » ?

S’il ne sert à rien, sinon qu’à un apparat, alors c’est une vache qui boit son propre lait.

C’est bien là le plus grand massacre du monde.

L’art de comprendre, est l’art de la souplesse. La rigidité du comptable est en train de détruire des civilisations par aplanissement et des êtres par des formules à vendre.

Si vous projetez de visiter le lac Pohénégamook, vous ne passerez pas les ¾ de votre temps à planifier, à organiser, à compter, à tenter de prévoir l’imprévisible. Non.

C’est l’envers du bon sens. Le but n’est pas d’organiser, mais de prendre plaisir à vivre des vacances.

Même si ce n’est qu’un jour ou deux.

C’est bien comparable à nos courtes vies. Une visite sur Terre. Et tout cet acharnement à vouloir nous rendre la vie facile par une litanie de paperasse.

On tue la Vie.

Satan, c’est celui qui essaie de comprendre Dieu/Vie. Comme s’il y avait une différence entre ce qu’on est et un « autre » ailleurs.

Il n’y a rien à comprendre. Pas vraiment. C’est une sorte de rivière-eau sans qu’on sache de quoi est faite cette eau.

***

Il y avait de la pierre, des plantes étranges qui m’étaient inconnues, de la rocaille sur le rebord du lac, dure pour les pieds, des femmes trop belles, des enfants qui ressemblaient à des fleurs. On ne sait rien. Mais on ressent. Comme si on était content d’avoir créé tout ça.

Un lac, c’est une sorte d’église. On s’y baigne et la magie de la lumière et de l’eau font en sorte que nous retrouvons quelques atomes de ce qui nous sommes.

Les religions n’ont rien à voir avec la Vie. Nous ne sommes pas à genoux devant la grandeur de ce qui est à quémander. C’est la nature qui est habillée de façon à nous émouvoir. Et plus nous nous émouvons – dans une saine contemplation -, plus nous créons.

Ce n’est pas l’action qui crée. L’action n’est que le comptable de la Vie.

La peur est Diable, la paix est Dieu.

© Gaëtan Pelletier


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