L’intolérance ŕ la douleur

par RaZ
vendredi 8 mai 2009

La société d’aujourd’hui exigeait une certaine insensibilité de la part de ses membres qui ne devait pas afficher la douleur d’une perte, alors qu’autrefois, c’était parfaitement acceptable, voir même traditionnel.

 Ce matin, notre prof de traduction débattait tout seul sur une difficulté d’un texte à traduire, il s’agissait de mourn, deuil, et il a dit que de nos jours, on ne portait plus le deuil comme on le faisait autrefois, que la société d’aujourd’hui exigeait une certaine insensibilité de la part de ses membres qui ne devait pas afficher la douleur d’une perte, alors qu’autrefois, c’était parfaitement acceptable, voir même traditionnel.
 

Aussitôt mon cerveau se mit en branle et je concluai que, d’une manière général, la société n’aime pas les gens qui se sentent mal. Ici bas, tout le monde se doit d’être fort, responsable, indépendant et capable de surmonter ses problèmes ou ils ne valent rien, ce sont des lavettes. Bien sûr il y a la compassion de rigueur que tout le monde prétend avoir, mais elle ne va généralement pas bien loin, c’est rare de faire plus que des mots pour aider quelqu’un, et notre patience en la matière et plus où moins limitée. On finira par en vouloir à la personne quelque soit le degrès de sa douleur : “Elle pourrait pas se bouger le cul aussi !?”, “Toujours à se plaindre celui-là !”, “Arrête de badder putain !”, son mal-être persistant fait que l’attention se concentre sur elle et par sur nous, si bien qu’au bout d’un moment cette personne échoue à nous faire sentir bien alors que c’est le service qu’on essaie de lui rendre, on perd ainsi à la fréquenter, d’où une certaine irritation.

Regarde c’que je me suis fait avec cette putain de collec’ de pin’s !

L’avantage, c’est que ça évite à tous les crybaby, aux drama queens hypocondriaques de l’attention et autres dépressifs du dimanche de proliférer. Ces gens qui ont fait de l’apitoiement un art de vivre finiront par faire le vide autour d’eux et seront bien obligés de s’en sortir par eux-mêmes (sauf s’ils rencontrent les complexés du messie dont l’art de vivre est de s’occuper de la vie des autres pour oublier la leur, et paf ! ça formera des grandes communeautés de cafardeux comme doctissimo ou france-jeunes).

Mais l’inconvénient, c’est que cela rend les gens moins sensibles aux vraies formes de douleurs, comme le deuil, les ruptures, la dépression. L’empathie se fait de plus en plus rare, ce qui pousse les gens à cacher leur souffrance et répondre un “ça va” de circonstance lorsqu’on leur pose la fameuse question triviale. La plupart des gens se contentent d’un “ça va”, “cool, elle a dit ça va, à sa gueule détruite je vois bien que ça va pas, mais si elle dit ça va c’est qu’elle gère, que j’ai pas d’effort à faire, je peux parler de moi maintenant, youpi !”. Vu qu’ils n’iront pas plus loin, cela renforcera l’idée d’un dépressif comme quoi les gens se branlent de son problème, que le monde est décidément one cold dead motherfucker et que l’humanité ne mérite vraiment pas d’être sauvée.

“C’est pas vrai ! Elle s’est suicidée ? Pourtant la dernière fois que je l’ai vu elle a dit que ça allait.” - ou comment s’enlever toute culpabilité morale.

Alors voilà, je suis peut-être un putain de naïf, mais quand je vois quelqu’un pleurer un public, ça me touche particulièrement (sauf une fois où j’ai vu une fille sortir d’un cours en pleurant, j’ai explosé de rire). Je m’efface de toute moquerie ou cynisme car quelque soit la raison de ses larmes, elles expriment une douleur brut et en faire ainsi étalage en public semble briser plus de tabous qu’il n’y paraît.


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