La buche glacée

par C’est Nabum
samedi 1er janvier 2022

Si paradoxale

La tradition voulait que l'on conserve une bûche du feu de la Saint Jean pour la glisser dans l'âtre à la Noël. Ce geste non seulement reliait les deux solstices pour ancrer les humains dans le cycle immuable de la nature mais qui plus est, symbolisait le retour progressif de la lumière avec cette flamme qui annonçait des jours meilleurs.

Les humains étaient alors totalement en symbiose avec l'univers, fondant leurs croyances sur des phénomènes observables. Il y avait une forme de pédagogie dans ce qui voulait décrypter les mystères pour ouvrir les esprits à la connaissance de leur environnement. C'était à n'en point douter, une démarche qui visait à élever les gens, à les rendre meilleurs.

Longtemps, les traditions ont perduré même si l'église a souhaité profiter de l'aubaine pour que l'enfant Jésus naisse à la Noël. Une falsification de l'histoire qui s'expliquait dans la volonté de profiter des anciennes pratiques tout en y glissant une bonne dose de superstitions et de crédulité. Gouverner le peuple suppose de lui mentir effrontément, la pratique n'a guère changé depuis.

La célébration de Noël devint alors le culte d'un mystère plus grand encore que ceux de l'univers. Il fallait ingérer l'immaculée conception, la transsubstantiation, la résurrection. Vaste défi pour que le séjour sur terre soit accepté en ployant sous les inégalités, les injustices et les souffrances tandis que le meilleur était renvoyé à la fin du parcours. La bûche continuait de brûler, apportant un peu de chaleur dans ce décor morose.

Le culte de la nativité manquait soudain de perspectives juteuses. Il convenait de faire de la célébration qui commençait à battre de l'aile, un moment plus rentable, plus festif, plus dispendieux tout en se dispensant de Dieu. Le père Noël arriva fort à propos pour basculer dans le consumérisme effréné, l'injonction à la dépense pour célébrer la nouvelle divinité : le commerce.

Les cadeaux tombaient du ciel, il n'y avait donc plus aucune raison d'en priver les enfants. Nos chérubins pouvaient commander à tour de bras, il n'en coûtait rien. Formidable opération promotionnelle qui plaça les adultes devant une obligation délirante. Se saigner aux quatre veines pour honorer l'enfant roi, non plus celui de la crèche, mais ceux qui sont devenus les locomotives de ce mercantilisme délirant.

Bien des familles se brûlèrent les doigts, non plus aux flammes de la bûche mais aux caisses enregistreuses avant que de découvrir l'enfer de la vente en ligne. Les comptes seuls se trouvent dans le rouge désormais. Il fallait apporter un peu de fraîcheur dans cette frénésie. La bûche devint glacée, voire glaçante quand on y réfléchit bien. Les parfums exotiques vinrent supplanter le cacao afin de ne pas insuffler la vérité : « Dans cette affaire, vous serez toujours chocolat ! ».

Les nains perchés sur ladite pâtisserie sont là pour nous rappeler que dans cette farce, nous ne sommes que des pions devant les géants du commerce qui pratiquent outrageusement le conditionnement de masse. La scie ne sert plus à couper l'ancestrale rondin, elle vient faire des coupes franches et souvent définitives dans le budget.

Bien sûr, cette conception de ce tourbillon délirant dans lequel nous sommes tous entraînés va déplaire à tous les crédules, les naïfs, les idolâtres de la consommation. Pour eux, rien n'est trop beau pour célébrer une fête qui a totalement perdu pied avec ses origines et sa signification. La seule petite chose ridicule qui permet encore de rappeler l'immuable cycle des saisons réside dans cette grande roue qui n'est pas solaire, il faut bien l'admettre.

Nous avons atteint le paroxysme de cette farce. Nous n'avons pas intégré qu'en agissant ainsi, c'est notre planète qui va brûler et les bûches glacées n'y pourront rien. Joyeuses fêtes à tous malgré tout, il est d'autres manières de célébrer la fête de Yule qu'en cédant aux injonctions du mercantilisme triomphant.

À contre-jour.

N'ayant aucune volonté pas même les dernières, je n'attends rien en retour d'un évènement calendaire
 
Par contre si tel est votre bon plaisir, mon pouvoir m'autorise à vous accorder trois vœux dans la grande tradition des sorciers, des chamanes, des mages et des charlatans
 
Faites en bon usage, je décline toute responsabilité et je tiens à vous signaler que la corporation ne bénéficie pas de la garantie décennale.
 
Bonne année contractuelle si c'est envisageable dans un tel contexte
 


Lire l'article complet, et les commentaires