La danse du ventre

par Françoise Bayle
jeudi 22 novembre 2012

Il est grand temps que notre modèle de société éclate enfin, nous libérant et libérant en même temps les incroyables facultés créatrices qui sommeillent en chacun d’entre nous.
Cette libération ne pourra se produire que lorsqu’un nombre suffisant d’humains auront réalisé l’unité en eux-mêmes. Qu’est-ce que j’entends par unité ? L’unité c’est la réalisation que nous sommes complets, autonomes, nés pour être libres et créateurs de notre propre existence. L’unité, c’est le mariage intérieur, mariage de nos différentes facettes, nos différentes identités, et surtout le mariage de nos deux pôles : celui du masculin et du féminin.
 
Chaque individu est constitué de ces deux principes, qui sous-tendent la vie même. En effet, la manifestation du vivant est le résultat conjoint de ces deux forces, antagonistes et complémentaires, sans lesquelles il n’y aurait que le néant. Ces deux forces, reconnues depuis fort longtemps, appelées yin et yang dans les philosophies anciennes d’orient, sont appelées principe féminin et principe masculin dans notre monde occidental. Appellation quelque peu maladroite, qui confond principe féminin et femme, et bien sûr principe masculin et homme.
 
Or, ce n’est pas tout à fait cela, mais bien plus que cela. Le principe féminin comprend des valeurs telles que la douceur, le chaud, la bienveillance… Le principe masculin comprend la logique, le froid, la décision, l’action. Il est facile de constater que chacun d’entre nous est porteur de la plupart de ces valeurs, hommes et femmes confondus. Mais de manière inconsciente, et c’est là que le bât blesse. Au fil des époques, les hommes ont adopté et accaparé les valeurs masculines, et ont fait basculer ainsi le monde dans un système nommé patriarcal, dur, froid, répressif, compétitif. Les femmes de leur côté, se sont soumises à leurs principes qui leur a ôté toute puissance. Ainsi les hommes maîtres des lieux ont réduit la femme à un ventre mis à leur disposition pour se reproduire, chose qui leur échappe par nature. Et je crois que tout est là, cette frustration immense et insupportable, d’être si fort et malgré tout incapable de donner la vie.
 
Un peu caricatural me direz-vous ? Certes, depuis le féminisme on pourrait penser que l’équilibre aurait tendance à se rétablir. En surface, peut-être. Grâce à quelques lois jetées en pâture aux plus virulentes des défenseuses des droits féminins : droit de vote, la parité (quelle blague), droit à la contraception, droit à l’IVG, péniblement et de manière bien incertaine, on voit ce qui se passe un peu partout aujourd’hui. Mais ce qui se passe vraiment, c’est que le ventre de la femme est l’objet de tous les enjeux : c’est là-dedans que se joue l’avenir du monde, et dans tous les sens du terme.
On peut facilement le constater, tant ce ventre fait l’objet de toutes les attentions des institutions. Le système médical, avec l’ordre des médecins en tête, fief incontesté du patriarcat le plus tenace (même si des femmes y ont accès aujourd’hui, hélas elles y participent !) a la main mise sur les ventres de la naissance à la mort. Sous le prétexte d’une prétendue « sécurité », devenue valeur suprême à laquelle chacun (chacune) aspire, la surmédicalisation a insidieusement envahi toutes les étapes de la vie d’une femme, de telle façon que pratiquement personne n’y trouve à redire . La puberté, les troubles de la menstruation, la grossesse, l’accouchement, la ménopause, la vieillesse, aucun répit, il faut maintenant passer par la case médecine, quoi qu’il arrive. La dernière invention en date consiste à vacciner les très jeunes filles contre un hypothétique virus, et perturber ainsi leur système hormonal au plus tôt.
 
Il faut dire que le terrain avait été soigneusement préparé avec la religion, qui s’est débrouillée pour éradiquer tout ce qui avait trait au féminin, couper les femmes de leurs savoirs ancestraux, qui les laissaient maîtresses de leurs corps et de ses transformations. Par la haine et les massacres, on a réduit les femmes à l’état d’esclaves, de simples pourvoyeuses de plaisir et de descendance. Après avoir été libre, adorée, vénérée dans des temps plus anciens, la femme s’est retrouvée dépossédée, coupée d’elle-même et de ses semblables. La femme est descendue en enfer. Et l’homme avec elle, bien sûr.
 
Je n’accuse personne, et je n’en veux à personne. Je n’ai jamais été une féministe acharnée, manifestant et hurlant dans la rue en réclamant l’égalité. Simplement je suis une femme vieillissante, qui prend tout doucement conscience de quelle manière le monde fonctionne. Ce pauvre monde, qui nous rend tous si tristes, si malheureux, et si frustrés. Car nous sommes tous, hommes et femmes, les victimes de ce système qui nous lamine et nous tue à petit feu. Nous sommes pris dans un piège infernal, dont les griffes se resserrent et nous broient, nous laissent insatisfaits et rejetant toujours la faute sur l’autre.
 
Oui nous sommes tous dans le même bateau : celui de l’existence qui navigue au gré de nos folies, et surtout de notre inconscience. Mais tout change, et nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir nous libérer de ces schémas qui nous conditionnent à notre insu, et qui pèsent très lourds sur l’équilibre de notre planète. Equilibre écologique, économique et social. Car tout est lié. La mondialisation a plaqué sur le monde entier un modèle rigide et dévastateur, où le profit et la compétition (valeurs masculines) dominent, au détriment du partage et de la solidarité (valeurs féminines), modèle dont nous sommes tous co-responsables.
 
Au-delà des hommes et des femmes, c’est à chacun d’entre nous de choisir au quotidien, ce que nous voulons et ce que nous ne voulons plus, ce que nous cautionnons, et ce que nous rejetons. Mais pour choisir (valeur masculine) il faut être conscient de ce qui se joue, et pour être vraiment conscient il est nécessaire d’avoir intégré en soi toutes les composantes en jeu : c’est là faire acte d’humilité (valeur féminine).
 
Je crois que les femmes ont un rôle prépondérant à manifester dans ce nouveau monde qui surgit, nouveau monde auquel chacun aspire. Oui c’est aux femmes qu’il appartient en priorité de changer la donne, dans la mesure où elles sauront se réapproprier leur ventre, c’est-à-dire leur pouvoir de création. Ainsi, en faisant danser nos ventres, enfin libres, nous appellerons nos hommes dans la danse éternelle de la vie.
 
 
 Françoise Bayle

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