La délation ? Non, merci !

par CHALOT
mercredi 15 septembre 2010

Aujourd’hui avec internet, tout le monde peut être livré à la vindicte populaire ...
C’est un peu ce qui se passe pour cette directrice d’école qui a commis plus qu’une erreur mais qui ne mérite certainement pas d’être dénoncée à ses supérieurs hiérarchiques.

Comme beaucoup de laïques je suis étonné, stupéfait même de voir qu’une directrice d’école ait pu faire visiter une mosquée en demandant à toutes les filles de se couvrir la tête !

Ces faits se situent en Lorraine mais auraient pu se dérouler ailleurs.

Comme laïque et respectueux du droit des enfants, je ne peux pas comprendre qu’on puisse ainsi imposer aux enfants un diktat religieux dans le cadre de l’école.

Je partage l’analyse d’un de mes camarades, militant laïque et syndicaliste : cette « affaire » dénote encore une fois

« l’inculture (au sens de non savoir) laïque du personnel enseignant organisée par l’administration, nos syndicats et paradoxalement les grandes associations laïques. »

Que faire ?

Il resterait deux alternatives : dénoncer ou se taire ?

Il n’est pas acceptable qu’une association comme « Regards de femmes » puisse écrire au Ministre de l’éducation nationale et appeler les citoyens et citoyennes à adresser des courriers de protestation auprès du ministre, de l’inspection et en plus une copie au maire.

Il s’agit ainsi implicitement de demander une intervention hiérarchique, voire politique pour sanctionner la directrice.

Doit- on rappeler qu’il y a un siècle les premiers syndicats d’instituteurs et d’institutrices ont du combattre pour qu’enfin les enseignants ne soient plus soumis au bon vouloir du maire, du député ou du curé ?

Doit-on rappeler que les instituteurs et institutrices, bravant les sanctions qui ont conduit certains d’entre eux à la révocation ont défendu leur indépendance pédagogique et leur liberté d’expression dans le cadre du respect des programmes nationaux ?

Aujourd’hui une association « laïque » intervient auprès des autorités politiques contre une enseignante à propos du non respect de la laïcité.

Demain ce sera SOS Education ou un autre groupe réactionnaire qui dénoncera tel enseignant.

C’est là un précédent lourd de conséquences.

J’estime que les laïques auraient dû s’adresser à cette directrice, discuter avec elle, lui montrer qu’elle n’avait pas respecté les principes républicains de séparation des églises et de l’État.

J’estime que « Regards de femmes » qui est et reste une association laïque et féministe courageuse a commis là une erreur en réagissant ainsi, très vite.

La délation est une arme dangereuse qu’il ne faut pas utiliser.

Je ne me ferais pas des amis auprès de certains militants laïques, tant pis, il y a des vérités qu’il ne faut pas masquer.

Jean-François Chalot


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