Le double joug que subissent des femmes africaines !

par CHALOT
mercredi 12 octobre 2011

Nous avons la chance ici en France d'avoir des auteurs francophones qui poursuivent le débat sur la question de l'immigration et de l'intégration sans nous enfermer dans la querelle entre les "internationalistes" et les "nationalistes".

Des romancières comme Khadi Hane nous ouvrent la porte de la réflexion sur le double joug subi par de nombreuses africaines.

L'intégration c'est à la fois l'écoute et à la fois l'éducation et l'accompagnement.

Ce témoignage de cette femme recoupe celles das associations des femmes relais qui travaillent dans les cités- avec peu de moyens malheureusement- pour que la citoyenneté ne soit pas réservée à certains et pas à d'autres.

 Des fourmis dans la bouche »

roman de Khadi Hane

Editions Denoël

150 pages

juin 2011

 

Entre injustice et obscurantisme 
 

A l'heure où les féministes européennes « avancées » en sont à féminiser les textes, les femmes africaines restées au pays ou immigrées en France se retrouvent prisonnières d'un obscurantisme

qui les transforme en objets.

Khadi Hane, née à Dakar nous a fait plusieurs livraisons de qualité comme « Ma sale peau noire » en 2001 et le « Collier de paille » l'an dernier.

Il s'agit là encore dans ce nouveau roman d'une écriture soignée qui mêle humour et réalisme grinçant.

Son héroïne, mère séparée élève seule ses cinq enfants.

Pour les quatre premiers, il n'y a aucun problème puisque la paternité appartient au clan mais pour le cinquième, elle a fauté puisque le père est blanc.

On ne plaisante pas avec la religion musulmane et les mœurs transmis d'une génération à l'autre.

Quand Khadidja pense à son village natal, elle se remémore sa condition de jeune fille à peine pubère donnée comme épouse à un parent et vouée à servir.

La vie est difficile là bas au pays mais pouvait-elle s'imaginer avant de venir en France qu'il y avait un ailleurs «  où un gosse, pourri par le hasard de sa naissance, choisissait entre une paire de baskets, des souliers de marche, de sport, de détente et des bottines, se tapait le privilège de détester la purée, les épinards ou le chou, alors que le soleil d'Afrique cramait les pieds nus d'autres enfants. »

Quant à l'Eldorado promis....

C'est l'arrivée dans un pays où elle subit la double exclusion, celle d'un système où est organisée la chasse à l'homme, aux sans papier et où le communautarisme emprisonne l'Africain dans une soumission à des dogmes archaïques.

C'est à la fois la pauvreté qui l'empêche de subsister, des services sociaux qui ne la comprennent pas et ne l'accompagnent pas et ce jugement que lui font subir les hommes de son village, aujourd'hui rassemblés au foyer Sonacotra.

Elle aspire à conduire sa vie comme elle l'entend, à suivre ses propres choix et à ne pas accepter les diktats !

Réussira-t-elle à se protéger de ceux qui veulent dicter sa conduite ?

Faut-il rester ici en France où repartir là bas où c'est si rude mais où « les gens se serraient les coudes pour survivre dans une fraternité simulée » ?

Ce roman passionnant nous sort des ornières du débat qui oppose les tenants de la régularisation de tous les sans papier aux nationalistes qui voudraient que l'on ferme nos frontières à la misère qui cherche un refuge.

Ce roman aborde sans artifice, ni tabou le problème de ces femmes africaines arrivées en France.
 

Jean-François Chalot
 


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