La Fédération Nationale de la Libre Pensée ou la Laïcité -très- mal comprise

par Elena Mangusta
samedi 23 septembre 2017

Dans un article publié le 4 septembre 2017 sur le site de la FNLP et intitulé « Arsenic-et-vieilles-ficelles », on peut lire, entre quelques attaques ad hominem fielleuses et de mauvais aloi, un soutien aussi ardent que maladroit aux menus de substitution dans les cantines scolaires, article dont le ton insinuant et quelque peu nauséabond retient l'attention.
Il y est rappelé tout d'abord la « prise de position de la Libre Pensée soutenant la décision du Tribunal administratif de Dijon annulant la décision de la municipalité de Chalon-sur-Saône de supprimer les repas de substitution, notamment pour les enfants de familles juives et musulmanes. »
S'ensuivent immédiatement quelques termes amènes et tout en nuance visant à caractériser ceux qui auraient le malheur de ne pas être d'accord avec l'auteur, « uniforme vert-de-gris », « marche au pas de l'oie » etc, on voit bien l'idée...
Cette subtilité dans l'expression n'empêche pas pour autant l'auteur de déplorer simultanément avec une belle incohérence et une absence totale de sens du ridicule, le côté excessif du positionnement et du style de ses contradicteurs.
La paille et la poutre.

A ce stade déjà, « Libre Pensée », ça fait plutôt sourire.....

Mais le meilleur reste à venir...

Selon la Libre Pensée, donc, l'idée du menu commun qui a été longtemps la règle dans toutes les cantines scolaires – au passage notons que les familles juives, utilisées ici assez odieusement comme alibi, n'ont jamais revendiqué, elles, un traitement particulier pour la restauration scolaire- serait synonyme d'une vision, n'ayons pas peur des mots, étriquée de la laïcité, synonyme « d’uniformité, voire d’uniforme » -et hop, on en remet une petite couche pour les esprits lents, "uniforme" hein, vous m'avez compris, ach, laïcistes gross nazis- « Tous pareils, tous soumis », bref la « pensée unique »…
Voir quelque lourdeur de style ici, ne serait que pur mauvais esprit bien évidemment !!!

Suivent quelques jeux de mots de la même aune, puis on en vient au sérieux :
« La laïcité, c’est le respect absolu de la liberté de conscience » clame l'auteur.....
On applaudit.
« Forcer des personnes à manger ce qu’elles refusent (on n’a pas à discuter de leurs motivations, sinon c’est leur disputer l’exercice de la liberté de conscience), en quoi est-ce le respect de leur conscience ? »

Là, déjà, on s'égare... Il n'a jamais, au grand jamais, été question de « forcer » des enfants à manger quoi que ce soit, au pire il s'agit de ne pas manger de viande les rares fois où du porc est au menu.
Il est question de proposer un service de restauration FACULTATIF aux parents, service qui pour des raisons évidentes d'organisation et de coût, notamment pour les plus jeunes que l'on sert à table, ne peut bien évidemment pas s'adapter aux contraintes et caprices de chacun, qu'il s'agisse de règles religieuses, de problèmes de santé, de régime, d'allergies alimentaires ou tout simplement de goût. Or commencer à prendre en compte certaines demandes c'est, au nom d'un principe d'égalité républicaine évidente, s'engager à les prendre toutes en compte car sinon il y aurait là par contre une réelle discrimination.

Le principe établi est donc un menu unique, chaque cas particulier devant s'adapter, ou, en cas d'impossibilité absolue, trouvant une autre solution pour le repas de midi qu'il n'est nullement obligatoire de prendre sur place on le rappelle.
On continue : « Imposer que tout le monde mange à la même assiette, c’est imposer une contrainte contraire à la liberté de chacun »...
Ben voyons, j'en connais qui seront heureux de ressortir cela le jour des fameux œufs durs-épinards et réclameront des frites !
Soyons sérieux, le commun implique toujours une contrainte minimale, « religion » ou pas, laisser de côté ce qui ne convient pas a toujours été le lot commun à la cantine. Un peu de « rab » de légumes une fois par semaine en pleine épidémie d'obésité n'est pas typiquement de la maltraitance à enfant.
Et ce n'est pas fini : « En proposant des repas de substitution (non certifiés religieusement) à tous, on respecte à la fois la liberté de conscience et la laïcité de l’Ecole Publique »...
Bah....non justement ! Tout d'abord car, comme indiqué, porc ou pas porc, les repas ne sont de toute façon pas « certifiés religieusement » (c'est à dire dans le cas présent pas "halal")et on ne peut donc évoquer la « liberté de conscience ». Cette notion par ailleurs n'est pas un absolu mais est bornée rappelons-le par la liberté des autres.
Deuxièmement car le principe de laïcité implique la neutralité des services publics -et donc de l'instruction-, mais la restauration ne relève pas de cette catégorie dans de nombreux cas.
(Au passage notons d'ailleurs que la décision du tribunal a été rendue en fait pour « argumentation insuffisante » relative à l'intérêt de l'enfant, et compte tenu de l'ancienneté spécifique à Châlons sur Saône des menus de substitutions. Pas pour atteinte à la laïcité. Et que le maire a fait appel)
Bref un salmigondis indigeste et suffisant et une copie à revoir.
Cela étant, le reste de l'article étant consacré à la défense enthousiaste de la délicieuse et inventive Schiappa, on ne pouvait guère s'attendre à des étincelles en préambule.


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