La la´citÚ franšaise Ó l’Úpreuve du burkini

par Abdelkarim Chankou
lundi 29 août 2016

Maintenant qu’est-ce que ce burkini ? Une tenue couvrant tout le corps féminin de la tête au chevilles et aux poignets. En somme une sorte d’habit assez proche des tuniques anti UV ou anti-méduses, très usitées sur les cotes australiennes, réputées abriter les méduses les plus méchantes. Si c’est la souche « burk » qui gêne car renvoyant au mot sulfureux « burqa » alors pourquoi dans tos les présentoirs des pâtisseries de France on continue à exposer ce gâteau dit « tête de nègre » et que l’on avale sans gêne ni honte ?

« La barbe ne fait pas le philosophe. » Devenue proverbiale, cette citation qui passe pour être l’équivalent antique et laïc du proverbe français « L’habit ne fait pas le moine » n’est pas tout toujours vérifiée. Outre le fait que l’habit fait le philosophe sinon pourquoi ces derniers portaient le pallium, l’habit fait le moine. Du moins en ce qui concerne les fonctionnaires de l’Etat dans l’exercice de leurs fonctions. Les militaires, les juges, les avocats, les policiers, les médecins etc. portent tous quand ils sont en service un vêtement distinctif appelé toge, blouse ou uniforme. Règle vestimentaire séculaire dont seront exclus les prêtres au lendemain de l’adoption en France de la loi sur la laïcité dite de « séparation l’Eglise et l’Etat en 1905. Lors des débats houleux sur la laïcité à l’Assemblée nationale au printemps 1905 dont l’homme politique et diplomate Aristide Briand fut le rapporteur, ce dernier oppose notamment « qu’il serait contradictoire d’interdire le port de la soutane quand on instaure, par la séparation, +un régime de liberté + et qu’avec la laïcité, la soutane devient + un vêtement comme les autres+ ». Suite à quoi une proposition d’amendement à cette loi de 1905 sera faite par le député radical socialiste Charles Chabert pour soutenir l’interdiction des signes religieux ostentatoires, mais elle n’a pas pu t faire l’unanimité. Ainsi, le projet de loi d’Emile Combes a été supplanté par Aristide Briand qui a déclaré que la loi 1905 va instaurer « un régime de liberté » : « la soutane devient, dès le lendemain de la séparation, un vêtement comme les autres, […] seule solution […] conforme au principe de la séparation. » (*)

Je n’irais pas jusqu’à dire ne serait-ce que parce que c’est évident qu’en période de crise économique et identitaire et dans un contexte d’Etat d’urgence de campagnes électorales présidentielle et législative toute diabolisation de l’autre est bonne à prendre pour les politiciens en mal d’idées.

Donc si la soutane devient dès le lendemain de la séparation un habit comme les autres alors pourquoi toute cette polémique sur le burkini 111 ans plus tard ? Je n’irais pas jusqu’à dire ne serait-ce que parce que c’est évident qu’en période de crise économique et identitaire et dans un contexte d’Etat d’urgence de campagnes électorales présidentielle et législative toute diabolisation de l’autre est bonne à prendre pour les politiciens en mal d’idées. D’ailleurs la plus haute juridiction administrative a dit le droit et son mot en cassant les arrêtés anti-burkini pris par la collectivité locale de Villeneuve-Loubet en région PACA. Mieux l’ordonnance du Conseil d’Etat publiée le vendredi 25 août 2016 à 15h00 GMT+2 emploie des mots très forts. L’ordonnance du CE précise notamment que « l’arrêté litigieux a (…) porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle ». Que demande le peuple ? Le débat est clos même si certaines mairies ayant pris des arrêtés similaires ont annoncé qu’elles continueront à les appliquer et que certains hommes politiques de droite fait savoir qu’ils déposeront une loi nationale anti-burkini dès la rentrée en septembre etc. Maintenant qu’est-ce que ce burkini ? Une tenue couvrant le corps féminin du front au menton, du menton aux chevilles, du menton aux poignets. En somme une sorte d’habit assez proche des tuniques anti UV ou anti-méduses, très usitées sur les cotes australiennes, réputées pour abriter les méduses les plus méchantes. Si c’est la souche « burk » qui gêne car renvoyant au mot sulfureux « burqa » alors pourquoi dans tos les présentoirs des pâtisseries de France on continue à exposer ce gâteau chocolaté dit « tête de nègre » et que l’on croque sans gêne ni honte ? Mieux encore : outre le fait que le caractère ostentatoire du burkini est manifestement négligeable, à rappeler au passage que la femme dévêtue manu militari par quatre policiers sur une plage du sud de la France, ne portait pas le burkini mais un voile, le burkini est « pour les femmes qui le portent un compromis entre la modernité et la foi » soutient Olivier Roy sur francetvinfo. Et le spécialiste de l'islam et politologue de continuer sur le même support qu’« en 1995, on était dans une logique d'intégration, dans la foulée de +la marche des beurs+. Mais dans l’esprit de la gauche, à l’époque, intégration signifiait sécularisation. Aujourd'hui, ce que la gauche ne pardonne pas aux immigrés maghrébins, c’est d’avoir fait des enfants musulmans. Elle s’attendait à ce que la deuxième et la troisième génération soient sécularisées et a été très surprise de découvrir une génération de croyants. » Ceci étant il semble que le voile et le burkini ne dérangent qu’en France. « Le port du voile islamique par les femmes musulmanes est désormais autorisé dans la Gendarmerie royale du Canada, a annoncé, mardi 23 août, le gouvernement canadien. La décision « de permettre aux membres féminins de confession musulmane de porter le hidjab, si elles le désirent » vise à encourager ces dernières « à envisager une carrière avec la Gendarmerie royale du Canada », a déclaré Scott Bardsley, porte-parole du ministère de la sécurité publique. De même Scotland Yard autorise le port du hijab dans ses rangs. La pratique était déjà courante : les policières pouvaient porter ce voile. « Comme nombre d'employeurs, particulièrement dans le secteur public, nous voulons faire en sorte de représenter au mieux la population pour laquelle nous agissons », s'est félicité le chef de la police écossaise, Phil Gormley.

Alors…

 

(*)Jean Baubérot, Les 7 laïcités françaises, Clamecy : Les Presses de la nouvelle Imprimerie Laballery, Juin 2015, page 43.

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