La maltraitance des jeunes enfants : composante principale de la bombe retardement qui explose si souvent l’adolescence ou l’ge adulte

par Raymond SAMUEL
jeudi 9 février 2012

Comment ouvrir réellement un débat honnête sur ce sujet ?

Article 19 de la convention internationale des droits de l'enfant. (ONU 20.11.1989) ratifiée par la France :

- » Les Etats partie prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l'enfant contre toutes les formes de violence, d'atteintes ou de brutalité physiques ou mentales, d'abandon, ou de négligence, de mauvais traitements ou d'exploitation, y compris la violence sexuelle, pendant qu'il est sous la garde de ses parents ou de l'un d'eux, de son ou ses représentants légaux ou de toute autre personne à qui il est confié. »

Cet article a été traduit, sur un site destiné aux enfants, par le texte simple suivant :

La loi dit aussi que, pour un même acte délictueux ou criminel, un mineur est moins lourdement puni qu'un majeur.

Je vous donne maintenant ci-après le témoignage d'un enseignant (Bernard DEFRANCE) qui compare la loi à la pratique courante : !

- Que se passe-t-il DANS LES FAITS, quand je perds mon sang-froid et que je flanque une claque à un élève (ça n'arrive jamais, bien sûr... : - le bon maître saura, par une autorité juste mais ferme, etc... etc..., vous connaissez le discours).

Qu'arrive t-il dans ce cas ?

Eh bien, une fois sur dix les parents qui surprotègent le précieux chéri vont protester et, éventuellement, ME TRAÏNER EN JUSTICE.

En Justice, neuf fois sur dix ILS SERONT DEBOUTES..

Une fois sur dix ils viennent me trouver en me demandant de TAPER PLUS FORT parce qu'eux-mêmes ne savent plus quoi faire de leur voyou.

Huit fois sur dix, IL NE SE PASSE RIEN.

- Que se passe-t-il, en revanche, DANS LES FAITS, si un élève, perdant lui aussi son sang-froid, me frappe ?

Eh bien, dans l'heure qui suit :

Ainsi, pour la sanction de cette infraction, l'école fonctionne à l'envers de la loi, le mineur est beaucoup plus fortement sanctionné que le majeur.

Quant à l'APPLICATION de l'article 19, il n'en est pas question à l'école (ailleurs non plus).

En février 1922 l'historien Gustave DUPONT écrivait :

Cinquante ans plus tard historiens et philosophes dénonceront encore le caractère contraignant et coercitif du fonctionnement des établissements scolaires : silence dans les classes, élèves en rang dans la cour, dialogue inexistant avec les adultes, toute puissance des enseignants, travail ramené à la restitution passive des matières apprises.

En 68 on dénonçait le lycée caserne ainsi que les punitions corporelles.

Quarante ans après, quels changements ? Malgré l'existence de délégués, pas grand-chose. Le collège et le lycée caserne sont maintenant entourés de hauts grillages assortis, d'un gardien bardé de clés. La caserne dénoncée en 68 évolue vers la prison et les élèves font irrésistiblement penser aux détenus, ils sont enfermés (par trente du même âge) dans un lieu clos dont ils ne peuvent sortir qu'après en avoir obtenu l'autorisation, concentrés à heures fixes dans une cour bétonnée, ils doivent obéir au coup de sifflet, avoir toujours tort face à l'adulte, être jugés, etc...

Quant à l'école maternelle/primaire ses rythmes et ses exigences sont en parfaite contradiction avec les besoins des jeunes enfants .

Besoins :

De la mauvaise foi à la trahison effective des enfants.

L'Etat est maltraitant à travers l'école. Les conséquences de la scolarisation sur la santé des enfants n'est jamais évaluée. De plus, la connaissance des besoins des enfants n'a jamais été une préoccupation pour les Pouvoirs publics (en dehors d'une surveillance sommaire de la santé physique).

Des conditions pathogènes sont infligées aux enfants. Personne ne cherche à les mettre en évidence. Elles ne seront jamais corrigées.

Le gouvernement et les enseignants ont pour mission de défendre le système et pas du tout celle de le changer contre un autre. Les parents pensent qu'ils n'ont pas le choix.

Réflexion d'une institutrice de petite section de maternelle :

Réflexion d'un parent :

Et en effet, ils « s'y font » !

L'opinion générale qui imprègne notre culture c'est que les enfants sont naturellement destinés à devenir des voyous fauteurs de désordre. Dans cette optique, la bienveillance et les égards n'auraient d'autres effets que les encourager dans ces mauvais penchants et seule la coercition est en mesure d'en venir à bout.

Cette terrible erreur est quasi officielle. Elle est bien représentée par notre Président de la République, chantre de la répression et ennemi juré de la prévention.

Ainsi les particuliers, comme l'Etat, consciemment mais aussi inconsciemment, agissent à l'inverse de la loi en trouvant légitime de réserver les mauvais traitements aux enfants alors qu'ils ont, avec les adultes, des échanges empreints de respect et d'urbanité.

Leur culture est à première vue incompréhensible, car en effet, aucune espèce vivante autre que l'espèce humaine ne malmène ou maltraite ses petits. La sollicitude pour ses petits est forcément un réflexe naturel compte tenu des impératifs de la perpétuation de l'espèce.

Cette idéologie haineuse à l'égard des enfants (bien pratiquée par notre (encore) Président de la république) ne peut être que d'origine culturelle ou transmise par epigénétique.

Parfois le souvenir inconscient de son propre statut d'enfant alors affiché comme mauvais, ressurgit chez l'adulte devenu parent. Il transfère ce sentiment cuisant sur ses propres enfants, les considérant comme il a été considéré lui-même. Ce réflexe se double parfois chez ce parent, de la confusion entre le rôle de son propre parent maltraitant et le sien. Il endosse la personnalité de son parent maltraitant et attribue son ancien état d'enfant maltraité à son propre enfant.

J'ai assisté à ce dernier phénomène, qui s'est hélas terminé tragiquement.

Certains adultes, humiliés, bafoués, rejetés dans leur petite enfance, trouvent un moyen de restaurer leur image d'eux-mêmes grâce au statut de Plus Fort qui leur échoit face à ces enfants Plus Faibles sur lesquels ils peuvent exercer sans risque une domination salvatrice.

Un autre problème étant que plus le temps passe, plus les dégâts psychiques et affectifs s'étendent, car maintenant il y a uniformité des modes éducatifs et la maltraitance éducative atteint tous les enfants à quelques exceptions près.

Le stress intense et continu subi par les jeunes enfants pendant la période cruciale où l'essentiel de leur système nerveux se forme (entre la date de la conception et l'âge de six ans) influe largement sur la construction du cerveau laquelle construction est, on le sait, conditionnée par les informations qui lui sont fournies par l'environnement.

Dans les conditions de maternage et d'élevage telles qu'elles existent quasi universellement aujourd'hui, cet environnement est ressenti dès le berceau comme hostile, dangereux, non secourable, de sorte qu'il en résulte des atteintes et malformations qui n'auraient pas existé dans un milieu favorable.

C'est ainsi que l'empathie est dans l'impossibilité de se développer, que l'estime de soi est détruite, que la confiance dans les autres ne peut pas naître, que se développe une culture de l'antagonisme, l'Autre étant perçu définitivement comme ennemi.

C'est entre les mains des adultes éducateurs, parents et professionnels, que se trouve l'avenir de la société, comme c'est dans la conception de l'éducation telle qu'elle existe depuis quelques décennies qu'il faut rechercher la cause de « ce monde de brutes » et, j'ajoute sans hésiter : « ce monde de souffrances » qui est maintenant le nôtre.

D'autres causes encore de notre culture anti-enfants.

On peut accuser la tradition. Il y a une continuité depuis le 19 ème siècle, époque où la cardinal de Bérulle déclarait que l'enfance était la période de la vie la plus abjecte, et où les parents (surtout parisiens) envoyaient leurs bébés en nourrice à la campagne où ils mourraient assez souvent. Un arrêté (ou un autre document de cet ordre) avait d'ailleurs été pris pour réduire le nombre de bébés qui tombaient des charrettes en cours de route !

Notre président de la république est un digne successeur du cardinal de Bérulle, notamment lorsque, ministre de l'intérieur, il établissait en 2003 un projet de loi à l'encontre des délinquants juvéniles. Il énonçait à cette occasion, « qu'il ne faut pas donner une excuse sociale ou sociologique à la délinquance », et aussi, « qu'il faut rompre avec une approche de type social, renoncer à étudier les causes de la délinquance ».

En clair : continuons à fabriquer des délinquants, il suffit de les éliminer au fur et à mesure lorsqu'ils se manifestent.

On peut constater d'autre part que le féminisme ultra est arrivé à point nommé pour libérer la femme de l'enfant au moment où le développement de la connaissance aurait démontré la nécessité pour les parents, d'être, au contraire, plus présent auprès de leurs enfants.

Ces connaissances, en effet, auraient été rédhibitoires aux yeux des féministes puisque les femmes étaient à cette époque, plus encore qu'aujourd'hui, très majoritairement impliquées dans le maternage et l'éducation et souhaitaient s'en libérer (paradoxalement, ces féministes ont, en même temps, largement contesté aux hommes leur rôle de parent).

Lisons Caroline ELIACHEFF : « les femmes ne veulent plus, ne peuvent plus, sacrifier leur vie sociale à l'éducation de leurs enfants ».

L'idéologie féministe a imprégné très fortement toute la société faute d'une quelconque opposition. Pendant longtemps la direction des organismes officiels traitant de la famille et de l'enfant ont été confiés à des féministes qui raisonnaient hors de la famille et dont le seul but était de chasser l'homme et l'enfant du plus grand territoire possible. Le planning Familial notamment, a été (et est sans doute encore) un bastion de la lutte contre le couple et l'enfant (et la famille). Les femmes enceintes ne sont en général pas écoutées mais poussées d'office à l'IVG (accessoirement à l'infidélité féminine selon déclaration de Danielle GAUDRY – Le Monde 2 n°103 – sans égard pour les conséquences sur les enfants).

Caroline ELIACHEFF exagère quelque peu, si elle avait entièrement raison tous les enfants seraient totalement orphelins. Cependant, la tendance est forte et beaucoup sont en grande souffrance.

Ainsi, globalement, les enfants sont bel et bien partiellement abandonnés par tout le corps social, par l'Etat, par les professionnels et par les parents. Ils sont à peu près sans recours contre la maltraitance généralisée, ils sont largement l'objet d'une haine diffuse qui ne dit pas son nom.

Les mauvais traitements assez graves pour être officiellement qualifiés de tels, c'est à dire ceux qui peuvent manifestement conduire l'enfant à la mort sont disjoints des mauvais traitements de moindre ampleur, ce qui permet d'innocenter presque tout le monde.

J'ai tendance à penser que nous sommes dans cette situation parce qu'il est encore possible de dire n'importe quoi et le contraire en matière d'éducation, faute de connaissances sur le sujet.

La seule issue, à mon avis, serait que les connaissances avancent suffisamment, mais surtout, soient étayées par des études scientifiques indiscutables de façon qu'il ne soit plus possible pour personne, d'échapper à la réalité des faits.

En attendant, portée par la maltraitance ordinaire les mentalités anti-enfants et la complicité participative de l'Etat, la maltraitance grave continuera de tuer officiellement deux enfants PAR JOUR et se développera encore si nous ne nous mobilisons pas pour que change le regard que les adultes portent sur l'enfant.

Nombreux sont certainement ceux qui ne veulent pas être complices de ces crimes affreux. Je m'adresse à eux :

Raymond SAMUEL


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