La ridicule polémique sur l’exil fiscal

par Laurent Herblay
samedi 8 août 2015

Heureusement que les Echos sont là pour nous révéler quels sont les vrais problèmes de notre pays. Le quotidien économique nous informe : « Exil fiscal : les départs multipliés par 3 en 5 ans ». La persécution fiscale dont seraient victimes les plus riches les pousserait à fuir notre pays…

 
Le tout petit bout de la lorgnette
 
Ce n’est pas la première fois que certains médias s’inquiètent de manière dramatisante de l’exil fiscal des riches Français. Mais en 2015, comme en 2010, pour qui met un minimum en perspective les chiffres, on constate qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat, même fiscalophobe… Le court papier des Echos, d’abord intitulé « Impôt : les départs à l’étranger des plus aisés s’accélèrent  », si on en croit l’adresse URL, est drôle sans le vouloir. D’abord, dire que les départs ont été multipliés par 3 en 5 ans est assez ridicule quand on se souvient que cela fait du creux de la crise économique le point de départ de l’analyse, moment peu propice aux coûteuses expatriations ou aux départs en aventurier…
 
Pire, nous sommes sur « des rythmes de hausse bien plus rapides que pour le nombre global de Français qui s’expatrient (+6% par an en moyenne)  » ! Surprise ! Il est plus facile pour les cadres sup globalisés de partir à l’étranger que pour la caissière ou l’ouvrier… Car la population en question est bien identifiée : en 2013, 3744 départs à l’étranger de contribuables au revenu fiscal de référence supérieur à 100 000 euros. Mais est-ce surprenant pour un pays avec tant de multinationales (PSA, Renault, L’Oréal, Carrefour, LVMH, Danone…) ou de grandes écoles dont les étudiants se voient offrir de telles opportunités ? La marche en avant de la mondialisation explique ainsi cette augmentation.
 
Un phénomène dérisoire
 
Il n’y a pas d’exil massif comme semble l’indiquer certains médias. D’abord, il faut savoir qu’il y a environ 300 000 contribuables dont le revenu fiscal de référence dépasse 100 000 euros. Du coup, que 1,25% de cette population se soit expatriée en 2013 relève plutôt de l’anecdotique, surtout que le papier ne précise pas le nombre de retour, sans doute de peur de présenter des chiffres encore plus anecdotique. Car c’est bien ce qu’ils sont, anecdotiques, car dans le monde actuel des cadres supérieurs, partir à l’étranger est plus courant, parfois un passage obligé pour certaines carrières, d’autant plus que certaines grandes écoles imposent un passage à l’étranger bien plus long qu’avant.
 
Pour un peu, on pourrait y voir au contraire une certaine résistance des Français à l’expatriation. Les Echos nous alertent aussi sur les 714 départs de redevables de l’ISF, 15% de plus que l’année précédente. Sauf que cela représente un peu plus de 0,2% du nombre de redevables, ce qui, comme en 2010, est loin d’un exil massif, même si le nombre de départs progresse, ce qui est sans doute la conséquence des départs de hauts revenus, dont certains doivent payer l’ISF… En outre, beaucoup d’expatriés à hauts revenus découvrent à leur plus grande surprise qu’ils ne paient pas moins d’impôts en partant vers les pays anglo-saxons, ce qui relativise tout le discours sur l’imposition punitive…
 
Mais surtout, ce discours sur l’exil fiscal est assez insupportable quand on sait à quel point les inégalités ont progressé depuis quelques décennies et que l’on se souvient que les taux marginaux d’impôt sur le revenu étaient encore de 70% aux Etats-Unis sous Nixon et de 56,8% en France au début des années 90.

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