La « veuve » est morte il y a 30 ans !

par CHALOT
samedi 27 août 2011

La "veuve" n'a même pas trouvé de place dans un musée... Personne n'en veut plus.

La peine de mort a été terrassée il y a trente ans après un combat long et difficile qui a duré deux siècles.

Ce combat juste a été longtemps à contre courant.

Nous étions peu nombreux en 1976 à distribuer des tracts favorables à l'abolition de la peine de mort... Je me rappelle des quolibets et des réflexions peu amènes.

Si les partis de gauche étaient favorables à l'abolition de la peine de mort, ils n'étaient pas toujours suivis par leur base.....

Cette abolition définitive est le fruit du combat mené par de très nombreuses générations de militants.

30 ans après l'abolition définitive de la peine de mort, des livres comme celui de Jean-Yves Le Naour tombent à pic....

 

« Histoire de l'abolition

de la peine de mort »

deux cents ans de combat

livre de Jean-Yves Le Naour

préface de Robert Badinter

éditions Perrin

avril 2011

21,85 €

 

La résistance puis la mort lente de la « veuve » et de la peine de mort

La France a le triste privilège d' être la dernière Nation de l'Europe occidentale à abolir la peine de mort... La « veuve » a tout d'abord décapité en place publique devant la foule avant d'être reléguée dans un espace moins voyant puis utilisée à huis clos dans l'enceinte des prisons à partir de 1939.

Alors que les philosophes des lumières sont favorables à la peine capitale, Cesare Beccaria, jeune marquis de Milan sort un petit livre en 1764 qui fera l'effet d'une bombe. Ce traité des délits et des peines va influencer très fortement les consciences.

« Beccaria considère que la peine de mort n'est ni juste ni utile donc qu'elle n'est fondée sur aucun droit. » Il s'attaque ainsi à la théorie de Rousseau qui donne à la société le droit de mort dans le cadre du contrat social. Il n'admet qu'une restriction à ses convictions abolitionnistes : 

« pour les rebelles et les traitres à la patrie qui, même capturés n'en continuent pas moins à représenter une menace pour le pouvoir. »

Il va ainsi à la fois convaincre des philosophes comme Voltaire et à la fois des révolutionnaires qui comme Robespierre vont combattre la peine de mort tout en s'appuyant sur la restriction pour faire fonctionner la guillotine, la « veuve » durant la terreur.

Ce livre ne laisse aucun événement dans l'ombre et relate les avancées et reculs des abolitionnistes .

L'auteur explique clairement les contradictions qui ravagent les « progressistes » ainsi que les divisions permettant aux rétentionnistes de remporter souvent la mise et de maintenir le couperet en action. Il est vrai aussi que l'action de la presse qui affiche les crimes à la une avec de nombreux détails permet d'instrumentaliser des faits odieux afin d'isoler les abolitionnistes.

Quand Albert Soleilland viole et étrangle une fillette de onze ans, Marthe Eberling le 31 janvier 1907, le Petit Parisien orchestre une campagne pour le maintien de la peine de mort et contre la grâce que pourrait signer le président de la République.

Le président Armand Fallières reste inflexible, il signe la demande de grâce.

Les partisans du maintien de la peine capitale surfent sur l'opinion publique et en profitent pour imposer un vote de maintien de la peine capitale à la chambre des députés le 8 décembre 1908, contraignant ainsi le président de la République à ne plus systématiquement gracier....Le garant des institutions qu'il est ne peut pas « annuler la loi et ignorer la décision des représentants de la Nation ».

C'est à la libération et à la fin de l'épuration que le combat contre la peine de mort reprend de la vigueur avec des intellectuels comme Albert Camus et des hommes de gauche et même de droite qui essayent de provoquer un vote au parlement.


 

Avec la cinquième république, le président de la République étant le seul maître de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale, il faut que celui ci soit abolitionniste pour qu'enfin un nouveau vote ait lieu....

Il faut attendre la victoire de la gauche en 1981 qui a inscrit l'abolition de la peine de mort dans son programme, la volonté de François Mitterrand et l'action résolue de Robert Badinter, avocat abolitionniste de talent, devenu ministre de la justice pour que les deux chambres votent la fin de la peine capitale.

Comme l'affirme Robert Badinter pour clore le débat :

« le temps est venu de se comporter en adultes, même devant le crime »...

La peine de mort reçoit le coup de grâce le 30 septembre 1981 au Sénat pour être officiellement abolie le 9 octobre de la même année .
 

Jean-François Chalot


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