En arrivant au pouvoir, malgré une forte contestation, la majorité actuelle a décidé de remettre en place une matinée d’école supplémentaire pour corriger une particularité du modèle éducatif français, qui présente un des plus bas nombres de jours d’écoles. Mais pourquoi cette idée ne fait pas consensus ?
Une bonne idée mal exécutée ?
En effet, depuis des années,
les spécialistes de l’éducation ne cessent de nous répéter que les journées des petits français sont trop chargées, ce qui complique l’apprentissage,
du fait d’un nombre de jours d’école bien plus faible que la moyenne, du fait de longues vacances, et de la semaine des quatres jours. Et sur le fond, on ne voit pas bien l’intérêt de cette dernière par rapport à la semaine de quatre jours et demi,
surtout si cette dernière permet de mieux étaler les leçons et ainsi de permettre un meilleur apprentissage. Du coup, une telle réforme aurait sans doute pu être une réforme populaire à mettre au crédit de François Hollande,
à mille lieues des idées extravagantes sur les notes.
Mais cette bonne idée de principe n’a pas été mise en œuvre de manière très harmonieuse,
suscitant même l’opposition d’une partie de la majorité à l’époque. D’abord, s’il s’agit d’un simple transfert d’heures vers le mercredi matin, cela peut aboutir à des journées qui finissent plus tôt que précédemment (à moins d’augmenter le temps de récréation, qui, a priori, n’était pas particulièrement court), faisant terminer les enfants à des horaires souvent compliqués pour les parents qui travaillent mais n’ont pas les moyens de se payer une garde d’enfant. Du coup, beaucoup d’établissements ont étudié la mise en place d’activités de remplacement pour que l’ouverture du mercredi ne provoque pas de sortie anticipée les autres jours. Mais se pose alors l’immense problème du financement.
Un débat extrêmement révélateur
Cette question des rythmes scolaires présente néanmoins un grand intérêt à plusieurs titres. D’abord, elle montre que le partage des responsabilités entre l’Etat et les collectivités territoriales est un poison car les personnes qui décident n’assument pas complètement leurs décisions. L’Etat peut décider une chose en en rejetant le financement sur les mairies et ces dernières peuvent incriminer l’Etat qui ne fournirait pas le financement adéquat à la mesure. Cet imbroglio décisionnel, coutumier dans l’UE, est aussi commode pour les politiques, qui peuvent toujours attribuer à d’autres la responsabilité de leurs difficultés, ce qui explique peut-être que tant de décisions soient aujourd’hui prises de la sorte.
Tout ceci nous donne sans doute une bonne leçon de démocratie. Pour qu’un Etat fonctionne bien dans le cas présent, il eut fallu que l’Etat ait à assumer jusqu’au bout les conséquences de sa décision sur les rythmes scolaires, en ayant à choisir entre un raccourcissement des autres jours, un allongement de la durée des récréations, ou le lancement d’activités complémentaires, qu’il devrait financer en totalité ou en partie, quitte à faire des arbitrages sur d’autres dépenses ou augmenter le déficit budgétaire (ce qui pourrait relancer la croissance). Une plus grande unité de décision permettrait une plus grande clarté démocratique en responsabilisant davantage les décideurs qui auraient tous les leviers.
Aujourd’hui, cette réforme laisse un goût amer. Sur le fond,
elle semble parfaitement justifiée. Mais dans son exécution, il est difficile de savoir qui a le plus à se reprocher : le gouvernement qui n’aurait pas donné les moyens pour la mettre en œuvre, ou les maires qui cèderaient à la facilité ?