Les demandeurs d’emploi ont aussi droit au respect !

par Angie S
jeudi 28 novembre 2013

Dans la série entretien gratiné, j’en tiens un bon ! J’ai du mal à m’en remettre depuis ce matin. Il m’a donné la haine.

C’était un entretien pour un temps partiel de quelques mois en tant que secrétaire commerciale. Bon, le commercial, ce n’est pas mon fort, mais un peu d’expérience en secrétariat, c’est toujours bon à prendre. L’entreprise à l’intelligence de préciser dans son annonce que les heures sont regroupées sur 3 jours, ce que je trouve plus intéressant que la plupart des temps partiels où il faut venir sur 5 jours.

Je me présente donc à l’heure convenue. On me dit de m’installer dans un des bureaux. Je patiente un peu le temps que la responsable s’occupe de la candidate précédente. Lorsqu’elle revient, elle me demande de parler de moi, d’expliquer mon parcours. Requête banale au finale lors d’un entretien d’embauche. Mais les questions à venir vont commencer à me mettre mal à l’aise ou tout du moins à me pousser à me mettre sur mes gardes. « Avez-vous des enfants ? », j’ai très envie de répondre que ça ne la regarde pas, que ça n’a rien à voir avec le poste, mais je fais ma gentille et je réponds. « Êtes-vous mariée ? », ça bout de plus en plus en moi mais calme ma grande, calme ! Je réponds donc à nouveau par la négative. « Un copain ? » Heu, mais c’est quoi cette insistance ? Toujours pleine d’espoir et d’illusion sur la boite et le poste, je réponds, espérant que ce soit juste des méthodes de recrutement un peu dépassées et non pas volontairement humiliantes et intrusives (oui, parce que devoir avouer à 30 ans passés qu’on est seule et sans enfants, ça commence à foutre la honte).
Visiblement satisfaite de la mini supériorité qu’elle a pu faire valoir, elle me propose de changer de salle pour un petit test. Je me demande ce qu’il va y avoir comme question, j’espère m’en sortir. Et là, encore dans une méthode d’infantilisation, elle me dit de poser mes affaires loin de moi pour ne pas prendre la calculatrice. Ah mais madame, j’ai pas de calculatrice moi, je suis en entretien d’embauche, pas au brevet. Mais soit, j’ai compris l’idée, « sale môme, je vous interdis d’utiliser votre téléphone pour effectuer les calculs ! Et pas de triche hein ! ».
Me voilà devant le test, un peu décontenancée. Pas de question sur le secrétariat, la gestion de commande ou autres compétences en lien avec le poste. 20 questions de culture générale et de calcul mental. Pour la plupart des questions, 4 réponses sont proposées. Amis des QCM, c’est votre jour ! Pour ce que je me souviens :
- Parmi ces quatre personnalités, qui n’était pas musicien ?
- Qui est Angela Merkel ?
- Qui fut le président de la France avant François Hollande ?
- Combien de pays dans l’Union Européenne ?
- Qui est le ministre des affaires étrangère ?


- Qui ne fait pas parti du Parti socialiste ?
- Que signifie TGV ?
- Que signifie TVA ?
- Que signifie TTC ?
- Deux listes de mot à relier ensemble. Le thème était nos élus, en gros d’un coté on avait Canton, commune et préfecture, de l’autre Préfet, conseiller général, maire, et faut relier ensemble.
- Quel est le taux de TVA est le plus utilisé actuellement en France (hors alimentation) ?
- Si un produit vaut 100 euros HT, combien vaut-il TTC (en se référent à la question précédente) ?
- Divers calculs à effectuer de tête, genre 4x5x10, 3x2x6x4/12, …)
- Citer un proverbe

Une fois le test fini, je retourne voir la dame, on se réinstalle brièvement dans son bureau histoire qu’elle examine le test façon maitresse d’école. Et tiens, on va aller voir le directeur maintenant. Je commence à trouver le temps long, le recrutement me semble on ne peut plus mal conçu ou tout du moins mal conçu pour être pertinent. Je me demande ce qui m’attend au bout de cette mini visite de l’entreprise (« Je vais vous faire passer par les coulisses », c’est ça, fais).

Le directeur arrive, un air sérieux, peut-être un peu hautain même, et des papiers dans les mains. Mon CV surement. « Ah ! Vous n’avez pas le bac, comment ça se fait ? ». Je l’ai pas passé du con, difficile de l’avoir donc ! Bla bla sur mon parcours, puis vient un « Et vos parents ne vous ont jamais foutu un coup de pied au cul pour vous mettre dans le droit chemin ? » Déjà un, tu sais rien sur ma vie familiale, deux, le coup de pied au cul, t’en as autant besoin que moi. Mais t’as raison d’avoir dit ça, parce que du coup ton poste de merde m’intéresse moins et je vais pouvoir te clasher gentiment.
Il regarde le test, me regarde, regarde le test et dit : « Là, vous avez mis au pif non ? Vous savez qui est Kant ? » Un groupe de rock, du con ? Sans avoir le bac mon cher, c’est quand même un minimum de connaître les philosophes connus. Surtout que, j’ai pas le bac certes mais je suis allée jusqu’en terminale, où on fait un peu de philo. Bref, je lui dis simplement que je sais quand même que c’est un philosophe, mais l’idée de lui en mettre une dans la tronche me démange. Et il va me faire justifier ainsi la quasi totalité de mes réponses, vérifier que je sais répondre aux calculs proposés de tête.
Eh ben oui, on peut ne pas avoir le bac et avoir un minimum de culture générale. La base quoi. Tu pouvais même pousser un peu le niveau, j’aurais peut être tenu le choc ! Bon ça lui en bouche un coin parce que des bacheliers ont eu du mal visiblement. Mais qu’est-ce qu’un diplôme à part une preuve qu’on sait apprendre des cours et les régurgiter quand il faut ?
Je ne me souviens plus trop du déroulement, mais je lui explique quand même que j’ai pas passé mon temps à ne rien faire en sorti d’école. J’ai bossé, peu c’est vrai, mais j’ai cherché à me former ce qui n’est pas une mince affaire et j’ai repris des études, obtenu deux diplômes avec deux petites mentions mais mentions tout de même. Je lui rappelle aussi que s’en sortir dans notre département sans voiture, ce n’est pas vraiment simple, ce qui explique en partie ma faible expérience professionnelle (vu qu'au final, ces dernières années, j'étais plus en formation qu'en recherche de taf).
Le pauvre bougre ne pouvant pas me saquer sur le test en vient lui aussi aux questions personnelles. Est-ce que j’ai un frère. Là, je ne me retiens pas : quel rapport avec le poste. Aucun, mais est-ce que j’ai un frère. Mon grand regret est de ne pas m’être levé pour m’enfuir de cette mascarade. J’ai cédé et répondu. Lâche que je suis !
On en arrive au bout, il se sent gagnant. Mais ils n’en ont pas fini avec moi, je vais voir une troisième personne. Il faut bien ça pour un CDD de 21h de 5 mois.

Me voilà face à l’assistante commerciale (je crois, je m’en foutais éperdument à ce stade) qui serait amenée à me former si je suis prise (pitié, non, pitié !). Son rôle à elle, c’est de poser les questions cons (enfin, ils se sont un peu réparti la tâche mais quand même). Mais au moins, c’est sur le poste en lui même. « Et comment vous réagissez face au stress ? » , « Vous êtes timide ? », « Venez regarder dans la cour, quel type de matériel voyez-vous ? »... Là, j’avoue, j’ai mis une mauvaise volonté évidente. 1h que je suis en entretien, des questions à la con, un test à la con tout ça pour du précaire. Je veux bien que ce soit du secrétariat mais merde, on n’est pas des chiens !

Je repars de l’entretien dégoutée. J’étais venue avec trop d’espoir surement. Paraît que mon profil a plu mais de mon coté j’ai pas du tout eu le feeling. Je me suis sentie infantilisée tout du long, limite humiliée. Je n’imagine même pas l’angoisse d’aller bosser là bas à se demander si aujourd’hui on va te faire sentir que tu n’as pas le bac ou que t’as pas de mec, les deux le même jour.
Je suis surement trop sensible et ça m’empêche d’avoir une bonne répartie sur l’instant (bien que je me sois grandement améliorée, merci le BTS et ses nombreux oraux qui m’ont poussé à combattre ma phobie de parler en public) mais j’ai trouvé les questions fort indélicates, trop personnelles et inappropriées pour un entretien d’embauche.
Bon j’ai peut-être pris la grosse tête aussi avec tous les entretiens que j’ai en ce moment, dont un qui s’est bien passé au point qu’il s’en soit fallu de peu pour que je décroche le poste (bon c’était du temps partiel en CDD aussi). Là, durant l’entretien, rien de négatif, pas de questions pièges. Mieux, mon parcours pour la reprise d’études avait été valorisé et apprécié visiblement (Le Directeur avait dit : « beaucoup de jeunes quittent le système scolaire sans diplôme mais peu font la démarche de vouloir se former ensuite »).
Bref, je prie pour qu’une autre candidate leur plaise, parce que perso, je ne veux pas aller bosser là bas. J’ai deux autres jokers à jouer, je préfère tenter ma chance !

Sachez Messieurs les recruteurs, que la personne en face de vous n’a peut-être pas un parcours parfait, pas les diplômes que vous attendiez (pourquoi l’avoir convoqué alors, par pur plaisir de la maltraiter ?), ça ne l’empêche pas d’être douée d’intelligence, d’avoir des compétences et de ne pas être un cas désespéré sans aucune réflexion ni culture.

 


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