Les élites et les peuples frappés par les styles déraisonnable et paranoïaque

par Bernard Dugué
mercredi 22 février 2017

L’Histoire de France est parsemée de périodes improbables, avec des crises et quelques figures à qui l’on attribue, sur le moment ou après-coup, un rôle providentiel puis que l’on érige en symbole de l’unité nationale. Jeanne d’Arc fut contemporaine de Charles VI dit le fol pour ses accès de démence. Dans les périodes de crise, la folie est souvent présente. Avec plusieurs types, depuis la démence jusqu’à la déraison et souvent un style défini comme paranoïaque. C’est ainsi que sont caractérisées les mouvances populistes contemporaines par quelques analyses de la société (lire le dernier Books).

Notre époque a pris le caractère du style paranoïaque, ce qui représente un paradoxe pour le candide pensant qu’à l’ère des sciences, de la rationalité, de l’éducation et de la communication, les individus ne devraient pas être atteints d’une folie douce irrationnelle. C’est pourtant le cas, avec les adhésions aux idéologies populistes et aux théories du complot. Les citoyens ne sont pas les seuls affectés puisque les gouvernants peuvent être frappés du style paranoïaque ou du moins déraisonnable. Et pas seulement dans les régimes totalitaires comme la Corée du Nord. Un style déraisonnable caractérise le comportement de Donald Trump depuis son entrée à la campagne jusqu’à son premier mois passé à la Maison Blanche.

Le style déraisonnable ou paranoïaque est sans conteste le propre de l’homme car ce style repose sur un dysfonctionnement de la raison qui est aussi le propre de l’homme. Ce style se définit sommairement comme une réaction non appropriée face aux événements et aux choses. Une réaction souvent irrationnelle faite, de crainte, de phobie et parfois d’agressivité. Le style paranoïaque caractérise nombre de déviances propres aux mouvements religieux ayant parsemé l’Histoire de leurs folies et exactions, puis les mouvements idéologiques sectaires. Nazisme, stalinisme mais aussi le maccarthysme, ce vent de folie ayant gagné les Etats-Unis dans les années 1950.

Parmi les modèles les plus édifiants pour analyser le style paranoïaque on choisira l’épisode de la chasse aux sorcières en Europe pendant du début du 16ème au début du 18ème siècle. Cet épisode illustre bien comment un processus de déraison gagne une société en affectant non seulement les populations mais aussi les instances dirigeantes. Les condamnations furent pour la plupart prononcées par des tribunaux princiers, avec une collaboration contrastée du clergé. Le marteau des sorcières constitua le principal texte servant de manuel à l’adresse des traqueurs du malin. Les autorités du Vatican avaient condamné ce livre. Ce qui illustre un rôle méconnu de la théologie qui servit souvent de garde-fou rationnel contre les dérives de la déraison.

La déraison se dessine dans le contexte d’une activité sociale et psychique intense, avec des manipulations et des actions. Le style paranoïaque reposait à l’époque de la Renaissance sur les pratiques magiques et la vie active des hommes. Plus il y a de l’action et de la communication accompagnée de techniques et procédés complexes, plus la déraison et le style parano se développent. La science et la technologie ont remplacé la magie mais l’homme est tout aussi fou et déraisonnable que par le passé, comme en atteste l’analyse des programmes politiques du FN et de la France insoumise. Mélenchon est l’enfant caché de la technocratie planificatrice et de Harry Potter. Son programme économique relève de la pensée magique. Populistes et théoriciens du complot alimentent le style paranoïaque. Alors que la déraison est pratiquée au plus haut sommet de la gouvernance. On en a eu la preuve avec la grippe H1N1 et les milliards gaspillés dans cet épisode de folie sanitaire. Combien de centaines de milliards seront-ils investis dans cette autre folie politique que représente le développement durable, l’écologisme et la régulation impossible du climat ? Et l’écotaxe ?

La situation est donc délicate. Elle rappelle par quelques traits la république de Weimar et la fin de la Troisième République. Dans le contexte actuel, le combat ne peut être que philosophique. Avant de s’occuper des votes citoyens, il faut s’assurer que le cerveau rationnel des gens fonctionne correctement. Avant de choisir des gouvernants, il faut étudier quel est le style des propositions. Souvent le style est déraisonnable. Il y a parfois le style parano et dans la vie publique, le style précaution se glisse dans les secteurs de la vie. Un coup de vent et tous les parcs municipaux sont fermés. Le style parano se traduit parfois par les alertes pollution et la chasse aux voitures pratiquée par les grandes villes. Sans oublier la prime de Royal pour le véhicule électrique qui est un non-sens économique et technique à la fois. L’abattage des canards relève sans doute du style déraisonnable qui est trop souvent le trait caractéristique des systèmes technocratiques.

Pour l’instant, il faut se forger un bouclier immunitaire pour vivre dans un monde gagné par les folies de toutes natures. Ce n’est pas encore foutu. Les gens peuvent discuter tout en adhérant à ces déraisons d’Etat et des médias.

Le plus urgent serait de forger une philosophie de la déraison en traçant les ressorts de ces dysfonctionnements qui ne sont pas des démences et donc ne relèvent pas de la sphère psychotique Les peurs des virus et du climat sont des perturbations de l’entendement liées à des facteurs psychiques où se mêlent les émotions renforcées par le carburant des ressentiments névrotiques. Sur le plan politique, la déraison relève d’un usage psychorigide des idéologies et des résultats scientifiques, et quand ce n’est pas le cas, la déraison est employée pour servir le pouvoir d’une autorité et parfois ses intérêts. Le système est déréglé par le style paranoïaque, tout autant que les populations anti-système. Ce qui nous ouvre la voie vers la dialectique de la déraison, voire même la ruse de la déraison comme aurait dit Hegel.

Le premier point d’un projet politique devrait être non pas de donner un emploi mais d’abord un cerveau, aux élites et aux citoyens. Un combat philosophique avec la raison, Platon, Malebranche et Voltaire. Une raison pour le monde temporel et l’éclairage qui convient.

Le reste se joue dans la gnose et la contemplation. Avec Platon, les Evangiles, Nietzsche, Hegel et Heidegger. Vivre la condition humaine jusqu’aux rives du mystère…

Ces deux points mériteraient chacun un livre. Je n’ai fait que tracer des perspectives sommaires sur une nécessité philosophique du moment. Le lecteur pourra consulter le très intéressant traité sur la folie des masses de Broch.

Le seul projet qui vaille, c’est de combattre la société déraisonnable et de la transformer en civilisation.


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