Mariage pour Tous : Hollande allume le feu

par Merovie
mardi 16 avril 2013

Accélérer. C’est la stratégie du gouvernement face à l’opposition qui monte contre la Mariage pour Tous et l’opinion qui se montre plus réservée*.

Alors que le texte a été adopté au Sénat, le calendrier s’accélère et dès mercredi, sans doute jusqu’au samedi 20 avril, l’Assemblée Nationale se prononcera sur les modifications adoptées au Sénat.

Le dialogue de sourd continue

Le texte est en partie voté mais chacun peut constater que partisans comme opposants continuent leur dialogue de sourd.

D’un côté on réclame l’égalité des adultes, de l’autre l’égalité des enfants. Plus personne ne s’écoute, si tant est soit-il que l’écoute ait eu lieu un jour. On le regrette d’autant plus que l’opposition n’est finalement pas frontale sur ce sujet, un compromis aurait pu être trouvé entre défenseurs de l’enfant et défenseurs des couples homosexuels.

Ceux en charge d’organiser les débats n’ont pas su créer les conditions de ce dialogue.

Le thème des gagnants et des perdants fait son apparition, comme on pouvait le lire vendredi soir sur les pancartes d’une contre-manifestation pro mariage pour tous : « on a gagné ». Comment ne pas penser que cela est bien loin d’une République fraternelle ? Qui peut penser que le pacte républicain en sort alors consolidé ?

 

Une opposition qui ne faiblit pas

L’image d’un sénat au 2/3 vide, votant à main levée le texte, ne passe pas auprès des opposants.

 

Vendredi 12 avril, au pied-levé, la Manif pour Tous a ainsi rassemblé au cœur de Paris entre 2300 (Police) et 7500 personnes (organisateur).

L’auteur de ce texte a pu constater que la foule était aussi mélangée que déterminée.

La video ci-dessous reprend les évènements marquants.

 

 

La suite de la mobilisation, annoncée vendredi est, comme on pouvait le redouter, d’associer ce mouvement de contestation aux autres opposants au gouvernement en manifestant le 5 mai à Paris. Pour rappel cette date a déjà été réservée par Jean-Luc Mélenchon pour « donner un grand coup de balais ».

 

La désobéissance civique fait également son apparition alors que Frigide Barjot appelait vendredi à cesser les déclarations d’impôt par internet pour revenir aux déclarations papier : un moyen d’engorger l’administration fiscale. D’autres initiatives se font jour : vider les livrets A, commettre des erreurs par excès dans sa déclaration d’impôt pour les corriger ensuite…

 

Des incidents minimes mais significatifs

Les incidents en fin de cortège sont finalement minimes pour une telle mobilisation. Mais ils sont significatifs car il ne s’agit pas ici de casseurs. Aucun bien dégradé, pas de magasin dévalisé. On peut également constater qu’on aurait tort de réduire ces incidents à l’extrême droite. Comme le 24 mars, ce sont des Français peu habitués aux manifestations qui veulent en découdre.

Plus inquiétant encore, la soirée s’est terminée par une course poursuite dans Paris entre une centaine de manifestants pacifiques et les cars de police. Ce n’est que place Vendôme, à deux pas de l’Elysée que la police a fini par monter des barrages en catastrophe pour arrêter la foule.

Les services de renseignement, peu habitués à surveiller cette frange de la population, semblent dépassés, eux qui prévoyaient 100 000 manifestants le 24 mars quand la police en comptait le jour même 3 fois plus (300 000 selon la préfecture).

 

La violence monte

On a encore en tête l’ignoble agression dont a été victime un couple homosexuel en plein Paris le week-end dernier.

Samedi 13 avril au matin c’était au tour de Samuel Lafont, militant de La Manif pour Tous, de se faire poignarder en plein Paris. Opéré en urgence à l'HEGP, son pronostic vital n'est pas engagé

Le lien entre ces agressions et le mariage pour tous n’est pas fait, qu’importe, les esprits échauffés ne sont pas prêts à la nuance.

 

Chaque camp a désormais ses martyrs.

L’accélération et la frustration qu’elle provoque auprès des opposants suffira-t-elle à les apaiser ? Sinon, sans geste d’apaisement supplémentaire de ceux qui sont garants des instutitions, avec la conjonction d’une impopularité record et la fusion des contestations, nous pourrions découvrir que la République n’est pas éternelle.

 

*55 % des personnes interrogées sont opposées à la loi Taubira dans un sondage BVA réalisé auprès d’un échantillon de Français recrutés par téléphone et interrogés par Internet les 3 et 4 avril 2013 pour Le Parisien – Aujourd’hui en France


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