Mauvaise herbe
par Ensemble Maintenant
lundi 4 juillet 2011
Pour certains, la vie s’amorce prématurément et pour d’autres, elle s’éteint prématurément.
Mardi soir dernier, j’étais en colère pour des choses futiles ; une réunion que j’ai trouvée inutile, une attitude d’un automobiliste que j’ai trouvée désagréable, un repas que j’ai trouvé sans saveurs…
Et je lui ai parlé des choses qui me faisaient chialer pour rien ; mais des choses qui me font sourire pour rien, aussi (quand même un peu d’équilibre !).
Et après m’avoir patiemment écouté, elle m’a dit qu’elle avait de tristes nouvelles pour moi.
D’abord, cette fille, « tu sais, elle jouait au soccer avec nous, une belle grande mulâtre, cheveux bouclés ? ». Oui. « He bien…elle est décédée il y a quelques temps ». À 24 ans. Et je regardais ses photos sur Facebook, au moment même ou ma mauvaise herbe d’amie m’annonçait la nouvelle. Mais je la voyais, sous mes yeux, souriante, jolie comme tout, étincelante. Des photos de 2009, 2010. Alors qu’elle ne savait peut-être pas encore qu’elle était malade, qu’elle avait le cancer. Et paf ; la vie l’a fauchée. Parce que ce n’est pas la mort, qui nous fauche. La mort nous accueille, une fois que la vie nous a fauchés.
Et puis, ce gars, avec qui j’allais au secondaire. Souriant comme tout, une énergie incroyable, un positivisme comme j’en ai rarement ressenti dans ma vie (parce que le positivisme, on ne le voit pas. On le ressent, c’est tout). Qui est atteint d’un cancer.
Quand on est petit, on croit (et on est convaincu !) que ça n’arrive qu’aux autres ; que tout n’arrive qu’aux autres. Puis, on grandit, on connait plus de monde, on connait de ces « autres ». Et un jour, c’est un de ces « autres » à qui ça arrive, ou à « l’autre » d’un quelqu’un « d’autre ». Et puis ça arrive à nos amis, à notre frère, à notre tante, à notre cousin. À notre mère. À nous. Et on se sent tout petit. Et plus on se sent petit, plus on ressent le besoin d’être fort.
Je ne veux pas vivre comme si c’était le dernier jour ; je veux vivre comme si c’était le premier. Car si c’était le dernier, je le sais, je me connais, je serais nostalgique, j’appréhenderais cet inconnu qui serait devant moi, à me dévisager, en attendant que le dernier instant du dernier jour arrive.
-Stéphanie Deslauriers