Merci Catherine Deneuve
par Laurent Herblay
vendredi 26 janvier 2018
La polémique continue, notamment sur les réseaux sociaux, après la publication de la tribune sur « la liberté d’importuner ». Depuis, Catherine Deneuve a publié dans Libération un texte qui explique sa position clairement et prend ses distances avec certaines. L’occasion de clarifier plus encore le sens de ce débat et de ma prise de position, qui ne semble pas être bien comprise par tout le monde.
Ce que cela signifie, et ce que cela ne signifie pas
Je reste encore surpris par la réaction d’un commentateur de longue date, qui m’a interpellé sur les réseaux sociaux comme si je relativisais le harcèlement ou les agressions. Quelle surprise alors que je me considère comme très sensible aux causes des femmes, défendant depuis les débuts du blog, par exemple, une vraie réglementation de la représentation des femmes dans la communication et dénonçant les excès de bien des campagnes publicitaires, véhiculant une vision de la femme profondément choquante. Je ne prends pas à la légère la nécessaire lutte contre les agressions sur les femmes et partage volontiers les témoignages accablants rapportés par Abd Salam sur les réseaux sociaux.
Parce que certains ne semblent (ou ne peuvent ?) pas comprendre, je tiens à rappeler l’évidence, souligné dès le premier papier fait à ce sujet, que le viol est un crime, que je condamne toute agression ou tout harcèlement et que je considère qu’il faut protéger toutes les victimes, et donc leur permettre de parler pour sanctionner les coupables. Il n’y a pas la moindre ambiguité de ma part sur le sujet. Je considère que la condition de la femme est un marqueur fort de l’état d’une société, et que si beaucoup de choses ont été faites, il en reste encore beaucoup à faire, notamment contre les violences faites aux femmes et je n’ai pas la moindre complaisance pour le harcèlement ou les agressions.
Catherine Deneuve a signé un bon texte dans Libération pour exprimer sa position que certains ne veulent pas comprendre. Elle rappelle que « rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon ». Pour moi, le texte initial voulait sensibiliser au besoin de bien faire la différence entre une drague importune, mais pas irrespectueuse, et le harcèlement ou l’agression, à un moment où même la première semble remise en question. Il alertait également sur les dangers d’une pseudo justice expéditive. Et enfin, il mettait en garde contre une forme de puritanisme, refusant une vision trop binaire du débat où l’on ne pourrait être que du côté des gentils féministes ou de celui des méchants agresseurs.
Raphaël Enthoven, avec qui je ne suis pas toujours d’accord, montre le bon visage du libéralisme dans son analyse du débat, dénonçant ce « Parti Unique (dont l’ennemi) n’est pas le dogme d’en face, mais le refus des dogmes et son corollaire : l’introduction de la nuance (…) Qu’il soit antisémite, antiraciste, misogyne ou féministre, l’encarté du PU se reconnaît à l’étiquetage de son adversaire, qui permet l’évitement de la critique (…) le visage avenant et les opinions généreuses de nos censeurs progressistes ne doivent pas nous égarer : à force de soumettre l’art, l’histoire, la syntaxe ou la discussion elle-même aux exigences de la morale, ils préparent (sans le savoir ?) l’enfer qui nous attend ».
Merci donc d’apporter de la contestation dans une époque qui y est de plus en plus fermée. Puis, de nous alerter sur le fait que si la lutte contre le harcèlement ou les agressions est essentielle, nous devons veiller à ne pas aller trop loin dans la définition des limite, et, même si celui contre Harvey Weinstein était justifié, à ne pas céder trop facilement au lynchage médiatique ou aux réflexes parfois totalitaires de notre époque.