Michel Platini mérite-t-il d’être soutenu ?

par Laurent Herblay
dimanche 27 septembre 2015

Le Premier ministre Manuel Valls a cru bon de lui accorder son soutien et sa « confiance  » en pleine polémique sur un versement de 1,8 million d’euros. Mais dans ce monde fou, et vérolé par un excès d’argent, on peut se demander s’il était véritablement raisonnable de soutenir Michel Platini.

 
Un mélange des genres malheureux
 
Bien sûr, il est impossible d’avoir des certitudes sur ces affaires. Même si l’ancien numéro 10 de l’équipe de France, actuel patron de l’UEFA et candidat à la présidence de la FIFA certifie que cette somme n’est que la rémunération d’un travail réalisé de 1999 à 2002 pour mieux synchroniser les calendriers des compétitions de football sur la planète, deux points posent question. D’abord, la somme : un million huit cent mille euros pour une mission de trois ans, cela représente quand même cinquante mille euros par mois, sans que l’on sache s’il s’agissait ou non d’une mission à temps plein ou partiel. C’est tout de même une rémunération colossale. Ensuite, il est quand même étonnant que Michel Platini ait attendu 9 longues années pour toucher la réumération de son travail, fini en 2002, payé en 2011 !
 
Ensuite, se pose la question de l’intégration de Michel Platini dans le système Blatter, comme l’avait étudié en détail Régis Soubrouillard dans Marianne. Il faut noter ici qu’il a soutenu la très controversée candidature du Qatar à l’organisation de la coupe du monde de football en 2022, une aberration climatique, qui pousse certains à envisager son report plus tard dans l’année, et le théâtre d’une construction de stades à l’utilité discutable à long terme, dans des conditions se rapprochant de l’édification des pyramides … Pire, comme le rapporte Régis Soubrouillard, comment ne pas penser à une forme de mélange des genres assez malsain en sachant que son fils travaille directement pour le Qatar, alors qu’il aurait appuyé la candidature du pays dans la campagne pour la coupe du Monde 2022 ?
 
Autant symptôme que mauvais exemple
 
Décidemment, le premier sport de la planète par la popularité envoie un drôle de message à tous les fans de ce sport, mais aussi à la société. Déjà, il y a cette valse des dizaines de millions dans les transferts, un peu surréaliste quand on se rappelle la valeur d’un SMIC. Il y a ces clubs, aux dépenses somptuaires, qui défient les lois de l’économie, notamment en Espagne, en s’endettant tellement qu’ils feraient passer Athènes ou Tokyo pour des fourmis. Il y a aussi le caractère de plus en plus arbitraire de ce sport, dont un nombre grandissant de grands clubs dépendent aujourd’hui de hiérarques, venus du Moyen-Orient ou de Russie qui créent une concurrence déloyale avec les clubs qui n’en bénéficient pas et qui ramène ce sport à un jeu pour milliardaires aux fortunes parfois arbitraires.
 
En outre, c’est aussi un sport où la triche se décrypte et se détaille au ralenti sur les chaines de télévision, tout en refusant l’arbitrage vidéo qui permettrait de la sanctionner, ce sport continuant de facto à fermer les yeux sur des tricheurs. Enfin, les enquêtes récentes semblent avoir levé en partie le voile sur un monde dont le mode de fonctionnement semble bien peu ragoutant. Mais pouvait-il en être autre chose pour un sport où l’on attribue la Coupe du Monde qui se joue en été à un pays comme le Qatar ? Bref, même s’il s’agit d’un très beau sport rassemblant des millions de fans passionnés, la question qui se pose encore aujourd’hui, c’est de savoir ce qu’il faudrait faire pour que le football cesse enfin de donner un exemple a minima très questionnable à toute la société et surtout aux enfants
 

Et dans ce brouillard peu ragoutant, on peut quand même surpris que le Premier ministre de la France prenne la peine de défendre une personne, qui, même s’il est une figure de notre pays, baigne dans un milieu aux pratiques qui semblent si contestables…

 


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