salon de l’agriculture 2009

par Ninon de Lenclos
samedi 28 février 2009

Parce qu’il faut rendre à César ce qui appartient à César, rendons de grâce les lettres de noblesse au salon de l’agriculture.
Au-delà des enjeux politico-économiques ronflants, cette chapelle Sixtine du monde agraire offre un trésor inestimable : le reflet de notre société.

Au gré de la fortune, le regard promeneur ou l’ouïe indiscrète se délectent de curiosités.

À la campagne, observer est naturel et on n’y trouve rien à redire. Il serait mal venu d’étiqueter le jardinier de pervers sous prétexte qu’il contemple les intimes secrets de Dame Nature. En ville, les règles sont différentes. La bonne éducation voit d’un mauvais œil le badaud. Il est donc délicat de satisfaire son appétit en bizarrerie. Mais, qu’à cela ne tienne, les vacances de février peuvent y remédier.

Malgré la crise, les stations de ski ne désemplissent pas. Observer l’homo-sapiens se mouvoir en combinaison bibendum ou se déhancher entre deux plaques de verglas est toujours plaisant. Mais de tous les spectacles, le plus riche reste le salon international de l’agriculture. Les glaneurs et glaneuses d’insolite ont de quoi s’y sustenter.



C’est un lieu éphémère à mi-chemin entre le passé et le futur, une sorte d’Arche de Noé aux portes de Paris qui réunit des êtres tant à poil qu’à plume, avec des gueules, parfois des becs, jactant ou beuglant selon les origines.

C’est le palais des produits du terroir. On déguste du saucisson par ci, du fromage par là et il n’est pas question d’être catalogué pique-assiette lorsqu’on a payé 12 euros son entrée.

Les animations fleurissent le long des allées. De la transformation du jus de pamplemousse en spaghetti au grand jeu du quid animalier, il n’y a qu’un pas.

Et on piétine, les yeux écarquillés devant une kyrielle de scènes cocasses. D’un côté, les étudiantes d’AgroParisTech effectuent leur stage en ramassant les crottes du concours canin, de l’autre, les animateurs nature ont la garde des enfants pendant que les parents se documentent à la buvette. N’oublions pas l’enseigne McDonald qui a changé son code couleur en vert, la boutique JouéClub qui s’est perfidement collée à la nurserie du salon et puisque nous y sommes, un peu de compassion pour la société Danone qui a posté un vigile à l’entrée de son stand déjà entouré de plexiglas. Oui, le salon de l’agriculture recèle mille et une surprises. On découvre des ruminants à l’assise diamétralement stupéfiante comme des commerciaux au sourire démesurément large – surtout à l’espace éco-habitat. On apprend qu’un gramme de terre contient un milliard de bactéries, une information d’importance si l’on tient compte des 24 000 m2 d’exposants, d’exposés et de visiteurs car nous avons là une biodiversité peu commune.

Tout ce petit monde festoie, marchande, vient en famille – une truie peut avoir jusqu’à 18 petits – et repart l’esprit et le ventre pleins de victuailles. Le salon de l’agriculture est un rendez-vous rare qu’il serait dommage de manquer. Alors pour tous ceux et celles qui le désirent, ses portes resteront ouvertes jusqu’au 1er mars, avec une nocturne carnavalesque vendredi prochain.

Ninon de Lenclos


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