Pantine : la provocation la sauce wokiste d’un maire socialiste qui laisse pantois

par Sylvain Rakotoarison
jeudi 5 janvier 2023

« Engagée pour l'égalité, la municipalité de la ville de Pantin souhaite renforcer son action avec un symbole fort : l'ajout de la lettre "e" au nom de la ville pour toute l'année 2023. "Pantine", pour renforcer son engagement en faveur de l'égalité femmes-hommes. » (Site de la Ville de Pantin).

Lorsqu'il y a provocation en bonne et due forme, il y a toujours cette interrogation sur l'idée d'en parler ou pas. En parler, c'est tomber dans le piège de la provocation puisqu'on provoque justement pour en faire parler. Mais ne pas en parler, c'est aussi laisser les autres commenter. Alors, j'en parle. Le 3 janvier 2023, la carte de vœux du maire de Pantin, le socialiste Bertrand Kern, était cette année assez particulière : elle annonçait que la ville ne s'appellerait plus Pantin mais Pantine et cet ajout du "e" serait pour contribuer au combat pour l'égalité entre les hommes et les femmes.

En fait, la polémique a mis un certain temps à démarrer puisque l'idée du maire était déjà publiée dès le 22 décembre 2022 sur le site Internet de sa ville. Et ce n'est pas la première initiative de "déconstruction" puisqu'en avril 2022, le maire avait débaptisé la piscine Leclerc en piscine Alice Milliat, du nom de la nageuse, rameuse et hockeyeuse française.

Présentons les acteurs. Pantin est une ville de 60 000 habitants, limitrophe de Paris, au nord-est. Longtemps communiste, elle est devenue socialiste avec le maire actuel. Bertrand Kern (60 ans), conseiller municipal de Pantin depuis mars 1989, adjoint aux finances en juin 1995, a été élu et réélu maire de Pantin depuis mars 2001. Il a été en outre conseiller général du canton de Pantin-Ouest de 1998 à 2021 (à partir de 2015, conseiller départemental du canton de Pantin), et également député entre mai 1998 à juin 2002, en tant que suppléant de Claude Bartolone, nommé au gouvernement de Lionel Jospin pendant cette période, par ailleurs conseiller général de Pantin-Est et président du conseil général de Seine-Saint-Denis de 2008 à 2012 (puis Président de l'Assemblée Nationale de 2012 à 2017). Bertrand Kern a activement soutenu la candidature de Benoît Hamon en 2017. Il est un vieux routard du parti socialiste depuis environ trente-cinq ans.

L'idée saugrenue du maire (visiblement, les lubies des maires sont souvent saugrenues, on l'a vu pour les grandes villes conquises par des maires écologistes en juin 2020), c'est de croire qu'en rajoutant un "e" au nom de sa ville, la municipalité s'engagerait pour l'égalité entre hommes et femmes. Autant dire clairement que c'est du grand n'importe quoi ! C'est prendre les habitants pour des demeurés.

Qu'il me dise que c'est de la provoc à deux balles pour faire réagir, je veux bien, mais qu'il pense que les femmes seraient mieux traitées en changeant (de manière illégale) le nom de la commune pendant une année (et pourquoi pas dix ans ?), et en dépensant inutilement de l'argent en communication, etc., cela devient carrément stupide et ridicule (et coûteux pour le contribuable). C'est une escroquerie intellectuelle.

Cloé Geffroy précisait sur France Inter : « Au programme, pas de nouveaux panneaux d'entrée de ville ni de modification dans les courriers officiels, confirme à l'AFP le service communication de la ville. En réalité, un changement de la sorte demanderait d'établir un dossier auprès du ministère des Collectivités territoriales, soumis ensuite à examen par des experts de la toponymie française. Le seul changement concerne les lettres géantes formant le nom "Pantin", positionnées place de la Pointe le long du canal de l'Ourcq. Pendant un an, les passants verront bel et bien un "e" supplémentaire. ». Geoffrey Carvalhinho, élu de l'opposition à Pantin et conseiller régional LR, se disait scandalisé : « Le changement de nom de la ville de Pantin pour l'année 2023 n'a pas été voté en conseil municipal. ».

Comme je l'écrivais à propos de l'écriture inclusive dans mon article sur la féminisation des noms de métiers, cela « ne soutient en rien la cause des femmes, l’égalité des sexes (notamment salariale), la parité dans les fonctions exécutives politiques, économiques, culturelles, etc., car la grammaire n’est pas la société elle-même, le genre d’un nom n’est pas un sexe. ».

Du reste, le maire n'est pas dupe mais serait adepte des mots qui accrochent et qui "interpellent" : « Ajouter la lettre "e" au nom de la ville peut paraître anecdotique, mais ce petit "e" accroche le regard, questionne, interpelle. ». En fait, Pantine, ça ne questionne rien du tour, c'est juste du grand délire de n'importe quoi. Et Paris ? Et Marseille, déjà le "e" ? Et Lyon, Lyonne ? RIDICULE ! Lubie de maire en mal de publicité (à laquelle je viens contribuer involontairement, j'en suis bien conscient).



Le message va quand même très loin (alors que le maire était visiblement très fier de son manifeste qu'il a rédigé lui-même) : « Et si Pantin formulait de ses vœux le "e", symbole de l’égalité des droits dans l’espace public et permettait ainsi de valoriser l’indispensable mixité dans tous ses champs d’actions municipaux. Et si Pantin devenait ce modèle de territoire qui propose cette juste égalité entre femmes et hommes, dans tous les domaines de la vie de la cité. ».

Cela devient une véritable dictature sémantique que de vouloir mener un mauvais combat alors que les femmes méritent mieux. J'espère que cette initiative ne fera pas école, ne sera pas un modèle, comme c'en est l'ambition du maire. Le genre des noms n'a rien à voir avec le sexe, je le répète ! Les mots ne sont pas sexués, ils sont ce que l'histoire les a amenés jusque-là, avec leurs évolutions sociales et surtout, leur usage.




Sans nul doute que d'autres verront dans cette campagne de publicité aussi d'autres discriminations, je les laisserais voir. D'autres imagineront sans doute qu'il y aurait une nécessité à rappeler la parité et l'égalité hommes femmes dans une population dont la confession de certains nierait une telle égalité.

Ce qui choque, au fond, c'est que les femmes n'ont rien gagné avec une telle polémique. Elles seraient mieux respectées à Pantin si... leur maire cédait son siège à une femme. C'est le minimum qu'il n'appliquera pas parce qu'on affiche qu'on aime les femmes, mais pas jusqu'au point de les amener au sommet à son propre détriment. La nomination de la Première Ministre Élisabeth Borne à Matignon et l'élection de Yaël Braun-Pivet au perchoir sont à cet égard bien plus efficaces pour rappeler que les femmes pouvaient être des ...hommes de pouvoir !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 janvier 2023)
http://www.rakotoarison.eu


(Toutes les illustrations sont issues du site officiel de la Ville de Pantin).


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