Pas de justice pour la mémé !
par DECQ
vendredi 22 avril 2011
Madeleine avait 81 ans et une fille unique, Nicole. Pour l’aider dans son ménage, elle avait contacté une entreprise de services et avait « formé », comme elle disait, une dame, madame X, à ses petits désirs de nettoyage.
Nicole apprit que sa mère pouvait obtenir une aide financière, nommée APA, pour augmenter les deux heures de ménage hebdomadaire.
Mais Madeleine n’avait pas envie de repartir à zéro à « former » une autre dame. Or, des raisons mystérieuses faisaient que l’entreprise de services n’était pas agréée par le Conseil Général. L’assistance sociale proposa alors d’embaucher madame X et de la rémunérer en chèque emploi-service.
GRAVE ERREUR : ne devenez jamais employeur passés soixante-dix ans. Vous vous mettriez un énorme boulet aux pieds : si jamais vous deviez faire un séjour hospitalier, par exemple, vos obligations d’employeur s’ajouteraient à vos frais de séjour ! ….
Et voilà madame X engagée pour 4 heures hebdomadaires. La place est bonne et la mémé, conciliante, ne proteste pas si madame X s’absente et prend même deux mois de congés aux dates qui lui conviennent. Certes, cela ne pose pas problème financier puisque les congés sont inclus dans le chèque emploi-service. Madeleine se plaint bien à Nicole que madame X essaie de profiter de la situation, qu’elle lui quémande de menus cadeaux, mais elle ne veut pas d’histoire et tient à garder son employée de maison, à peu près « formée » !
Et puis, en 2009, les médecins découvrent que Madeleine est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Nicole s’investit du mieux qu’elle peut : elle se rassure que madame X soit au domicile de Madeleine quand cette dernière prend sa douche…
Madame X part en congé fin juin sans avertir Nicole de son retour. Durant l’été, la maladie s’aggrave : chutes, hospitalisation, maison de convalescence. Il apparaît qu’un placement en maison de retraite s’avère incontournable. De longues recherches et démarches se mettent en place… Ultime retour chez elle pour Madeleine avec mise en place d’une équipe coordonnée d’infirmières et d’aide-ménagères.
Quand, en septembre, madame X se représente au domicile de Madeleine, cette dernière ne la reconnaît pas. Nicole, présente à ce moment, révèle à madame X qu’elle n’a pas les compétences pour s’occuper de sa mère dans son nouvel état de santé et, qu’étant donné qu’elle s’est octroyé plus des 5 semaines légales de congés, il y a, à son sens, faute vis-à-vis du code du travail, et elle ne lui donne pas d’indemnités de licenciement.
GRAVISSIME ERREUR de Nicole ; elle aurait dû consigner cela par écrit en lettre recommandée. Elle fit pourtant un courrier, que lui demanda madame X pour faire valoir ses droits à l’ASSEDIC….
Madeleine entra en maison de retraite fin octobre 2009.
Dix-sept mois plus tard, elle reçut une convocation à une « conciliation » aux prud’hommes. La pauvre femme avait totalement perdu mémoire et usage de ses jambes.
Nicole se dit qu’elle pouvait demander assistance à sa propre mutuelle, la MAIF, au titre de la garantie « défense et recours ». Impossible : c’est Madeleine et son Alzheimer qui est entièrement juridiquement responsable, pas sa fille !!!!!
Nicole se tourna alors vers la mutuelle de Madeleine : la MACIF. NON et NON, l’assurance de cette dame de 84 ans ne prend en compte que la vie privée et, pour la mutuelle, il s’agit là de vie professionnelle !!!
Des mutuelles qui assurent ! ! !
Nicole alla donc, assez démunie à la conciliation, se disant qu’elle aurait affaire à des conseillers de prud’hommes, des gens qui écoutent et conseillent. Les abus de madame X, il ne fallut pas en parler ; une faute pour prise illégale de congés non plus. Le temps était compté pour la consultation : Nicole n’avait qu’à s’isoler avec le délégué syndical en charge des intérêts de madame X pour trouver une conciliation. Notons, au passage, qu’un mois de travail « normal » rapportait 180€ à madame X.
Le conseiller syndical, roué, fit pression : si Nicole n’acceptait pas de verser 2000€, il y aurait jugement et Madeleine devrait se faire représenter par un avocat dont les honoraires se monteraient à …
Aucun véritable conseil ne fut donné par les deux conseillers de prud’hommes qui ne voulurent rien entendre des abus de congés de madame X ; Nicole craqua ; la santé de Madeleine est très préoccupante ; elle ne voulut pas se charger en plus des tracasseries d’un procès où visiblement on lui disait que sa propre mère, en phase importante d’Alzheimer, serait condamnée…. Pour absence d’un courrier recommandé ! Deux mille euros cash !
Elle est pas belle la justice française ?