Pourquoi tolérons-nous chez nous les violences faites aux femmes que nous condamnons ŕ l’étranger ?

par Lahoiria
mercredi 28 août 2013

Ne sommes-nous pas tous révoltés lorsque, Place Tahrir, des hommes terrorisent et déshabillent les femmes pour tenter de briser la révolution et éloigner la presse étrangère ? 

Cette violence horrible est unanimement condamnée partout en France.
 
Mais alors, comment accepter que notre pays tolère cette violence lorsqu'elle se déroule sur son territoire, dans l'intimité, entre voisins ? 
 
J'en suis la malheureuse victime, et je continue de croiser chaque jour mon agresseur. Il a pourtant reconnu les faits, mais la justice n'a pas souhaité le punir. 
 
Ce matin-là, je me sentais un peu fatiguée. Les enfants jouaient calmement. J'étais allongée dans mon lit, je me remettais de la journée-marathon de la veille. Mon mari est sorti en oubliant de fermer toutes les portes à double-tour. 
 
Un voisin que je connaissais depuis plusieurs années a franchi le portail sans sonner. Il a fait le tour de la maison, est entré par la porte de la cuisine restée ouverte. 
 
En silence, il a monté les escaliers, s'est avancé dans le couloir qui mène aux chambres. Là, il a croisé ma fille aînée âgée de 8 ans. Surprise, elle lui a demandé d'attendre, et est venue me prévenir, avant de retourner à son jeu. 
 
Mais il était déjà devant la porte de ma chambre et s'avançait vers le lit alors que je le sommais d'attendre en bas. Sans que je ne puisse rien faire, il s'est assis sur mon lit, a tenté de m'embrasser, et en se penchant vers moi. "Je veux vérifier quelque chose", dit-il en tirant sur les draps. Choquée par ce qui était en train d'arriver, je tentais de toutes mes forces de l'en empêcher et je lui répétais de sortir. Mais, plus fort que moi, il réussit à retirer les draps au bout de la dixième tentative. Et je me retrouvais médusée, nue, sans défense devant cet homme agressif et dégoûtant.
 
 J'ai occulté de ma mémoire la suite des événements, ma raison ne pouvait plus supporter l'insupportable. C'est le black-out dans ma tête.
 
Combien de temps cela a-t-il duré ? Je ne sais pas. Allait-il me violer ? J'ai crû qu'il allait me tuer. J'ai eu peur pour les enfants. Cette pensée m'a fait revenir à moi ; et retrouvant d'un coup mes esprits et un peu de combativité je l'ai repoussé, j'ai hurlé sur lui. Il a pris peur, est sorti de la maison, mais est resté longtemps à rôder dans notre jardin avant de partir. 
 
Depuis cette agression, mon quotidien est fait de déprime, angoisses, migraines, insomnies, nervosité, douleurs musculaires. J'en ai voulu à mon mari de ne pas avoir fermé cette putain de porte. J'ai rêvé que je tuais ce vieux pervers. Je me suis sentie, tour à tour, triste, folle, paranoïaque, salie, révoltée, haineuse.
 
Mais j'attendais que la justice rende son verdict. J'attendais le procès avec une anxiété mêlée d'impatience et d'envie de vengeance. 
 
Il n'y a pas eu de procès. 
 
Le procureur de la République aura considéré que cette violence ne justifiait pas un procès. Les procureurs ne m'ont toujours pas adressé les motivations de leur décision. Ils n'ont pas daigné répondre à mes avocats ni à moi. Cela est pourtant nécessaire pour ma reconstruction et prévu par la loi. Je veux savoir ce qu'ils leur permet de minorer cette agression et de pas appliquer les peines prévues par le code pénal.
 
Après tout, me dit-on, "cela aurait pu être pire !". Que celles et ceux qui pensent cela soient forcés de se mettre à poil dans leur lit avec un vieux libidineux. 
 
Un simple rappel à la loi a été fait. En guise de rappel à la loi, j'ai assisté à une conversation amicale d'une quinzaine de minutes entre le délégué du procureur et ce vieux pervers. "C'est pas bien". "C'est vrai, je sais". "Restez sage, maintenant". Rien au casier. Pas même une condamnation symbolique. Aucun suivi. 
 
Le prédateur peut continuer à rôder. Fera-t-il d'autres victimes ? Y en a-t-il eu d'autres ? Jusqu'où ira-t-il la prochaine fois ? La justice ne souhaite pas savoir. Et moi je continue à avoir peur. 
 
J'avais 37 ans au moment des faits, ce pervers 70. 
Il a 4 enfants de mon âge dont 2 filles qui ne lui ont jamais rendu visite en 5 ans. 
J'ai toujours été très prude. Cela remonte à mon enfance déjà. Vers 7 ans, ma propre mère n'avait plus accès à la salle de bains lorsque je me douchais. 
Je suis de confession musulmane et ma pudeur fait partie de ma foi.

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