« Qu’est-ce que ša changerait ? » Villani, la posture qui pourrait tout changer !

par Anasely
samedi 7 décembre 2019

Pour la création d'un "Parti du divers"

Ce week-end, la France vivra son grand moment annuel de solidarité nationale. Sous les caméras, des millions de français vont s'émouvoir et récolter de l'argent pour améliorer le sort terrible des personnes atteint.e.s de maladies génétiques rares. Une générosité fort louable et dont on ne pourrait que se réjouir, si elle ne cachait pas l'immense part immergée de l'iceberg : les conditions encore fort déplorables des personnes en situation de handicap dans ce pays. Ce sont maintes histoires qui chaque jour sont tues, des histoires d'exclusion ordinaire d'enfants et d'adultes vu.e.s comme inadéquat.e.s, non conformes, écarté.e.s de la société par d'autres se considérant comme plus normaux ou légitimes pour en régir l'accès.

Le philosophe Josef Schovannec l'affirme ainsi sans détour : "dans certains pays, le Téléthon serait interdit : comment peut-on agir de la sorte à un seul moment de l’année ? On fait œuvre de charité ce jour-là en faisant appel à nos bons sentiments alors que l’on ne fait rien le reste [du temps]". 

En écoutant Cédric Villani répondre "qu'est-ce que ça changerait ?" à la question "êtes-vous personnellement concerné par l'autisme ?" d'un journaliste du Quotidien, on se met à rêver que les choses changent justement bientôt et qu'enfin s'ouvre le corset bien trop serré de la conformité sociale qui pousse tant de gens au burn out lorsqu'ils et elles se rendent compte que la norme est un mirage inattégnable. Rêvons d'une grève massive pour cette cause aussi ! Pour la création d'un Parti du divers en France, pour une manifestation nationale d'une portée symbolique égale à la montée des marches du Capitole aux Etats-Unis datant de... 1990 !, pour la libération des individidualités qui pensent ou agissent en dehors des boites, pour l'accessibilité universelle des personnes empêché.e.s.

J'entends encore de nombreuses personnes s'insurger contre les aménagements scolaires prévus pour les élèves ayant une dyslexie, une dyscalculie ou encore des troubles de l'attention car elles considèrent que "la vie, ce n'est pas çà", que cela demande trop de travail aux enseignant.e.s, etc. Quand on voit ces mêmes personnes s'émouvoir à la sortie du dernier film des frères Nakache "Hors Normes" sur la réalité des familles touchées par l'autisme sévère, j'avoue ne plus rien y comprendre : quel est le projet de notre société pour les gens touchés par le handicap ? Sommes-nous encore favorables à la mise à l'écart de toutes celles et ceux qui débordent du cadre ?

J'ose espérer que des positions comme celles de Cédric Villani se généraliseront et contribueront à l'éffritement et la démolition rapide de cette ligne Maginot du vivant qui tue la créativité de toutes celles et ceux qu'on laisse en marge avec leurs talents cachés. Les sociétés de la Sillicon Valley l'ont bien compris en exploitant ce "vivier". à des fins d'innovation industrielle. Arriverons-nous au même résultat à des fins moins économico-centrées ? Car c'est l'affaire de toutes et tous de militer pour que nos enfants soient très tôt familiarisé.e.s avec ce que l'anthropologue Charles Gardou a appellé "la pluralité des allures de la vie".


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