Qu’est-ce que la sÚcuritÚ ?

par Eric Welment
samedi 23 juillet 2016

Au moment où notre société se sent contrainte par une série de menaces - et la palette des risques ne se limite pas menace terroriste, elle va du risque alimentaire au risque systémique financier en passant par la menace de perdre son emploi - il est important de revenir sur le concept de sécurité, pour en comprendre les enjeux et se projeter dans une dynamique positive.

Securitas

Le terme sécurité est emprunté au latin SECURITAS qui signifie absence de soucis, tranquilité d'esprit. C'est également un concept dual au sens où il comprend effectivement l'écartement du danger mais aussi contient les mesures pour le combattre. Il est notamment représenté dans l'Antiquité par Poséidon qui incarne à la fois la stabilité de l'océan et la répression potentielle de la Nature qui déclenche tempêtes, séismes et plus généralement catastrophes naturelles pour imposer ses règles.

La sécurité est l'expression d'une force, une force suffisamment puissante car elle prétend nous mettre à l'abri de l'épée de Damoclès qui pèse sur nous. La sécurité est toutefois davantage un sentiment qu'une réalité : on peut se sentir en sécurité dans un environnement qui n'offre pas toutes les garanties de sûreté ou inversement se sentir en insécurité en dépit du dispositif mis en place. Je mets ma ceinture de sécurité, je me SENS protégé mais pourtant en cas d'accident je n'ai aucune garantie absolue de m'en sortir vivant. Au delà du respect de la réglementation en vigueur, j'ai simplement l'impression que : 1. j'ai fait le nécessaire dans la mesure de mes possibilités pour réduire mon exposition au danger (élément subjectif) 2. les probabilités officielles sont théoriquement et significativement en ma faveur par rapport à une situation où je n'aurais utilisé aucun outil/processus pour me protéger / me prémunir / me défendre (élément objectif).

 

Le risque zéro n'existe pas

A l'extrême je dois bien admettre que mon existence comporte le risque permanent de se terminer plus tôt que prévu, je maximise simplement mes chances de la faire durer le plus longtemps possible en respectant certaines règles qui me semblent pertinentes. Plus généralement ma vie comporte le risque de se passer moins bien que je ne le souhaite, et par conséquent je prends les mesures qui me permettent de ne pas être confronté aux situations délicates que je parviens à anticiper. En fonction de mes désirs et de mes préoccupations, je mets en oeuvre dans mon quotidien un ensemble de de dispositions afin d'éliminer, de réduire ou de retarder l'apparition des risques que je suis capable d’identifier : faire du sport, surveiller mon alimentation, prendre des médicaments, traverser dans les passages piétons, éviter les zones à risques pour mes vacances, choisir un placement dont le taux est garanti auprès de ma banque, obtenir un diplôme supplémentaire pour mettre toutes les chances de mon côté, etc. Tous ces éléments me donnent une ‘espérance augmentée’ de succès face aux risques auxquels je suis confronté.

 

Nos sociétés sont aujourd’hui obsédées par la volonté de neutraliser tous les risques possibles

Quelques systèmes très rudimentaires de mutualisation des risques ont existé pendant l'Antiquité, mais les assurances modernes sont surtout nées à partir du 17ème siècle pour accompagner le développement économique et en particulier celui du commerce maritime, en proposant aux affrêteurs une compensation financière en cas de revers de fortune. Ensuite, dès la fin du 18ème siécle les champs de l'assurance et de la prévoyance se sont étendus à l'assurance vie et au risque d'incendie, puis ils ne cesseront de s'élargir à tous les aspects du quotidien pour proposer aujourd'hui des solutions dans les domaines les plus divers. Nous sommes maintenant plongés dans proposition sécuritaire permanente. Passez chez Darty ou Conforama, on vous proposera une formule pour parer à toute panne de votre appareil ménager !

Cependant la vie est une prise de risques multiples et la société assurantielle dans laquelle nous vivons n'est pas une fin en soi. Notre maladive volonté de nous prémunir contre toute menace correspond certainement à une angoisse prononcée par rapport à l’avenir et à la mort, deux concepts que les avancées technologiques ne nous permettent toujours pas de maîtriser quand bien même nous les appréhendons avec plus de données que par le passé.

Prendre ses distances par rapport aux menaces semble nécessaire mais comment ignorer les risques qui pèsent sur moi dans une atmosphére anxiogène ? Nous ne pouvons prendre des risques que lorsque nous avons une base d'éléments qui assurent notre sérénité. La sérénité, c'est notre attitude positive face aux risques identifiés. La prise de risque dans le cas contraire est une fuite en avant, une absence de choix voire un coup de folie, une façon de défier le destin. Comme le rappelle Patrick Süskind “pour se servir de sa raison, on a besoin de sécurité et de quiétude.”

 

Nos sociétés modernes ont la volonté d’éliminer toute violence

Les citoyens ont désormais le réflexe de prendre en compte toutes les menaces potentielles et sont prêts à y consacrer un budget pour réduire la probabilité de leur occurence. Ils veulent tout autant être protégés contre la maladie, les catastrophes naturelles et la baisse du CAC40. Ils voudraient même actuellement être immunisés contre toute menace physique et estiment qu'il est du ressort de l'état d'assurer cette sécurité. La légitimité de l’État moderne se fonde sur la promesse de protéger l’espace public de toute violence et ce thème en particulier est au coeur des campagnes électorales. Chaque acte de violence est vécu comme un traumatisme auquel l’Etat répond des actions de terrain mais davantage encore par des actions de communication afin de restaurer ce fameux ‘sentiment’ de confiance et de sécurité, préalable à la notion de liberté des sociétés modernes.

 

La sécurité comporte la notion d'interaction avec l’autre / les autres

Si je ne me mets pas en sécurité vis à vis d'un virus grâce à des médicaments, je peux transmettre mon risque aux autres. Globalement ma réaction face au danger à titre individuel a de bonnes chances d'impacter la communauté à laquelle j'appartiens. Autre exemple, si je ne déclare pas un colis suspect dans le métro je mets en danger l'ensemble de la rame.

La sécurité est une préoccupation collective mais reste l'affaire de chacun. L'appréciation du risque est totalement individuelle et nous sommes dépendants de la volonté de tous les individus de faire leur part du travail. Ceci est notamment vrai en termes de sécurité routière ou de lutte contre le terrorisme. Il faut comprendre la sécurité sous l’angle d’un système dont nous sommes que l’un des éléments.

Par ailleurs la puissance de notre instinct grégaire mérite être prise en compte. Si tout le monde porte un masque anti-pollution dès demain je vais être tenté de faire la même chose car cette situation va profondément modifier mon appréciation du danger. En revanche si personne ne considère comme pertinent le recours à des mesures particulières je vais probablement les exclure moi aussi. La propagation du sentiment de sécurité et encore plus la propagation du sentiment d’insécurité des autres influe sur mon comportement. Si la foule se met à courir (ex : fan zone à Paris pendant l’Euro 2016 après l’explosion d’un pétard), avant de comprendre quel est le danger réel je vais tenter de prendre la fuite moi aussi.

 

Alors que faire ?

Il n’est aucunement question de proposer à quiconque de braver le danger à chaque occasion. En revanche l’exercice de notre liberté comporte des risques qu’il faut assumer pour vivre pleinement. "A ship in a harbour is safe, but this is not what a ship is built for." John A. Shedd (“Un bateau dans un port est en sécurité, mais ce n'est pas pour cela qu'il a été construit.”). Nous avons tous une responsabilité face aux différentes menaces. Il convient de les mesurer avec le plus de sang froid possible pour ne pas rentrer dans une spirale d’angoisse qui nous pousse à la soumission : soumission aux forces commerciales par exemple qui nous suggèrent de nous assurer systématiquement pour x années contre tout défaut du lave linge que nous venons d’acheter. Plus grave, soumission aux forces d’oppression qui nous suggèrent que nous sommes tous en danger de mort, partout, à n’importe quel moment car des éléments extrémistes s’appliquent à ce que le sang soit versé sur notre territoire.

Retrouver confiance, c’est pouvoir faire confiance aux autres, mais c’est aussi montrer aux autres qu’il faut avoir confiance pour ne pas subir. Exercice délicat, réciproque, subjectif qui ne s’inscrit probablement pas dans une méthode miracle : il n’y a aujourd’hui que des pistes, et elles consistent à remettre du social, de la cohésion, de la coopération et de l’humanité au sein de la cité. L’objectif est de restaurer une zone de confort, de promouvoir le vivre ensemble tout en respectant l’espace privé des individus. C’est la mission de chacun pour contrer la menace d'un délitement de la société. Cela passe aussi simplement par dire bonjour à son voisin, discuter avec son commerçant, coopérer avec les gens que l'on croise au quotidien pour s'assurer d'une forme de cohésion et de bienveillance qui ne paraît plus évidente alors que la quasi totalité d’entre nous la souhaite.

Si des mesures gouvernementales de prévention et de répression semblent nécessaires pour s’opposer à toute forme de violence, la meilleure ‘assurance’ à laquelle nous pouvons souscrire pour traverser ces épreuves reste sans doute de renforcer la cohésion de notre société pour faire front, et cela commence à notre niveau individuel, dans notre immeuble ou dans notre quartier.
 

Eric Welment

CEO @ Konnectown - www.konnectown.com - créer du lien social, réconcilier les populations, favoriser la coopération locale... se rendre la vie +simple +efficace +conviviale dans la vie de tous les jours.


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