Qui Ítes vous, Madame Barjot ?

par Pierre de La Coste
jeudi 23 mai 2013

Comment expliquer qu'une partie significative de l'opinion suive un personnage aussi insolite, dont le nom lui-même aurait pu servir de repoussoir ? Derrière Frigide Barjot, égérie des Manifs Pour Tous, on trouve l'énigme Jalons, le « groupe d'intervention culturelle ». Qui sont les Jalons ? Qui est vraiment Frigide Barjot ?

Avril 2004. Une boite de nuit homo, dans le centre de Paris. Parmi les drag queens et les gogo dancers, une bande d'allumés célèbre bruyamment la « nuit de l'élargissement ». Discours, chants, concours. Ambiance potache et second degré assurée à tous les étages. Aux commandes de cette soirée peu conventionnelle, une sorte de clown mélancolique et brillant, proférant des énormités politiques et pornographiques avec un sérieux imperturbable, le « Président » Basile de Koch, et une aimable jeune femme (la sienne) souriante et sexy, Frigide Barjot, couvrant d'éloges les éphèbes à demi-nus et maîtrisant avec brio une petite foule compacte, qui hurle alternativement « Drag Queen, sous l'uniforme, tu restes un travailleur ! » et « Ravaillac assassin ! Ravaillac assassin ! » (Henri IV fut assassiné à quelques pas de là).

Un certain vicomte de Puypeu, ainsi que d'autres personnages au nom improbable, prennent la parole. Derrière la célébration décalée et grinçante des nouveaux pays européens qui rejoignent l'Union, une critique impitoyable, fine, profonde d'une construction européenne mal ficelée, bâclée, bureaucratique, qui, dix ans plus tard, donnera la crise que l'on sait, menaçant la survie même de l'Europe, la vraie. D'ailleurs, le souverainiste Charles Pasqua, ancien patron de Basile de Koch, et plusieurs de ses lieutenants sont là et observent la scène avec amusement.

Et aujourd'hui ! Des millions de Français dans la rue, dans la joie et la bonne humeur, brandissant pacifiquement des drapeaux roses et bleus et criant à tue-tête « un père, une mère, c'est élémentaire ! » Mouvement imprévisible par son ampleur, prenant de cours les mass-médias et la classe politique, qui s'attendaient tout au plus à quelques dizaines de milliers d'activistes droitiers et homophobes.

Quel que soit le rôle exact de Frigide Barjot dans ce succès, (porte-parole, organisatrice, inspiratrice, initiatrice ou simple visage de La Manif Pour Tous dans les médias), ni son image ni sa réalité ne collent, en apparence du moins, avec ce phénoménal mouvement de société. Tous ceux qui la connaissent vous le diront : Frigide Barjot est une femme d'une grande gentillesse, d'une totale franchise, bonne vivante, drôle et émouvante, charismatique, bonne communicante, aussi peu homophobe que possible, d'une désorganisation absolue, ignorant la notion d'horaire, fêtarde, parisienne, très éloignée donc, culturellement et même socialement, du public des Manifs Pour Tous. Sauf sur un point, essentiel peut-être, mais qui n'explique pas tout : Virginie Merle, épouse Tellenne, est une « vraie » mère de famille catholique, reconnue comme telle au premier coup d'œil par toutes ses paires et mères de France et de Navarre.

 Chérie, n'oublie pas l'intertitre

 Certes, la mutation de Frigide Barjot, de Première Dame du groupe Jalons en missionnaire passionnée du catholicisme décomplexé et cathodique ne date pas d'hier, comme en témoignent son livre Confession d'une catho branchée, son site web Touche pas à mon pape, sa page Facebook, ses apparitions télévisées. Mais, outre que le personnage reste atypique dans les milieux catholiques (notamment sous le règne de Benoît XVI, pape théologien relativement peu second degré), le mystère ne fait que grandir, et dans deux directions : pourquoi une partie significative de la France profonde a-t-elle choisi de suivre cette icône médiatique qui lui ressemble si peu, et dont le nom même aurait pu lui déplaire ? Et d'autre part, comment la Frigide Barjot que le grand public connaît aujourd'hui a-t-elle pu éclore au sein du groupe Jalons, comme une insolite rose trémière au milieu d'un buisson d'hortensias sauvages ?

Tentons de répondre à la deuxième question, nous aurons peut-être une réponse à la première.

Le « groupe d'intervention culturelle » Jalons existait avant Frigide Barjot. Le Jalons historique (qui dispose d'une page wikipedia) remonte aux années 80. Il a été fondé par son « Président à vie » Basile de Koch, entouré peu à peu de personnages qui choisissent un nom de combat, comme à la LCR : Hubert Mensch, Agathe de Blues, Aldo Prisu, Milton Frickmann, Yves Remord, Karl Zéro (frère du président), vicomte de Puypeu, Daisy d'Errata...

Ils se font remarquer, au fil des ans, par des pastiches de journaux, petits chefs-d'œuvre d'humour féroce (Le Monstre, Laberration, le Cafard Acharné, Franche-démence...), une revue épisodique, Jalons « le magazine du Vrai et du Beau », par des manifestations de type « Verglas assassin, Mitterrand complice ! » au métro Glacière et par des soirées mémorables en boite de nuit, sur des thèmes politico-humoristiques. Ainsi, une soirée néo-pompidolienne à la piscine Deligny, sous Balladur, pendant laquelle un homme-grenouille sortira de l'eau un faux cadavre de Robert Boulin. On n'est pas obligé de trouver ça drôle. La piscine Deligny, peut-être en signe protestation muette, fera naufrage quelques jours plus tard...

Jalons s'organise en « tendances » elles-mêmes pastiches. Qu'on en juge : il y a (ou il y a eu) les gaullistes du Rat PouRri, les centristes du CDPD, les royalistes de la Restauration Rapide (dirigés par le vicomte précité), les écologistes des Verts de Terre, les fachos de Nazisme et Dialogue (partagés eux-mêmes en deux tendances, « l'une plutôt nazisme, l'autre plutôt dialogue », encore une fois, tout le monde ne trouve pas ça drôle), les gauchistes de l'Union des pauvres et moyens-pauvres de la classe ouvrière pour la reconstitution de la n-ième Internationale, les freudiens du Chant du Cygne, les New Age du Groupe pour la Conscience d'on ne sait quel chakra universel...

Basile de Koch n'a jamais pu dissimuler qu'il penchait à droite, comme son frère Karl Zéro penche à gauche. Mais la diversité de Jalons est réelle, presque explosive. Dans le pastiche très réussi du Monde, Le Monstre, on lisait avec délectation une double page de politique étrangère magnifiquement déséquilibrée (une dictature de gauche encensée, une dictature de droite enfoncée) dénonçant les parti-pris du quotidien de la rue des Italiens. Mais, quelques années plus tard, Jalons faisait grincer quelques dents à droite, avec son Lougarou Magazine publié avec le concours de SOS-racisme, qui posait en couverture la question : « nos épagneuls seront-ils encore bretons dans trente ans ? » Chez Jalons, tous les groupes ont droit à la parole, comme dans la « Constitution dodécaphonique » du Manifeste pour un présidentialisme parlementaire, mais le Président à vie fait la « synthèse » dans un discours fleuve, à la fin de chaque réunion. C'est à peine plus loufoque qu'au Parti socialiste, quand François Hollande était secrétaire général, et beaucoup plus drôle.

Et Frigide Barjot, là dedans, me direz-vous ? Elle rejoint ces joyeux drilles au début des années 90, lorsque, ancienne de Science-po et jeune communicante pleine d'avenir, elle tombe sous le charme de Basile de Koch, éblouie par son intelligence et sa culture (indéniables), son humour dévastateur, et son regard sans concession sur la société médiatico-culturelle de son temps. Cette rencontre amoureuse donne un sens à sa jeunesse, dorée et sans repère, faite de nuits blanches pimentées par l'abus de substances, légales ou non, mais toutes mauvaises pour la santé et l'équilibre.

En épousant son président, Frigide Barjot devient la maîtresse de maison de cet étonnant capharnaüm, qu'elle rajeunit, qu'elle dote d'une sorte de stratégie de communication, soirée après soirée, pastiche après pastiche, en suivant son mari et ses amis dans cette existence chaotique et périlleuse. L'édito de Basile de Koch porte parfois des intertitres du genre « chérie, n'oublie pas l'intertitre », trace d'une collaboration fusionnelle quoique conflictuelle, et typique de l'humour Jalons, comme on le verra plus loin. Le couple forme un personnage unique à deux visage : l'un lunaire, négatif, taciturne, profond, désespéré, intellectuel, celui de Basile ; l'autre solaire, positif, pimpant, énergique, communicant, celui de Frigide. Autour de ce double personnage principal, gravite une troupe de comédiens ambulants, intermittents de la vie nocturne parisienne jouant chacun son rôle, où l'on trouve aussi bien des cadres supérieurs d'entreprises que des estropiés de la vie.

 L'humour judoka

 Comment présenter, à défaut de le définir, le style, l'humour Jalons ? Il s'agit selon nous d'un humour judoka. Face à la puissance incommensurable de la Bêtise contemporaine, à la réalité terrifiante que prend la Société du Spectacle, ses artifices, ses escroqueries, Basile de Koch, plus proche qu'on ne le pense de Guy Debord, a choisi d'utiliser le seul levier encore disponible, le poids et la force de son adversaire, pour le déséquilibrer et peut-être le faire chuter. D'où l'usage récurrent de l'imitation à traits forcés, du mauvais goût moderne retourné contre lui-même, du kitsch médiatique, du second, troisième, quatrième degré faussement badin, et de la récupération à tout va des vices et ficelles du show-biz et du monde « people ».

Sous des apparences potaches, parfois grossières, voire ordurières, le travail d'artiste est présent, sur la durée. Tout est voulu, précis, cultivé avec soin, dans les moindres détails, tout fait appel à la culture générale et historique. Les blagues sont elliptiques, élitistes, peu faites pour être comprises du grand public : les membres du service d'ordre, défendant l'entrée de mystérieux « carrés VIP » portent des brassards où est inscrit « brassard » ; dans les manifs, les banderoles s'appellent « banderoles » et l’on crie des slogans tels que : « Oui, oui, oui ! non, non, non ! ». Comprenne qui pourra… Mais Basile de Koch lui même, ainsi que ses lieutenants les plus conscients, n'ont jamais cessé, obstinés et parfois pathétiques, de poursuivre le même objectif méta-politique : la critique radicale de la société du spectacle et de ses pseudopodes politiciens, culturels ou médiatiques.

Bien sûr, tout n'est pas bleu et rose comme les petits drapeaux des Manifs Pour Tous dans l'histoire de Jalons. Après avoir travaillé au cabinet du Ministre de l'Intérieur Charles Pasqua, Bruno Tellenne a trouvé naturel de bénéficier d'un magnifique emploi fictif au Conseil général de l'Essonne. Il s'est trouvé des juges pour ne pas apprécier ce nouveau canular juridique. Les contribuables de l'Essonne n'en apprécieront que mieux l'humour de Jalons. Car Virginie Merle, épouse Tellenne, a sans hésité vendu sa belle maison, provenant d'un confortable héritage de soyeux lyonnais, pour payer la dette de son mari à la société. Et l'on vit les deux époux, la main dans la main, chanter bravement « les portes du pénitencier » dans une boite de nuit parisienne, devant une assistance mitigée. Ça vous a de toute façon plus de gueule que la richissime Anne Sinclair finançant les turpitudes de son obsédé de DSK, tant qu'il lui restait un avenir politique.

On pourrait presque définir Jalons comme l'exacte antithèse des Manifs Pour Tous. Ici un mouvement parisien, humoriste, presque confidentiel, nocturne, maniant le second degré ; là un mouvement politique de masse, sérieux quoique bon enfant, populaire, national et plutôt provincial, agissant au premier degré et au grand jour. Mais l'exact contraire de quelque chose n'est pas sans relation avec celle-ci. Jalons est un microcosme de valeurs dont les Manifs Pour Tous sont le macrocosme inversé.

Nous touchons peut-être ici à l'une des clés du succès du mouvement anti-mariage homo et du rôle qu'y a joué Barjot. Une partie importante de l'opinion publique, hostile au projet, mais ne sachant que penser de la loi Taubira, et surtout ne sachant que faire, choquée par l'effroyable matraquage gouvernemental sur le thème de l'homophobie, a compris intuitivement que l'humoriste un peu fofolle était la femme de la situation. Sa sincérité, son talent d'animatrice, sa notoriété déjà réelle lui permettant un petit accès aux médias, en ont fait le leader charismatique d'un regroupement de personnalités et de réseaux réunis par une cause, mais qui n'auraient pas forcément marché du même pas, dans la même direction. Les talents complémentaires de Tugdual Derville, Xavier Bongibault, Ludovine de la Rochère et Béatrice Bourges (exclue depuis) ont sans doute joué un rôle essentiel, mais ils se sont rangés, non sans tensions et brouilles, derrière le panache bleu et rose de Frigide. L’humoriste n’est en rien représentative de la Manif pour tous, elle est en la levure, ce sacré bouillon de culture, qui a permis à la pâte de lever.

 L'alchimie a fonctionné

 Toutes et tous ont bien vu, malgré les divergences d'opinions et de caractère, que Frigide Barjot aller feinter les médias, pourtant bien verrouillés, pendant la première phase de l'opération, la plus délicate, la prise de conscience populaire et la conquête d'une très large frange de l'opinion. Cette France-là, à vrai dire peu réceptive à l'homosexualité, a aussi compris que les accusations d'homophobie allaient glisser sur Frigide Barjot comme l'eau sur les plumes d'un canard. Mais elle a peut-être aussi reconnu que la compréhension sincère de son égérie à l'égard des personnes différentes, s'écartant de son propre modèle familial, était légitime. En se ralliant à Frigide, beaucoup ont donc, du même coup, lavé leur conscience de tout remord d'homophobie refoulée.

L'alchimie était subtile, et surtout très nouvelle, mais elle a fonctionné, sur le fil du rasoir. Frigide Barjot a su trouver les mots : refus de la haine homophobe d'un côté, amour de la filiation et de la complémentarité, de l'autre. Des mots simples qui ont rencontré les aspirations confuses d'un très vaste public. Mais des mots qui portent. Avec le sourire, Frigide Barjot évoque des sujets graves, puissants, essentiels : la vie à protéger, notre code civil remis en cause, une civilisation millénaire à défendre. La cause n'est plus comique, elle est tragique. D'une certaine manière les « Sages » du Conseil Constitutionnel sont obligés de consacrer le retournement sémantique de la « folle » Frigide Barjot en donnant valeur constitutionnelle au « droit de l'enfant », contre l'infâme « droit à l'enfant » des pervers narcissiques candidats au « mariage pour tous ».

Un parcours presque sans faute, puisqu'il faut citer le malheureux « Hollande veut du sang, il en aura » sous le coup de l'énervement et de la tristesse, à la suite du coup de force anti-démocratique du Sénat (un vote à main levée pour un texte de civilisation !). Mais c’est aussi une bonne manœuvrière : en proposant de soumettre à referendum une proposition parlementaire de l’UMP sur l’Union Civile en mairie, elle provoque certes des remous au sein de la Manif Pour Tous, mais elle sait aussi que, selon tous les sondages, la loi Taubira ne ferait qu’un score ridicule si une telle consultation était organisée. Une manière de mettre le gouvernement en difficulté, et selon elle, de sauver les enfants de l’adoption et l’institution du mariage de la confusion.

Quant à Basile de Koch, promu au rang de prince consort, et peut-être secrètement jaloux, il a vite compris le parti qu'il pouvait tirer de la situation. Le « Président » a toujours rêvé de gloire médiatique et de réussite populaire, objectif qu'il n'a atteint que rarement, dans la longue histoire de Jalons, avec de bons tirages pour ses livres ou ses publications, des succès d'estime pour ces événements. Seul son frère, Karl Zéro, a su devenir une star du petit écran, car il n'a pas hésité à se compromettre avec les puissances du jour. Aujourd'hui, c'est sa propre femme, la partie solaire et communicante de son double personnage, qui est dans la lumière, mais pour un noble combat. Qu'à cela ne tienne ! Il se tient en réserve, sans doute conseiller politique occulte, lui qui fut la plume de Charles Pasqua, mettant au service d'une cause qu'il partage, les ressources de sa culture, de son écriture acérée, de sa bonne connaissance des milieux politiques, de son esprit critique.

Les mass-médias, les partis de gauche et le gouvernement, qui ont au départ purement et simplement censuré ou calomnié les premières manifs, n'ont pas vu venir l'émergence de l'outil qui a donné force et vigueur à ce mouvement de fond : les réseaux sociaux. La encore, Frigide Barjot avait montré la direction depuis longtemps, avec une page Facebook très suivie. Mais quoi, allo quoi, cette France réactionnaire, ou du moins conservatrice, serait capable d'utiliser les « nouvelles technologies », tout comme les blogueurs progressiste et démocrates du Printemps Arabe ?

La gauche est encore traumatisée par les énormes manifestations de défense de l'école libre qui aboutirent à son échec historique, le retrait d'un projet de loi. Mitterrand lui-même a dû expliquer à son disciple François Hollande que, lorsque les mères de familles catholiques « font des enveloppes » après la messe et qu'elles obligent leur mari à fabriquer des banderoles et à louer des cars pour aller manifester, il est déjà trop tard pour la gauche… mais là, trahison ! c'est sur facebook, twitter, les blogs et autres mailing lists que les dames de la paroisse se sont ruées. C'est avec leurs smartphones, à coup de SMS et d'outils de géolocalisation que les manifestants ont su s'organiser, partout, au dernier moment, malgré les pièges du ministère de l'Intérieur, pour jouer à cache-cache avec les gardes mobiles...

 Qui est normal, qui ne l'est pas ?

 Aujourd'hui, Jalons n'est plus, comme soufflé par le fabuleux destin d'Amélie Poulain-Frigide Barjot, et par ailleurs ruiné. Seul reste le talent de chroniqueur de Basile de Koch, présent dans plusieurs journaux, Valeurs Actuelles et Causeur et sur son Asile de blog. Karl Zéro, lui, continue dans le politiquement correct en insultant sa belle-sœur sur commande. Le second degré s'est tu, au profit du premier. C'est du moins l'apparence. Une fois de plus, elle est trompeuse.

Posons à nouveau la question : comment diable expliquer qu'une partie significative de l'opinion ait pu suivre un personnage aussi insolite que Frigide Barjot ? Osons une réponse personnelle, la seule à pouvoir, selon nous, rendre compte de cette étonnante situation que connait la France : en fait, le couple Barjot-de Koch et la nébuleuse Jalons ont réussi leur chef d'œuvre collectif, en souffrance depuis de nombreuses années, et ils ont trouvé leur public, certes houleux et partagé, mais ils l'ont trouvé.

Le turbulent et corrosif pastiche général de la société moderne, de ses hypocrisies et des ses artifices, investit enfin un terrain à sa mesure, avec le projet aberrant, la mauvaise farce concoctée par l'élite bobo héritière de mai 68 : le mariage de personnes de même sexe, l'adoption (et demain la PMA) pour tous, qui prive des enfants d'un père et d'une mère. Les masques tombent, les miroirs reflètent brutalement la réalité d'une société vide de sens, à bout de souffle.

Un enfant avec deux papas ou deux mamans, vous trouvez ça drôle, vous ? Tromper un enfant en lui racontant la pire des fictions, est-ce digne d'un adulte ? Comment faire plus dangereusement vide et creux, plus stupidement destructeur que l'inepte théorie du Genre ? Mais aussi... qui a raison, les clowns philosophes de Jalons, ou les Femen outrageant Notre Dame de Paris ? Qui est vraiment gai, comme le savoir de Nietzsche, la gay pride ou les nuits de Jalons ? De quel côté se trouve la vérité de la vie, du côté de ce cinéma pervers des « gouines comme un camion » et des sados-masos couvert de cuir qui réclament le droit de devenir parents, ou de celui des « Mères veilleuses » ? Où est la raison, où est la déraison, entre les hommes de loi indignes et la Jeanne d'Arc naïve et déjantée qui les défie ? Que faut-il croire, Le Monstre, ou Le Monde dont le propriétaire, Pierre Bergé, oblige les journalistes à insulter les opposants au mariage homo, sous peine d’être licenciés ? Qui est « normal », le Président de la République qui prive des enfants d'un droit fondamental, ou le Président de Jalons qui brocarde depuis si longtemps la classe politique ?

Oui, la réussite paradoxale des Manifs Pour Tous le prouve, il fallait déséquilibrer l'adversaire, la classe bobo au pouvoir, en utilisant sa propre force. Le prendre à son propre piège. Lui tendre des miroirs aux alouettes, du brillant, de la com, lui faire entendre des musiques de boite de nuit. Faire de l'évènementiel sur mesure.

Soyons lyriques, n'ayons pas peur des mots ! quitte à être traité de saltimbanque par les gens sérieux qui jouent sans talent leur propre rôle dans cette pièce sinistre. Avec le numéro réussi de Frigide

Barjot, Jalons est parvenu au sommet de son art tragi-comique, tutoyant les grands moments d'émotion et d'esprit de notre culture. On peut en citer quelques uns. C'est le pitre Coluche tendant son regard tragique vers la caméra dans Tchao Pantin. C'est Jean Reno, à la fin des Visiteurs, étreignant sa « fillotte » Valérie Lemercier, les larmes aux yeux, pour lui parler de descendance. C'est Ragueneau, devant Cyrano étendu, disant « on riait, Monsieur, on riait », en pleurant. C'est Molière faisant apparaître majestueusement Louis XIV comme Deus ex machina de son Tartuffe : « nous vivons sous un Prince ennemi de la fraude ». C'est l'ombre immense de Don Quichotte, l'Hidalgo ridicule, qui s'étend sur la plaine. C'est le bouffon du roi, roulant sa bosse devant la cour en éructant les vérités du peuple qui font mal aux grands seigneurs. C'est le comédien antique, arrachant son masque grotesque pour révéler à l'assistance médusée – ici la France entière – le visage insoutenable de la vérité.

 Jalons vivra !

 Nous tenons à remercier M. le Vicomte de Puypeu pour son témoignage.


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