Radouane Abassi, prof de maths et rappeur : innovation ou dérive communautaire ?

par Coeur de la Beauce
mardi 4 septembre 2018

En cette période de rentrée des classes, le cas Radouane Abassi n'a pas manqué d'attirer l'attention des médias. Il est vrai que son histoire parait originale à première vue, bien qu'une triste réalité se cache derrière le côté plutôt sympathique de sa démarche.

Notre bonhomme est un jeune prof de trente-et-un ans, certifié en mathématiques, issu des quartiers populaires et de l'immigration maghrébine par ses parents. Nommé dans un collège difficile d'Epinay-sur-Seine, classé REP+ (autrement dit sur le front russe de l'éducation nationale), il transmet à ses élèves des leçons de numération et de géométrie à sa façon : par le rap et le slam. Radouane est aussi rappeur "breveté", il a participé à divers projets par le passé.

Démarche novatrice ou démagogie de circonstance ? Comme il le dit lui-même dans un entretien au Parisien, il ne peut lutter contre la violence au quotidien et l'état de désocialisation de certains élèves, malgré sa propre expérience des "cités" et sa bonne volonté :

http://www.leparisien.fr/societe/radouane-abbassi-le-rappeur-est-dans-la-classe-02-09-2018-7873311.php

Bon. Après tout, enseigner en chanson, cela peut adoucir les moeurs selon l'adage. Nous avons tous connu, il y a trente ans, des instituteurs qui se baladaient dans les classes la guitare en bandouilière. Sauf qu'il s'agissait d'éduquer à la culture, par du Brassens et du Guy Béart. Dans le cas de Radouane, c'est une thérapie pédagogique de choc qui est proposée aux élèves, comme pour l'enseignement du théorème de Pythagore : "tu captes ou si c'est pas l'cas, j'te jure, j't'étrangle..." On est loin de la sensibilisation à la non-violence et au vivre-ensemble, de l'esprit anar post-soixantuitard. Par sûr que les gamins y gagneront en éducation à la citoyenneté et au respect d'autrui.

Pour le positif, reconnaissons le mérite de ce jeune homme issu d'un milieu modeste, qui a étudié à la fac jusqu'au master, réussi un CAPES pas si évident que cela (où les candidats ne se bousculent pas, mais avec un niveau d'exigeance assez costaud contrairement aux idées reçues) et qui assure son service dans un bahut situé dans une zone de non-droit. L'auteur de l'article a en commun avec lui d'avoir aussi débuté à Epinay-sur-Seine et d'être aussi issu d'un milieu populaire. Pour autant, le "jeunisme" n'est pas la solution dans la durée à la question scolaire des banlieues. La pédagogie Freinet, par exemple, qui part du vécu des élèves, est ici détournée car il ne s'agit pas d'éduquer, mais de contenter pour passer des connaissances. Autrement dit, on caresse le chat dans le sens du poil pour qu'il reste assis à sa place.

"Great Teacher Issaba" (c'est son nom de scène) est un pur produit de la fameuse discrimination positive. On met en avant les talents des cités pour acheter la paix sociale. C'est ainsi que l'on voit de plus en plus d'enseignants "couleurs locales" dans les établissements. Telle que cette collègue qui refusait, il y a quinze ans, de distribuer des bonbons à ses élèves de primaire car il y avait du colorant à base de graisse porcine dedans. Elle multipliait les "entraves" à la laicité, militant notamment contre l'avortement, contraire à ses principes religieux. Aujourd'hui, elle est directrice d'école (d'après le site académique où elle exerce)... Avec elle, au moins, la paix sociale est assurée dans l'école. Pour ce qui est de l'intégration et de l'acquisition des valeurs de la république, on repassera.

Certes, M.Durand, diplômé de la faculté d'Assas, encravaté et distingué ne postulera pas pour prendre la place de Radouane. Ce dernier ne cherchera pas non plus à intégrer un lycée de centre-ville où sa pédagogie à base de rap ne passerait pas auprès des élèves comme de leurs parents. C'est pourtant le noeud du problème : dorénavant, il n'y a plus de cohésion nationale mais des quartiers livrés aux logiques communautaires où seul Dieu reconnait les siens. Pour les pouvoirs publics, il s'agit juste d'occuper le terrain, de cantonner les élèves la journée dans les collèges et d'avoir la tranquillité à court terme.

Concernant la pédagogie, il y a un os dans l'affaire de notre prof de maths. En zone sensible, et l'auteur parle en connaissance de cause, ce n'est pas l'enseignement des mathématiques qui pose le plus de difficulté, bien au contraire. Les élèves cherchent à compenser leur faiblesse en langue écrite et orale (lecture, production d'écrits) par une bonne maitrise de l'arithmétique. Arrivé en 6ème, la plupart connaissent leurs tables de multiplication, mais éprouvent des lacunes en compréhension de textes, donc en résolutions de problèmes. Va-t-on vers l'apprentissage de Molière et de Victor Hugo en version Kery James (qui est venu soutenir Great teacher Issaba) ? Vers une transmission de l'antiquité romaine et du monde médiéval en version "cité" (Wesh, la loi salique moi je la n...) ? Il serait par ailleurs révolutionnaire de voir certains rappeurs accompagner des classes de 3ème à Auschwitz pour faire de la prévention de l'antisémitisme, compte-tenu des propos de beaucoup d'entre eux sur la question...

Il ne faut pas se leurrer. Derrière le côté sympa et ludique de notre prof de maths dans l'air du temps se cache la triste réalité d'une société en décomposition, avec une jeunesse populaire de plus en plus violente, que le rap a contribué à galvaniser (voire l'effroyable imposture du rap de Cardet sur la question). La démagogie et la fausse pédagogie ne sont pas une réponse, mais un échappatoire. Le rap n'est qu'un produit commercial issu du monde américain, du capitalisme sauvage. Il n'est pas une thérapie. Toutefois, concluons en accordant au grand enseignant Issaba (et non great teacher, il n'est pas prof d'anglais) de rendre heureux ses élèves : à défaut de s'insérer dans une société où ils n'auront pas de travail, au moins ils se seront bien amusés au collège...

Ci-joint, le clip youtube de notre prof de maths :


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