Retour de stage ...

par C’est Nabum
vendredi 14 décembre 2012

En direct de ma Segpa

Vidéo en contre-point  :

Le premier pas !

Nos élèves, âgés de 15 ans ont été plongés trois semaines durant dans le monde du travail. Après un petit stage découverte d'une semaine en mai, cette fois, c'était le grand plongeon dans la réalité. Ils sont en Segpa, à la fin de l'année ils seront orientés vers une filière courte. Les uns, iront en apprentissage, les autres se verront offrir des places réservées en Lycée Professionnel pour des formations très limitées.

Ce premier stage est un véritable test. De lui dépend en grande partie la réussite à l'examen final (Certificat de Formation Générale), la qualité du dossier scolaire qui sera présenté en fin d'année et la capacité de chacun à se remettre au travail pour leur six derniers mois scolaires. Le rapport de stage sera le support à bon nombre de travaux et servira de support à l'oral de leur examen final.

En ce lundi de retour au collège, nous avons souhaité regrouper les deux classes (seulement 22 élèves) dans la salle polyvalente. Chaque élève devant présenter son stage oralement devant ses pairs, répondre à leurs questions tout en suivant un plan d'exposé. Nous avions le double objectif de préparer l'oral de l'examen et d'informer tous les élèves sur les activités réelles de leurs camarades afin de pouvoir éventuellement choisir leur prochain stage parmi un des ces lieux d'accueil.

J'avais aussi l'intention de profiter de cette séance un peu solennelle pour effectuer un exercice que j'affectionne tout particulièrement. Durant la séance, je note une phrase significative (dans la mesure du possible) prononcée par chaque élève. Le lendemain, en classe, ils doivent retrouver qui a dit quoi tout en cherchant à retrouver dans quel secteur d'activité ce camarade exerçait son activé.

Être capable de s'écouter, prendre des notes ou bien se souvenir, donner du sens et de l'importance à l'expérience d'un camarade, ce sont des petits riens auxquels je suis attaché et qui sortent souvent de nos missions scolaires habituelles. Une fois encore, le lendemain je fus surpris de la fidélité des réponses et de l'écoute réelle qu'ils parvinrent à produire dans un environnement sonore qui ne me donnait pourtant pas pleine et entière satisfaction …

Chacun passa devant ce grand groupe. Pour maîtriser son appréhension le jour de l'examen, il faut parvenir à dominer des situations anxiogènes auparavant. C'est du moins ce que j'ai appris dans le monde sportif et je le mets parfois en application en classe … Je vous proposerai en fin de billet un petit travail où vous chercherez à trouver le secteur professionnel concerné.

Les interventions durèrent entre 6 et 10 minutes par élève. Je sais que cela peut vous sembler bien peu pour raconter une expérience de trois semaines. Nos élèves sont en grande difficulté avec la langue, ce travail qui parait facile, est pour eux d'une grande complexité. Le stage est également, une situation bien souvent faite de répétitions. Il n'est pas simple de dégager un récit élaboré.

Nous découvrons alors la véritable réalité de leur séjour. Notre visite ne donne qu'un aperçu très imparfait de leur quotidien. Nous réalisons que certains ont pris à pleines dents ce moment formidable, que d'autres sont passés totalement à côté de la complexité d'un métier. Il y a ceux qui se sont retrouvés véritablement au travail quand des camarades n'ont fait que regarder le temps passé. C'est la grande loterie des choix et des personnalités.

De ce grand moment, il y a les gagnants et les perdants, les déçus et les heureux, les désespérants et les belles surprises. C'est ainsi chaque année, il y a des miracles, des catastrophes, des confirmations et des points de suspension… C'est souvent une répartition qui détermine le résultat final, c'est terrible car c'est de leur future orientation dont il est question.

Nous avons eu le bonheur de retrouver trois garçons qui sont rentrés porteur d'une promesse d'apprentissage dans des métiers du bâtiment. C'est plus facile pour eux que pour leurs camarades filles qui rêvent presque toutes de devenir vendeuses de vêtements dans les beaux magasins du centre ville. Que faire pour que cesse cette farce de l'apparence et du futile ?

Nous avons une fois encore déploré deux arrêts de stage. Pour le premier, trois jours de stage et un arrêt de travail très douteux. Une fuite, une incapacité à prendre en compte les avertissements reçus et la triste réalité du monde de la mécanique automobile, le rêve des garçons qui se bercent d'illusions ! Ce mauvais départ risque fort de constituer un coup d'arrêt. J'aimerais tant me tromper.

Pour l'autre, la ligne jaune a été franchie. Un vol d'argent et de matériel, la faute impardonnable, rédhibitoire qui la conduira devant un conseil de discipline. Pour l'heure, aucune excuse, aucun remord et une incapacité à mesurer les dégâts collatéraux qu'elle a produit. Un lieu de stage définitivement perdu, une réputation qui rejaillit sur tout l'établissement et une gamine qui compromet son avenir immédiat.

Nous avons apprécié des parcours pleins de promesses, des efforts consentis, des difficultés surmontées, des enrichissements techniques de belle facture. Nous avons déploré, heureusement pour une petite minorité des stages sans contenu et sans envie, des élèves qui restent incapables de se rendre compte des exigences réelles du monde du travail tout en se pensant toujours supérieurs.

Beaucoup désormais savent ce qu'ils veulent faire, d'autres s'interrogent encore alors que le temps presse. Comment les en blâmer ? Ils n'ont que quinze ans et doivent si vite trouver une direction quand tant de leurs camarades n'auront à le faire que dans de longues années. C'est la loi de cette terrible injustice de l'inégalité des potentiels et des contextes personnels. Nous sommes souvent des témoins impuissants de drames douloureux.

Témoignagement leur.

=> Vente – Service aux personnes- Bâtiment – Automobile – Restauration – Nature

 

Phrase

Secteur

 

J'ai préparé du poisson. Je n'aimais pas faire le ménage !

 

 

Je faisais des tartes aux pommes. J'ai préparé une piémontaise !

 

 

Je me suis servi d'un pistolet à colle, j'ai posé des tourillons.

 

 

J'ai aidé des personnes à enfiler des vêtements « thermolactyl »

 

 

Le plus difficile : Porter les grosses fenêtres, c'était dur !

 

 

Le repas m'était offert à la cantine municipale. J'ai tourné dans 5 services

 

 

Le plus facile : Garder les maternels Il y avait une enseignante avec moi.

 

 

J'ai nettoyé la vitrine Je finissais à 20 heures, c'était un peu tard !

 

 

J'ai rangé la réserve. J'ai mis des bagues de taille J'ai orienté les clients.

 

 

J'ai appris à ficeler des rôtis, à débiter des steaks

 

 

J'ai déblayé la neige dans les allées avec un grand balai.

 

 

Je suis resté dehors avec l'équipe des jardiniers. C'est pas ce que je voulais faire

 

 

Je n'ai rien fait, j'ai observé simplement sans participer avant de partir.

 

 

Pour peindre au pistolet il faut une cabine qui chauffe à plus de 160 °C

 

 

Je voulais la plomberie, maintenant la serrurerie me semble possible

 

 

J'aimais partir en essai, on essayait les voitures qu'on venait de réparer !

 

 

J'ai cassé des plaques quand je les portais, j'étais mal !

 

 

J'étais en chantier à Chartres dans un funérarium pendant les 3 semaines

 

 

J'aimais travailler au chaud, là où il préparait les plats principaux

 

 

J'ai posé du lino avec un solier, un métier difficile : toujours à 4 pattes.

 

 

Je commençais à 6 heures, je devais me lever à 5 heures

 

 

En classe, nous avons décoré le sapin de Noël !

 

 


Lire l'article complet, et les commentaires