Une cartographie l’attention des victimes de violences conjugales

par N.D.
lundi 13 juillet 2009

C’est une première à la Réunion mais aussi au niveau national. Alors qu’une nouvelle campagne d’information contre les violences conjugales est visible depuis plusieurs jours sur nos chaînes nationales et locales, nos acteurs locaux de lutte contre les violences intrafamiliales travaillent depuis plusieurs mois sur une cartographie qui permettra aux victimes de violences conjugales de connaître la liste des structures pouvant les aider, sur leur commune ou leur lieu de résidence.

Vous avez dû voir cette campagne d’information nationale sous-forme de court-métrage signé Jacques Audiard. Elle dénonce les violences verbales et psychologiques et s’inscrit dans un registre combatif avec pour mot d’ordre : "Ne laissez pas la violence s’installer. Réagissez".

"Ce court-métrage montre la première étape avant les violences physiques. Cela commence par du dénigrement et une violence psychologique", explique Sophie Elizeon, déléguée régionale aux droits des Femmes et de l’Egalité de la Réunion. "L’idée, c’est de dire aux victimes mais aussi à leurs auteurs, attention ! la violence conjugale ne commence pas par des coups !".

Depuis que l’Etat a lancé en 2000, une enquête au niveau national sur les violences faites aux femmes, révélant que 10% des femmes interrogées se disaient victimes (15% à la Réunion), des actions de sensibilisation ont été mises en place pour inciter les femmes victimes à prendre la parole.

En 2007 et jusqu’en 2010, une deuxième étape a été franchie avec pour objectif cette fois-ci de combattre la violence faite aux femmes tout en continuant les mesures précédentes, en prévenant la violence et en sensibilisant le grand public, les jeunes et les auteurs.
"En 2006, nous avons eu une campagne très forte pour inciter les femmes victimes à prendre la parole en appelant le 115. Il y a eu énormément d’appels, ce qui est -vu de notre côté- plutôt bon signe car les femmes se reconnaissent comme victimes de violences et non coupables. Beaucoup s’en sont émus", souligne Sophie Elizeon. "Malheureusement, il est très difficile d’appréhender l’ampleur des dégâts car c’est toujours très délicat de mesurer la violence conjugale et d’obtenir des chiffres. De plus, les enquêtes coûtent très cher. Ce que l’on sait, par exemple, c’est qu’en 2002, 1500 femmes ont été interrogées à la Réunion dans les 12 mois précédents l’enquête et qu’il est ressorti que 15% d’entre elles subissaient des violences, avec une vraie spécificité à la Réunion, celui du statut du mis en cause. L’auteur des violences est à 22% un ex-conjoint (6% en métropole) et les tentatives de meurtres s’élèvent à 36% dans notre île contre 6% en métropole !", poursuit la déléguée régionale, satisfaite de pouvoir travailler en collaboration avec les structures et professionnels concernés.
"Jusqu’en 2004, il était très difficile de travailler entre les associations et les forces de l’ordre par exemple. Aujourd’hui, on se forme dans un même lieu, sur un même thème. C’est devenu plus facile, plus naturel et dirigé exclusivement vers le bien-être de la victime".
Depuis 2008, l’enfant est également revenu sur le devant de la scène, identifié comme témoin à mettre à l’abri avec leur maman. "Quand on a commencé à mettre les femmes à l’abri, c’était dans un souci de protection de l’enfance. On mettait d’abord "les mamans" à l’abri. Après 2000, on a mis les femmes à l’abri. Maintenant, on revient sur "la femme, l’enfant et la maman", qui sont bien souvent démunis et ont besoin d’un accompagnement ensemble".


LA SOLUTION DES FAMILLES D’ACCUEIL

Si la loi a évolué en matière de protection de la femme, avec l’évincement du conjoint, la victime n’est plus obligée de quitter son logement pour échapper à la violence de son conjoint, à la Réunion, elle apparaît difficile à mettre en application. "L’évincement du conjoint sur notre territoire, déjà très petit, est beaucoup plus délicate car bien souvent on a des couples qui vivent sur le terrain des parents. Bien souvent, il s’agit de la belle-famille pour la victime et la solidarité familiale étant ce qu’elle est, l’accompagnement psychologique se révèle très difficile. C’est pourquoi la solution des familles d’accueil est très intéressantes pour ces femmes. Elles s’y sentent mieux que dans un foyer et ont une insertion professionnelle beaucoup plus rapide".
Il faut savoir que la mise en place de familles d’accueil n’était jusqu’à présent pas couvert par la loi, puisqu’en expérimentation dans trois territoires dont un a abandonné. "A la Réunion, cette expérience a plus que fonctionné, on devrait aller vers une évolution législative puisque les familles d’accueil ont été intégrées dans le plan 2008/2010 de lutte contre la violence faite aux femmes". Ainsi une centaine de familles sur l’ensemble du territoire français, dont une vingtaine à la Réunion, devraient héberger des victimes, selon le nouveau plan de lutte contre les violences conjugales.
Parallèlement, à la Réunion, les services de l’Etat, les collectivités et les associations locales se sont unies pour mettre en place une cartographie que les victimes pourront entre autres consulter sur internet, et qui permettra aux victimes de violences conjugales de connaître la liste des structures pouvant les aider, sur leur commune ou leur lieu de résidence, tels les hôpitaux, Gendarmerie, Police, associations, maisons de Justice etc... La visibilité de cette carte au grand public devrait se faire au mois de novembre. A terme, d’autres départements devraient s’y en inspirer...
 

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