Vers la joie d’apprendre

par Roland Gérard
lundi 13 février 2012

Et si d’un coup comme ça, nous revenait le bonheur d’apprendre. Le goût de la découverte, le plaisir de se rendre compte qu’aujourd’hui je sais ressentir, faire, comprendre des choses qui hier encore m’étaient étrangères.

Elle a mal l’école, elle a de plus en plus mal. Pourtant toute cette jeunesse rassemblée, pourtant tous ces enseignants motivés. Quel potentiel ! Il y a de quoi produire autre chose que de l’angoisse. Regardons deux minutes par la fenêtre et prenons le temps de rêver.

 Apprendre à vivre au contact du vivant

 Et si nous tentions de remettre quatre choses dans l’ordre. En premier nous pourrions dire que l’essentiel c’est d’apprendre à vivre. Apprendre à vivre ça veut dire, faire. Apprendre à respirer en respirant, apprendre à courir en courant, à chanter en chantant, apprendre à sauter, à danser, à grimper aux arbres, à dormir dehors la nuit, apprendre à nager dans l’étang, à se vautrer sur un matelas de feuilles mortes après les avoir rassemblées, apprendre à marcher en chaussures dans le ruisseau, apprendre à faire un feu, apprendre à écouter les oiseaux, voir se lever la première étoile dans le ciel, assister à un levé de lune…Vivre c’est être au contact du vivant. Arbres, vaches, lapins, chèvres, renards, canards, grillons dans la main, attraper un poisson, se saisir d’un crabe… Comment pourrions-nous apprendre à vivre autrement qu’au contact du vivant ? Comment avoir accès à la vitalité en côtoyant des objets inanimés ? Comme dit Jean-Jacques Rousseau : « L'homme qui a le plus vécu n'est pas celui qui a compté le plus d'années, mais celui qui a le plus senti la vie. ».

 Nous devons être d'abord des hommes

 Après, quand on sait un peu plus vivre, quand on a conscience d’appartenir au vivant, quand on sait en être, avec son corps peut-être plus qu’avec son esprit, on peut plus facilement apprendre à être Humain. Parce que c’est ça le deuxième sujet, c’est apprendre à être Humain. Apprendre à être Humain on ne peut le faire qu’au contact des Humains. C'est-à-dire au contact de ceux qui parlent, au contact de ceux qui utilisent la parole comme principal moyen de communiquer. Être Humain c’est raconter, c’est se confier, c’est dire. On apprend à devenir Humain au contact de ceux qui ont cultivé leur humanité, au contact de ceux qui ont donné d’eux-mêmes, il y en a dans tous les territoires et dans tous les secteurs. C’est facile de les reconnaître, ils nous touchent. Les enfants, les jeunes devraient les rencontrer. Apprendre à être Humain, c’est apprendre à respecter, c’est prendre conscience de sa puissance et apprendre à faire en sorte qu’elle soit bien vécue par tous, qu’ils soient humains ou non. Être Humain, c’est être bienveillant, avoir figure humaine en toutes circonstances. C’est savoir qu’on peut se rendre utile. L’art, la beauté font l’humain. Être Humain c’est être responsable au-delà de l’ici et maintenant. Comme dit Henry David Thoreau : « Nous devons être d'abord des hommes et ensuite seulement des sujets ». Il faut déjà être vivant pour être humain, puis après seulement on pourra facilement devenir citoyen.

 Nous sommes de plusieurs territoires

 C’est le troisième apprentissage qui est là. Il s’agit d’apprendre à être citoyen. De la même façon que pour les deux apprentissages précédents, c’est en fréquentant des citoyens qu’on devient citoyen. Nous sommes de plusieurs territoires, d’abord d’un territoire local, puis d’un pays, puis de l’Europe ici en France et de la planète. Ces territoires ont des destins et chaque humain peut influer sur ces destins. Chaque humain peut dire ses aspirations à ses concitoyens, dans la démocratie il est invité à devenir partie du corps social. Sans la présence de chacun pas de corps social complet, sans corps social vivant et agissant, c’est l’existence humaine qui est en danger. Un citoyen qui à l’humanité en lui et qui a la vie met la communauté à l’abri du totalitarisme.

 La dimension prosaïque de nos vies

 Enfin vient le quatrième apprentissage qui est celui qui semble hélas toujours mis en avant dans l’institution scolaire dans l’oubli quasi systématique des trois autres qui sont pourtant des préalables incontournables. Nous avons tous à apprendre à produire et consommer. Nous avons à apprendre à nous inscrire dans la réalité économique, c’est la dimension prosaïque de nos vies. Si elle ne saurait être prioritaire, elle est indispensable. Manger, boire, se vêtir, se loger, se déplacer, se cultiver, se détendre… autant d’activités auxquelles nous avons tous à pourvoir dans la dignité. Pour cela il faut connaître un métier et pouvoir l’exercer.

 L’idée qui est là, c’est que c’est plus facile de devenir humain quand on est vivant, puis plus facile d’être citoyen quand on est humain et qu’enfin c’est sans doute plus simple alors de s’inscrire dans le produire et consommer sans angoisse. Notre école surtout dans nos premières années, ne devrait pas être tendue vers l’employabilité mais s’attacher à construire des personnes, pleine de vie, d’humanité et en pleine capacité d’exercer leur citoyenneté et naturellement un métier.

 Perdre la vie, perdre son humanité, perdre ses droits civiques, perdre son emploi, quel est le plus grave ? Quel est le plus facile à retrouver ? A chacun d’apporter sa propre réponse. Mais rappelons nous, comme dit John Dewey : « L'éducation est un progrès social... L'éducation est non pas une préparation à la vie, l'éducation est la vie même. ». Alors voilà, c’est peut-être pas mal de reprendre les choses par le début pour retrouver la joie dans l’apprentissage. Elle y a sa place, nous avons à la lui rendre.

RG


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