Votre retraite, ni les jeunes ni les chinois ne la paieront !

par Didier Cozin
lundi 13 août 2012

Parmi les mythes français qui ont forgé la société d'après guerre celui de la retraite pour tous ne fut pas le moins fondateur pour notre (ex)Etat providence.

Par cette indéniable avancée de l’après-guerre nos modèles professionnels se sont figés : on travaillait souvent mal (sinon comment expliquer notre perte de compétitivité et les récurrents déficits du commerce extérieur ?) de moins en moins (car cela allait disait-on dans le sens de l’histoire) et enfin, dégouté du et par le travail les français décidèrent (à peu près seuls au monde) travailler le moins longtemps possible, jusqu’à 60 ans au mieux  (mais souvent en fait jusqu’à 55 ans ou moins lors des Plans sociaux de réduction des effectifs dans les entreprises).

Cette situation pourrait devenir infernale (et bien plus tôt qu'on ne le pense généralement).

Quatre faits désormais obèrent cette précaire construction de la retraite pour tous et très précose :

  1.  La répartition des âges dans notre pays. Les baby boomers vont dans 5 à 10 ans prendre massivement leur retraite. D’ici 2020 près d’1/4 des français souhaiteront faire valoir leur Droit à la retraite. Ces (ex) futurs retraités auront souvent connu des carrières complètes, bénéficié des avancements à l’ancienneté (GVT, Glissement Vieillesse Technicité) et pourraient donc (en théorie) prétendre à des niveaux de pension élevé (plus élevés que le salaire de nombreux actifs).
  2. Une équation financière impossible sans endettement massif  : Comment conserver le niveau de retraite actuel pour 10 ou 12 millions de retraités tout en accueillant à terme 50 % de retraités supplémentaires ? Pour les femmes par exemple l’espérance de vie est en moyenne de 85 ans aujourd’hui. Le travail féminin ayant fortement progressé après-guerre comment payer des pensions durant 35 ou 40 ans ? (car dans 20 ans on vivra sans doute jusqu’à 90 ou 95 ans).
  3.  Faire payer les jeunes générations est utopique : Les jeunes ne trouvent ni bonnes rémunérations, ni travail stable, ni revenus suffisants pour simplement payer leur logement (devenu hors de prix du fait du formidable enrichissement sans cause de la classe moyenne depuis les années 70). Il ne sera évidemment pas possible de faire supporter à un actif le poids d’un retraité (ni même de 1 retraité pour 2 actifs alors que la proportion était de 1 pour 5 dans les années 70)
  4. La probable forte baisse de l’emploi salarié va encore détériorer la situation financière des régimes sociaux : le niveau de l’emploi salarié a culminé en l’an 2000 en France avec plus de 93% de travailleurs salariés. Après guerre notre pays comptait 50 % environ de salariés et nous pourrions ré-intégrer assez vite ce niveau du fait de la crise économique. Ce n’est pas le travail qui risque de manquer dans les prochaines années mais bien l’emploi salarié généralisé. C’est pourtant le seul statut qui procure des ressources suffisantes aux régimes sociaux (si le travail indépendant se développe c’est parce qu’un travailleur indépendant n’est pas soumis au code du travail et qu’il cotise peu pour sa retraite ou sa sécurité sociale).

 

Si comme l’Europe entière semble nous le signifier le système français des retraites n’est plus viable il importe peut-être d’en tirer certains enseignements et perspectives pour l’avenir

a) Limiter fortement le montant des retraites, serait-il choquant qu’un retraité ne gagne pas plus que le SMIC ? (et il en est de même pour les demandeurs d’emploi)

b) Harmoniser tous les systèmes de retraites en France (à commencer par le public et les régimes spéciaux qui doivent être alignés sur les règles du privé) et décider d’une même règle pour tous quelque soit son statut et son métier.

c) Reculer l’âge de la retraite pour tous et par exemple limiter les charges sur les salaires de tous les travailleurs âgés de plus de 50 ou 60 ans. Bonifier fortement les retraites de ceux qui travailleront au-delà de 65 ou 70 ans

d) Améliorer le travail et les qualifications afin que les prochaines générations soient confortées dans leur activité et gagnent à travailler aussi longtemps que possible (tout en restant en bonne santé)

e) Ne plus considérer que le bonheur et le bien social tiennent dans une prise de retraite anticipée mais adopter le point de vue anglo-saxon pour lequel l’important n’est pas la retraite (ce n’est pas un débat outre Atlantique) mais la capacité de travailler longtemps en bonne santé en aiment son job

 

 Tout cela méritera négociation et nécessitera un vrai effort d’adaptation du monde du travail mais la dette ne pourra bientôt plus résoudre nos petits arrangements sociaux d'après guerre.

L’adaptation est évidemment sur terre la condition de la survie d’une espèce (mais aussi d’une société) et ceux qui prônent la pérennisation des avantages acquis jusqu’à la fin des temps peuvent-ils être pris au sérieux sur une planète où un milliard de terriens cherchent tout simplement à survivre au quotidien ?


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