Cancer : une étape importante pourrait être franchie !

par Bernard Dugué
mercredi 5 mars 2008

Des chercheurs auraient découvert une voie prometteuse pour lutter contre le mélanome. Comme l’annonce Le Figaro, 04/03/08, le possible traitement repose sur l’utilisation d’un anticorps dirigé contre le déterminant ABCB5 présent sur des cellules souches causant les mélanomes. Mais il faut rester prudent, comme le précise la cancérologue Marie-Françoise Avril. L’occasion de faire le point sur le traitement de cette maladie. Ce billet évoquera une étape importante dont le principe, inattendu, sera révélé à la fin de ces lignes. Bonne lecture.

C’est un lieu commun que d’évoquer le cancer comme le problème majeur de santé publique, à la fois par l’étendue de ce mal, touchant des centaines de milliers d’individus en France, emportant des jeunes, des adultes et, en majorité, des personnes âgées. Mais le cancer ne touche pas uniquement l’intégrité du corps, mettant un coup au moral du malade et de son entourage lorsque le médecin annonce la mauvaise nouvelle. Il faut dire que cette pathologie est extrêmement lourde à porter, surtout quand on se sent condamné, comme le plus souvent et que l’on attend la mort, sans compter les souffrances, le drame quand on arrive en phase terminale et la difficulté à gérer la fin de vie, soins palliatifs, etc. Le cancer est loin d’être résolu et, pour être honnête, les progrès de la médecine n’ont pas été au rendez-vous. Alors que les industries pharmaceutiques font de substantiels profits en mettant sur le marché des molécules à l’efficacité controversée.

La situation du cancer est tout aussi préoccupante qu’il y a trente ou quarante ans. Des progrès ont été réalisés, dans l’accompagnement, la prise en charge de la maladie, la prévention, la détection précoce du mal, clé d’un meilleur pronostic pour quelques types de cancer. Quant à la thérapie, elle peine à progresser et la plupart des cancers, ceux que l’on dit à sombre pronostic, n’ont pas trouvé de molécules miracles. Rappelons que cette maladie est due à une prolifération « anomique » des cellules dans un organe, avec d’éventuelles colonisations des tissus par la tumeur ; on les appelle les métastases. Et comme le corps humain est composé de dizaines d’organes, il existe des dizaines de cancers aux évolutions et aux traitements fort inégaux. Il vaut mieux un cancer des testicules plutôt que dans le pancréas ou l’estomac !

Pourtant, dans les années 1960, qui se souvient du plan Nixon contre le cancer ? Lancé en 1971 à grand coup de publicité médiatique et de millions de dollars, le président américain, sans doute présomptueux et peu informé de la cancérologie, déclara la guerre à cette maladie en donnant aux scientifiques dix ans pour éradiquer le mal. Eh bien oui, c’était comme pour aller sur la Lune, des moyens, des scientifiques et, hop, le tour fut joué. Sauf que le cancer ne se laisse pas dominer ainsi. Trente-cinq ans plus tard, après des centaines de milliards dépensés, d’origine publique et privée, des dizaines de milliers de chercheurs mobilisés, rien n’a vraiment changé. Le grand public est au courant, mais on ne dit pas pourquoi cette maladie ne se guérit pas comme une banale angine. En fait, le principal problème, c’est que la cellule tumorale est endogène est produite par l’organisme ; elle n’est pas si différente de la cellule « normale ». La stratégie employée principalement fut de miser sur des traitements choc destinés à supprimer la tumeur et ses cellules. Les techniques sont bien rodées, mais sont arrivées à leurs limites. La chirurgie est efficace dans certains cas, à condition de prendre le mal le plus tôt possible. Ensuite, les rayons, utiles dans certains cas, mais pas dépourvus d’effets secondaires. Enfin, la chimiothérapie, utilisée le plus souvent en dernier ressort et dont l’efficacité reste très modeste, sans compter les effets secondaires.

La difficulté à soigner par voie chimique le cancer se comprend par une mise en abyme dès lors qu’on explicite la facilité à guérir d’autres maux. Les vers par exemple, les oxyures, un coup de vermifuge et l’affaire est classée. Les champignons ? Il suffit d’un antifongique qui, le plus souvent, éradique l’invasion du corps humain par ces cellules pas spécialement invitées à y séjourner. Quant aux bactéries, excepté les problèmes de résistance, un coup d’antibiotique et c’est réglé en trois jours. Pourquoi ça marche ? Tout simplement parce que l’envahisseur est exogène et possède des particularités le rendant sensible à des toxiques qui épargnent les cellules du corps humain. Si c’est possible, c’est parce que la bactérie se distingue des cellules animales (d’où un usage chez l’homme mais aussi par les éleveurs). Parmi les antibiotiques, certains agissent sur le ribosome bactérien, d’autres ciblent la formation des membranes bactériennes. Les fongicides, aussi, agissent sur la membrane cellulaire, la fragilisant. Par exemple, l’amphotéricine B se lie à une molécule membranaire spécifique au champignon, ce qui crée des pores par lesquels s’échappent des ions indispensables à la cellule qui, alors, meurt.

En cancérologie, la situation est tout autre. Rien de suffisamment spécifique ne distingue la cellule tumorale d’une cellule normale ; excepté le fait qu’elle se divise rapidement et anarchiquement. Et donc, les molécules antitumorales (par exemple doxorubicine, ellipticine, adriamycine) ont pour cible le plus souvent l’ADN auquel elles créent des dommages en interférant avec ses composants, s’intercalant avec les bases, ou bien s’y fixant par covalence, rendant l’ADN inopérant, ce qui est le cas du cis-platine. Des anti-mitotiques, bloquant la mitose (division cellulaire), colchicine et dérivés, ont aussi été utilisés. Ces molécules agissent sur l’armature de la cellule, appelée cytosquelette, en interférant avec l’un des composants essentiels, la tubuline. Mais comme toutes les cellules de l’organisme ont un cytosquelette avec une même tubuline, la colchicine ne peut pas être employée, sauf en ajustant avec précision le dosage. Ce qui nous permet de comprendre le principe de la chimiothérapie. Comme pour l’antibiothérapie, il faut tuer sélectivement des cellules. Or, les anticancéreux étant aussi létaux pour les autres cellules de l’organisme, il faut ajuster le dosage. Ainsi, le principe, c’est d’augmenter suffisamment la dose pour tuer la tumeur sans flinguer le bonhomme. Voilà quels sont les obstacles à l’emploi des substances anticancéreuses dont la découverte se fait de plus en plus difficile, au vu des millions d’exemplaires déjà testés. Si bien que d’autres pistes ont été envisagées.

Actuellement, au vu de la menace que représente le cancer, la prévention semble être la valeur la plus sûre. Mais comme on ne connaît pas l’impact exact de l’environnement, on ne peut pas agir excepté invoquer le principe de précaution et lancer des opérations de tests sur les milliers de molécules concernées. Les rumeurs traînent aussi. Comme le soi-disant effet cancérigène de l’aspartam. Beaucoup sont prêts à traquer les molécules coupables, mais, l’été, n’hésitent pas à se goinfrer de viandes grillées au barbecue, contenant des tas de cancérigène et, notamment, du benzopyrène. Alors qu’en matière de thérapie, des solutions originales, mais coûteuses et à haute technologie, sont tentées avec des anticorps spécifiques, par exemple, si une cellule tumorale présente des déterminants antigéniques singuliers (cf. Le Figaro du 04/03/08). La voie des thérapies géniques est aussi tentée, mais elle soulève déjà trop de problèmes. Mais quelle que soit l’option choisie, nous sommes dans le contexte d’une médecine tactique et mécaniste. Pourquoi tactique ? Parce que le principe est d’agir sur une cible et, le cas échéant, antibiothérapie, cancérologie, la détruire. L’aspirine, l’antalgique et anti-inflammatoire le plus célèbre, obéit à ce principe, agissant sur une enzyme cible bien identifiée.

Autant dire que les mécanismes complets du cancer et sa guérison restent un mystère que la science pense éclaircir à force d’acharnement à traquer des mécanismes et travailler les statistiques. Pourtant, les sommes investies et l’ampleur des recherches effectuées devraient suggérer de faire un pas, non pas expérimental, mais un pas dans la manière de penser et concevoir l’approche de cette pathologie. Car, pour l’instant, le plus probable est que l’on en reste là et que, dans vingt ans, aucune découverte majeure n’ait été faite. Il faudrait penser à comprendre le cancer, comme du reste le vivant, à partir d’une approche qu’on ne dira pas holiste, ce mot étant galvaudé, mais systémique et globale. Le développement d’une tumeur ne repose pas uniquement sur une cellule qui mute (au niveau d’un oncogène ou ailleurs) et qui prolifère, échappant à tout contrôle. Il existe des mécanismes permettant de contrer ce processus, notamment des défenses immunitaires. La vie est organisée et pour ainsi dire, hyper-contrôlée, basée notamment sur des interactions, des communications, des mémoires, des systèmes de traitement de l’information. Le cancer provient d’un dysfonctionnement dans le « système d’auto-gestion du vivant », les circuits de communications intercellulaires. Selon une hypothèse audacieuse, la possibilité de démasquer les cellules et de lancer l’attaque immunitaire pourrait expliquer un éventuel effet thérapeutique du très controversé rayonnement Prioré.

Pour finir, il n’est pas vain de rappeler quelques découvertes majeures ayant permis de faire progresser les savoirs et, le cas échéant, les techniques. Ces événements reposent tous sur un changement de la manière de voir, sur une nouvelle approche d’une question par la pensée. Ce fut le cas de l’héliocentrisme (Copernic) de la gravitation de Newton, ou de l’évolution conçue par une série de transformations sur le temps long, par Darwin ou encore de la quantification de l’énergie radiative découverte par Planck. Prenons aussi le cas de la cosmologie relativiste. Sans le tour de force d’Einstein, les physiciens en seraient encore à bricoler les équations de la mécanique rationnelle et il n’y aurait pas de GPS faute des corrections nécessaires calculées avec la relativité. Et, donc, dans le cas du cancer, au vu des impasses de la biologie mécaniste et de la médecine tactique, il serait bon de lancer quelques théoriciens pour trouver des approches audacieuses. Et nul besoin d’un budget faramineux. Pour commencer, il suffirait d’un centième du budget total alloué aux recherches en cancérologie. Personne ne peut garantir qu’il y a un espoir, mais une chose est sûre, si des solutions alternatives existent, elles resteront inexploitées si personne ne se décide à lancer de nouvelles explorations théoriques dans l’approche du vivant et du cancer.

Conclusion intermédiaire. En matière de cancérologie, le plus grand pas à effectuer en ce moment, c’est de prendre conscience des impasses et d’une nécessité, celle de décider d’explorer le champ des possibles dans les idées, les concepts, les théories. Voilà donc l’étape à franchir !

Pour finir, une digression, à lire avec recul ! Quant à la genèse du cancer, nul ne sait exactement les causes. Une chose est certaine, le cancer est une perturbation des équilibres naturels et, sans doute, l’homme, élément perturbateur social, constitue un des facteurs de déséquilibre. Deux impacts, l’environnement et la vie sociale, asociale, jungle humaine ; et puis les sécrétions endogène de facteurs délétères, tensions, conflits internes mal gérés ni digérés, corrompant l’âme et l’esprit. Bref, le cancer n’est pas forcément le résultat de cellules devenues anarchiques. L’inverse est plausible, les cellules cancéreuses comme résultat de déséquilibres généralisés dans les énergies et les communications intercellulaires. Telle est l’essence de l’homme, transgresser les lois naturelles qui, parfois, se rebellent en engendrant des pathologies dont le cancer est sans doute un signe fort. Ce ne sont que des pistes de réflexion. Invoquer des facteurs personnels dans la genèse du cancer est culpabilisant. Si c’était vrai, faudrait-il le taire, pour le confort des âmes ? Je n’en sais rien. Mais un peu d’audace, la peur n’a jamais fait avancer, le seul mot de la fin, c’est que celui qui sait parle ! Libre, liberté, la valeur la plus sûre dans la voie. Le secret de l’existence et de la vie, c’est l’information et son traitement. Universel paradigme qui va transpercer de sa sismique fulgurance les savoirs du XXIe siècle.


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