CD vs MP3 : du nouveau du côté du téléchargement illégal

par Julien Fischer
samedi 11 octobre 2008

"Je n’accepte pas qu’un travail soit spolié parce que c’est techniquement possible, parce que les producteurs gagnent trop d’argent, parce que c’est plus pratique de télécharger que d’aller à la Fnac", déclarait notre Président. En 2006. Et il n’a pas oublié : les téléchargements illégaux sont de nouveau (ou plutôt toujours) sur le devant de la scène.

 

Le gouvernement aimerait mettre en place une "riposte graduée" contre les internautes qui téléchargent illégalement des films ou de la musique. Une future Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur l’Internet (Hadopi) enverrait d’abord un courriel, puis une lettre recommandée au titulaire de l’adresse IP. Si de nouveaux téléchargements étaient constatés, l’abonnement à Internet serait suspendu, pour une durée d’un mois à un an. (Le Monde)

Et le 25 septembre, l’UMP a demandé au gouvernement "d’inscrire en urgence le texte Création et Internet à l’ordre du jour du Parlement". Eh oui ils sont pressés, parce que du côté du parlement européen, la tendance c’est plutôt qu’aucune restriction aux droits et libertés des internautes ne puisse être imposée sans une décision judiciaire préalable. Les règles européennes "n’exigent pas des fournisseurs qu’ils contrôlent les informations transmises par l’intermédiaire de leurs réseaux, ni qu’ils prennent des sanctions ou engagent des poursuites judiciaires à l’encontre de leurs clients en raison d’informations transmises". Ce qui conviendrait mieux aux FAI français, qui a l’instar de free n’ont pas envie de jouer les rapporteurs et surtout d’assumer les coûts de cette surveillance de leur clients...

Côté français, car la France est très forte pour jouer les mauvais élèves dans l’Union qu’elle a fondée, on essaie de se sauver comme on peut. Selon Christine Albanel, le vote du Parlement européen "ne s’oppose pas" à l’approche graduée contre le piratage prévue dans le projet de loi français. "Le fait d’être privé de connexion internet ne constitue pas une privation d’une liberté fondamentale. Ensuite, la liberté de communiquer cesse là ou commence le droit de propriété des auteurs spoliés". N’importe quoi !

Maintenant c’est au tour de Nico d’envoyer une lettre au président de la commission européenne, mais avec peu d’espoir de trouver du soutien...

Alors cette loi française serait-elle une avancée ? D’un côté les modèles légaux se diversifient : stream (Deezer), abonnement (Orange Max ou Neuf Music), le téléchargement sans DRM (Amazon MP3 ou bientôt iTunes). Et toutes ces solutions légales ne pourraient décoller qu’à partir du moment où le téléchargement gratuit et illégal serait stoppé. De ce côté-là la loi paraît être une proposition raisonnable pour arriver à un modèle economique gagnant et sain pour l’ensemble des ayants droits.

D’un autre côté, c’est un combat d’arrière-garde. Au leu de mourir tout de suite, le CD et le DVD vont simplement agoniser deux ou trois ans de plus... deux ou trois ans de perdus pour développer les moyens actuels d’accès à la musique et au cinéma. Absurde.

Mais il faut dire ce qui est : ce n’est pas la création que le gouvernement veut défendre, mais le business des majors. En un mot, du lobbying. En plus prendre des sanctions sans passer par la voie judiciaire c’est carrément passer outre la démocratie et la séparation des pouvoirs. La France joue la carte de l’autoritarisme au service de l’industrie : une tentative de passage en force d’une loi liberticide, contre l’avis du parlement européen, pour régler un problème qui n’existe pas (le téléchargement illégal n’a jamais causé le moindre dommage à l’industrie, études à l’appui - vieux exemples ici et ). Le tout pour le profit d’une industrie ayant les moyens d’acheter son influence auprès du gouvernement. Dans ce cas-là comme dans bien d’autres, ce sont bien les industriels qui dirigent le monde, et non les Etats. Combien de temps l’Union Européenne tiendra-t-elle encore...

De mon côté, je continue de croire au CD, car je n’accepte pas le téléchargement à 1 euro sans support physique. Acheter un CD, c’est mon moyen de soutenir l’artiste quand j’apprécie son travail. Même si préalable j’avais déjà téléchargé l’album en mp3. Ca peut paraître absurde d’acheter quelque chose que j’ai déjà et je suis le premier à utiliser mon ordi comme jukebox branché sur l’ampli car bien sûr c’est plus pratique que de mettre des CD, mais avoir une grande CD-thèque c’est ma façon d’être honnête et surtout je tiens à avoir les "originaux" pour les choses que j’apprécie.

Mais parfois le CD recherché n’est pas disponible ou trop cher (un album que je cherchais samedi était à 80€ en occasion sur Amazon). Dans ce cas-là il ne reste rien d’autre que le téléchargement !

Ca me fait mal de le dire, mais s’il faut vraiment trouver une solution contre le piratage, je m’attaquerais à ceux qui mettent leur musique à disposition, car ça me semble bien plus efficace. Comment ? Par exemple avec le watermark, cette signature numérique incrustée dans l’audio du mp3 (inaudible pour l’oreille humaine bien sûr), difficile à effacer sans dénaturer le son et qui permet d’identifier l’acheteur du morceau.

Mais je ne le souhaite pas, car j’apprécie la liberté de télécharger pour écouter, et rémunérer l’artiste si ça me plaît : si on développe quelque chose qui va dans ce sens, je suis preneur !


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